Détroit - Horizons - 14 / 20 Le 18/12/2014 à 10H51

Un peu déçu. L'album est plutôt homogène, relativement calme (le seul morceau énervé, Le creux de ta main, est assez transparent). Les paroles font parfois mouche, parfois moins, elles sont globalement assez abstraites (ce qui n'est pas forcément un défaut). Ce n'est pas mauvais, mais il n'y a pas de quoi tomber à la renverse non plus.

Bon après je suis sévère, il y a des choses intéressantes aussi. Notamment, Sa majesté m'a bien plu. La reprise Avec le temps est aussi une grande réussite, poignante.

Antemasque - Antemasque - 16 / 20 Le 01/12/2014 à 18H09

Résumé grossièrement, on pourrait y voir une sorte de retour au dynamisme d'un At the Drive-In, les capacités vocales de Cedric acquises lors de la période The Mars Volta en plus. C'est probablement ce que les deux compères ont produit de plus accessible à ce jour : c'est peu expérimental et parfois franchement easy listening (ex: 50.000 watts).

Mais après les derniers Mars Volta un peu mous du genou, on est content de les voir retrouver un peu de la verve d'antan.

Justin(e) - d+/m- - 17 / 20 Le 17/04/2014 à 23H37

Kids - Henley - EP - 16 / 20 Le 17/04/2013 à 14H39

Franchement c'est cool. Un condensé (ultra condensé) sonore de pulsions agressives, sales et morbides. Ça fait du bien parfois.

Black Light Burns - The Moment You Realize You're Going To Fall - 18 / 20 Le 23/11/2012 à 20H11

Là où Cruel Melody lorgnait un peu trop sur les refrains pop mignons 5 minutes mais guère plus (et là je pointe les refrains, je ne renie pas la qualité globale de la galette), The moment you realize you're going to fall évacue tout compromis et va jusqu'au bout. Plus sale, plus authentique, plus couillu, à la fois homogène et doté d'expérimentations originales, voilà qui force le respect.

Contrairement à certains, j'ai tout de suite préféré cet opus au précédent, et après maintes écoutes je me conforte dans cette idée. Il faut croire qu'il a du mal à trouver son public. Un amateur d'Antichrist Superstar, par exemple (et même si c'est très réducteur, j'en ai conscience), y trouvera certainement son compte.

Bref, cet album, c'est une sacrée bombe.

Lofofora - Monstre Ordinaire - 11 / 20 Le 09/07/2012 à 20H44

J'ai accordé deux écoutes espacées à ce Monstre ordinaire, et une fois de plus je ne comprends pas trop l'engouement général, le tenant parfois comme leur meilleur album...

Pour moi, le meilleur de Lofofora se trouve dans leurs albums de transition : Dur comme fer et Le fond et la forme. Et ce Monstre ordinaire ne tient à mon avis absolument pas la comparaison. Un album noir? Dur comme fer l'est aussi, bien plus même, avec une identité beaucoup plus prononcée. Quant au chant de Reuno, qu'il soit hurlé (il l'est d'ailleurs beaucoup trop ici) ou plus posé, il fait bien pâle figure face à Le fond et la forme.

Lofofora tourne en rond depuis un moment dans ses thèmes abordés, et plus ça va, plus il perd en subtilité. Reuno devient de plus en plus bêtement hargneux et agressif et n'a plus rien du poète d'antan. Où sont le lyrisme, les bons mots, leur enchaînement naturel dans le chant? Où est passé le chant clair d'ailleurs, qui par contraste mettait en valeur les passages plus énervés des albums?

Même le son de l'enregistrement ne me plaît pas plus que ça ; certaines compos semblent sympa mais sont étouffées par Reuno, qui n'est pourtant pas extraordinaire. Le résultat, c'est un album certes agressif, mais sans originalité aucune, même l'identité de Lofofora se dilue dedans. Tout juste la voix de Reuno et le caractère engagés sont-ils reconnaissables... caricaturés même.

Black Light Burns - Cruel Melody - 15 / 20 Le 06/07/2012 à 16H32

Le moins qu'on puisse dire, c'est que Wes Borland a surpris tout le monde sur ce coup : s'émanciper totalement de la marque Limp Bizkit en un seul album, c'est ça la vrai prouesse.

Pour ça, il a su bien s'entourer, et surtout montrer qu'il était quelqu'un de capable et créatif : un chant réussi, personnel et sans fioritures, et des compositions variées, allant du stoner (Mesopotamia) à l'ambient (Iodine Sky) en passant par l'indu (Lie), endossant un rôle de poète qui lui va plutôt bien et lui permet de réussir avec brio l'exercice périlleux de la ballade (Cruel Melody).

Pourtant, je ne trouve pas ce Cruel Melody particulièrement brillant pour autant. On vante par exemple les qualités d'écrivain de Wes, mais je suis désolé, "I will always hurt everyone I love, if I were you I'd run away cause it's true" (Coward), ce n'est PAS un bon texte. C'est très classique, limite niais (tout comme le chant), et mes poils se hérissent chaque fois que j'entends ce refrain. Vous me direz, c'est peu, un refrain dans une chanson. Mais mine de rien, ça mine tout l'album : de-ci, de-là, on retrouve un passage chanté too much, pop niaiseux, un truc un peu trop évident et simpliste, et on se dit "Dommage, il montre juste à côté qu'il peut faire bien mieux".

Attention, je ne suis pas contre les morceaux simples et efficaces. Pour preuve le sympathique Animal, qui passe très bien en début d'album. Mais parfois, c'est trop simple, trop évident.

L'album est bon, c'est indéniable. Wes a du talent et parvient à créer une identité et une atmosphère forte à sa musique. Mais on passe à côté du chef-d'œuvre que beaucoup acclament, même si on a là de quoi être confiant pour la suite.

Orelsan - Le Chant des Sirènes - 13 / 20 Le 23/10/2011 à 13H48

Demi-teinte aussi pour ma part. Il y a pourtant de bonnes idées musicalement assez diversifiées (entre Raelsan, Mauvaise idée et 1990 pour résumer les tendances) mais aussi de très mauvaises comme cet insupportable chant niais sur certains refrains (Si seul, La terre est ronde). Des thèmes aussi pas toujours intéressants ou originaux (La morale).

Pourtant Orelsan a une façon d'appréhender sa musique et le monde qui l'entoure qui me plait. Ça a beau être souvent maladroit, je le trouve sympathique. Alors c'est vrai, c'est parfois vraiment mauvais ou sous-inspiré, mais à côté de ça il y a des moments très sympa comme 1990, Suicide social, Elle viendra quand même voire Mauvaise idée.

Si Orelsan s'était contenté de ce genre de morceaux, Le chant des sirènes aurait pu être tout à fait correct, sans crier au génie non plus (à l'image du titre éponyme). Malheureusement les morceaux niais aux refrains ignobles gâchent tout en représentant quasiment 1/4 de l'album. Finalement, Perdu d'avance était globalement mieux réussi.

Edit : précisons tout de même à ceux qui ne le savent pas qu'Orelsan a expliqué dans une interview (au Grand journal il me semble) que Suicide social EST une succession de clichés. C'est l'histoire d'un homme qui ne supporte plus sa vie et rejette la faute sur tout le monde. On est loin de la démagogie écœurante de certains autres rappeurs.
Quant au caractère commercial de l'album, j'ai des doutes. Je pense plutôt qu'Orelsan fait de grosses fautes de goût, mais qu'il fait les choses sincèrement. De toute façon, il a toujours dit qu'il ne voulait pas sortir de deuxième album, et comme l'a dit No Fun, il ne faut pas en attendre grand chose. Pas de quoi s'insurger non plus.

The Offspring - Rise And Fall, Rage And Grace - 11 / 20 Le 14/10/2011 à 11H49

Mitigé quoi. Bon il y a des choses sympa (notamment Stuff is messed up, vraiment le point fort du CD) mais dans l'ensemble c'est très classique. C'est vrai que c'est surproduit. Et formaté. Voire même mièvre et insipide (Kristy are you doing okay? et Fix you c'est vraiment trop...).
Bref ça s'écoute mais ce n'est ni transcendant ni original. Trop mou. Je pense qu'il n'y a qu'en exploitant la veine Stuff is messed up et Hammerhead que The Offspring peut espérer s'en sortir musicalement. Un peu plus d'agressivité ne ferait pas de mal. Comme elle semble loin l'époque Smash et Ixnay on the hombre...

Stupeflip - The Hypnoflip Invasion - 14.5 / 20 Le 04/10/2011 à 18H35

The hypnoflip invasion aurait pu être un excellent retour du CROU. Après une intro qui reprend une fois encore là où les choses s'étaient arrêtées, on enchaîne deux hits : un frénétique Stupeflip vite suivi de La menuiserie et son ambiance cradingue. Et c'est ce style d'ambiance qui fait et a fait la force de Stupeflip, qui nous plonge dans cet univers si personnel, plein de subtilités psychopathologiques. C'est donc avec plaisir qu'on retrouve au long de l'album des titres tels Check the CROU (et ses grosses guitares), Sinode Pibouin (qui revient sur la religion du stup), ainsi que certaines interludes comme Dark warriors.

Malheureusement, à côté de ça, des morceaux en trop nuisent à l'album. Je ne suis pas contre les interventions de Pop-Hip - sur Gaëlle par exemple voire Ce petit blouson en daim ; après tout cela fait partie du CROU, on en a eu à toutes les sauces sur les précédents albums (Je fume pu d'shit, Stupeflip ; Les cages en métal, Stup religion). Mais voilà, Le cœur qui cogne, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Trop d'interludes aussi, qui finissent par casser le rythme, ainsi qu'une Lettre à Mylène dispensable, trop longue en fait. Du coup, je ne "vis" pas l'album comme j'ai vécu les précédents, je ne rentre pas complètement dans le trip, et c'est bien dommage.
J'ai un peu la sensation que The hypnoflip invasion est plus calculé, moins naturel, comme si King Ju avait surtout appliqué une recette à la lettre.

Un peu déçu donc, mais ce CD vaut tout de même le détour, avec quelques sonorités récurrentes à partir du Spleen des petits qui ne sont pas sans rappeler celles de vieux jeux vidéos (ça me fait par exemple penser à Sim City sur SNES). Dommage que le tout n'ait pas été plus "sale", comme l'étaient les précédents.

Justin(e) - Treillières Über Alles - 15.5 / 20 Le 03/10/2011 à 17H29

Un album en soi vraiment bon, très rythmé, servi d'une basse des plus sympathiques et bien mise en valeur. C'est très efficace. Je crois que chant et textes n'ont jamais été aussi agressifs dans l'histoire de Justin(e).
D'un autre côté, c'est très court (32 min - pas si étonnant pour une production post punk) et ça laisse relativement peu de portes ouvertes pour l'avenir du groupe. Quid de l'évolution musicale? Un quatrième album de cette trempe serait de trop.
Mais ne crachons pas dans la soupe, Treillières Über Alles est une petite perle du genre : textes intelligents et aucun temps mort (ce que l'on attend de ce style de musique en fait). Sans doute leur meilleure production. L'avenir nous dira si après cela ils seront capables de se renouveler.

Deftones - Deftones - 17 / 20 Le 20/09/2011 à 21H47

J'ai redécouvert Deftones récemment. Je le tenais jusque là pour le moins bon de leur discographie, mais voilà, on écoute d'autres choses, on découvre d'autres artistes et au final lorsqu'on réécoute certains albums que l'on croyait connaître, on ne les appréhende plus du tout de la même façon.

Au risque d'en surprendre plus d'un, je tiens maintenant Deftones pour l'album le plus mature et le plus proche du chef-d'œuvre du groupe. Ce n'est pas un album de transition entre Around the fur et White Pony, mais bel et bien une nouvelle étape, qui s'émancipe totalement de leur style du début. Forcément, ça ne plaît pas à tout le monde, beaucoup de ne se reconnaissant plus dans ce nouveau Deftones.

La rage sur ce disque n'est plus la même (cf When girls telephone boys, à peine inspiré de Elite de White Pony, qui lui-même était différent de la rage des précédents albums), les compositions sont moins directes qu'auparavant, à l'image d'un Battle-axe ou même d'un Needles and pins, et c'est ce qui à mon avis en a rebuté plus d'un.

Je pense pourtant que c'est sur cet album que l'on assiste au plus beau chant de Chino, majoritairement clair, laissant filtrer quelques hurlement bienvenus de temps à autre, faisant preuve de beaucoup de sensibilité sans trop en faire (à la différence de Saturday night wrist), sensibilité qui s'exprime pleinement dans les textes (n'est-ce pas cet album qui devait au préalable se nommer "Lovers"?) Frank a la place qu'il mérite aux platines, ni trop mis en valeur, ni trop discret, magnifiant les morceaux au lieu de les étouffer.
Du côté rythmique, Stephan jongle entre des styles plus ou moins lourds ou légers (Hexagram illustre assez bien la tendance de l'album de ce côté), appuyé par Abe, vraiment bon à la batterie. Seule la basse, à mon sens, reste trop en retrait, et c'est bien dommage. D'ailleurs, d'une façon générale, la production du disque le rend assez inaccessible ; pour pleinement l'apprécier, mieux vaut compter sur du bon matériel afin de rendre le son un peu plus dynamique (et de mettre un peu en valeur les basses justement).

La deuxième partie du CD offre un titre expérimental, Lucky you, qui sans être mauvais a porté préjudice à l'album en décontenançant l'auditeur, et sa proximité avec la ballade Anniversary of an uninteresting event n'a rien arrangé. D'ailleurs, l'agencement des titres est peut-être un autre défaut de l'album qui le rend encore moins accessible. Dépourvu de l'efficacité de titres plus directs comme on pouvait en trouver sur les précédentes productions du groupe et faisant la part belle à des morceaux plus planants (Minerva, Good morning beautiful et Deathblow : enchaînement dangereux), beaucoup se sont ennuyés et n'ont pas approfondi la découverte du disque. Il aurait fallu un album plus long, ponctué de titres de l'acabit de Bloody cape (dont le clip est atrocement laid à la différence des deux autres), afin de contourner le risque de décrocher...

En conclusion, cet album marque l'apogée de ce qu'a pu faire de grand Deftones selon moi, prenant le risque de pousser l'évolution après l'essai (réussi) de White Pony. Saturday night wrist s'est avéré bancal, avec trop de morceaux planants (plus le chant too much de Chino) et Diamond eyes, s'il a renoué avec les morceaux plus directs et efficaces, ne possède pas l'ambition de cet éponyme, et ses ballades font pâles figures face à son aîné.

Un album que je conseille de redécouvrir avec une nouvelle grille de lecture afin d'être apprécié à sa juste valeur.

Lofofora - Dur comme fer - 16.5 / 20 Le 25/04/2011 à 23H56

J'aime beaucoup Dur comme fer et le tiens comme un des meilleurs albums de Lofofora.

L'album est sombre, noir même, plutôt pessimiste (Au secours ; Les gens parmi les meilleurs titres), alternant des morceaux pesants (l'excellent Charisman ; Dur comme fer et son chant assimilable à un homme haranguant une foule), d'autres beaucoup plus hardcore (Incarné ; Rêve et crève en démocratie ; 5 milliards) et d'autres enfin situés entre les deux, pêchus tout en mettant de côté les hurlements (Série B ; Un million ; Weedo). L'agencement de ces titres permet au CD d'éviter l'écueil de la monotonie, et les textes sont d'une richesse admirable (la marque de fabrique du chanteur, Reuno).

On pourra peut-être reprocher une petite faiblesse du chant lorsque Reuno crie "Coire en l'amour toujours plus fort que la mort" sur Dur comme fer, mais rien de grave. J'ai néanmoins du mal à accrocher aux morceaux les plus violents (nommés plus haut), qui manquent de subtilité à mon goût. C'est ce même genre de morceaux qui m'a rebuté sur Mémoires de singes, paru bien plus tard. Le melting-pot de chanteurs sur P.M.G.B.O. ne m'a pas entièrement convaincu non plus.

Mais ne boudons pas notre plaisir, Dur comme fer est tout de même une perle du genre, extrêmement intéressant niveau textes (ces derniers dénonçant une société malade, vouée à sa perte), pratiquement toujours pertinent sans être prétentieux ("Je ne me prends pas pour un dieu, je ne suis pas un géant" - cf. Série B). À noter le très bon titre Les liquides de mon corps, sûrement le plus calme, porté par une ambiance orientale et se terminant sur un suicide : "Les liquides de mon corps m'envoient des messages, dessinent des images dans le blanc de l'émail, se mélangent à l'eau tiède. Le fluide de mes veines m'entraine dans le vide, un désert aride. Je me noie, je me vide. Laisse couler".

À posséder.

Aqme - La Fin Des Temps - 7 / 20 Le 28/02/2011 à 23H11

J'ai acheté La fin des temps alors que je commençais à apprécier Sombres Efforts, en pensant que le groupe, gagnant en maturité, avait sans doute produit un bon album.

Mais j'ai vraiment été très déçu. Il n'y a pas plus de maturité que de bon album ici. AqME a franchement viré rock, et si sur le papier ce n'est pas un problème, force est de constater que le registre ne leur sied pas. Il y a quand même la sincérité derrière, je n'en doute pas : ils ont osé des morceaux particulièrement longs et un aspect expérimental. Mais ça n'aboutit pas, on s'ennuie trop souvent (je peine à écouter l'album en entier personnellement).

Ce qui m'a le plus rebuté ici, c'est le chant de Thomas. Je m'étais fait à celui de ses débuts, et à mon sens il faisait partie de la personnalité du groupe. Là, on sent qu'il a voulu travailler sa voix, mais elle est devenue quelconque, si ce n'est fausse et désagréable. Les textes eux-mêmes n'ont quasiment aucun intérêt. Poésie maladroite (cf Ténèbres), cliché (La fin des temps), thème inintéressant (Une vie pour rien) ou mal exploité (Ainsi soit-il) ou mal interprété (la première partie de Rien au monde).

Peu d'émotion aussi, que ce soit rage, colère ou tristesse. Sur ce point, seuls les trois derniers morceaux m'ont un peu touché (Rien au monde, Le poids des mots et La belle inconnue et son "Éternelle...").

Mon jugement est sévère, mais cet album n'est franchement pas bon. Peut-être que mon impression est biaisée par le chant et les textes, mais même musicalement, ça me paraît quelconque. Pourtant, j'aime AqME, je le tiens pour un groupe sympa, mais ça c'est impossible à défendre. Alors 7, pour la sincérité de la démarche, la "prise de risque" et peut-être Le poids des mots, efficace pour qui n'est pas regardant. Ils auraient dû se donner plus de temps pour travailler cet album et en faire quelque chose de correcte.

Pleymo - keçkispasse? - 16.5 / 20 Le 29/01/2011 à 00H11

Quand on voit ce qu'est devenu le groupe par la suite, cela pousse un peu à se remettre en question et à vérifier si leurs débuts étaient si sympas qu'on le croyais. Eh bien, oui.

C'est certes du néo métal, mais Pleymo avait une façon de déstructurer ses morceaux qui fait que keçkispasse? me plaît toujours aujourd'hui. Cela donne un côté brouillon qui en a rebuté plus d'un mais aussi une forme de spontanéité agréable, exempte de toute insipidité. La mise en valeur de la basse était aussi un grand plus.

Et finalement, je n'ai pas trouvé que les compos se répétaient tant que ça, notamment grâce aux ambiances apportées par le DJ, Keuf. Chaque piste possède une atmosphère propre, un petit quelque chose qui fait qu'on la reconnaîtra aussitôt (Nawak, Bigquick, Cosmic gros pluck) lors de son lancement. Et puis ça apporte un peu d'homogénéité à l'album.

Kemar quant à lui rappe sur la plupart des morceaux, remaniant la langue française à sa manière en incorporant du ver-lan, par exemple, au risque d'être souvent incompréhensible à l'écoute. On a tendance à sous estimer les textes de keçkispasse?, d'ailleurs. Au moins ils sont assez originaux et de-ci, de-là, ils ont même un peu de fond : portrait de la société ("Je suis déconcerté par cette parodie du monde étrange, le peuple consomme sans que personne se dérange" - Blöhm ; "On nous manipule à base d'images, la be-gère de conso ravage tous les ménages, la ménagère chine, flâne, erre à travers les rayons en quête de nouvelles odeurs, des images de marques qui nous rendent patraques, plus de couleurs pour moins de saveur, et le style, nourriture de la culture, élimine les valeurs pour visionner le futur" - Bigquick), de l'obsession pour le sexe (Siliclone liquid, Porn), questionnements sur le nouveau millénaire (bon je pousse un peu là) (K-ra et son flow japonais, en référence à Akira, manga post-apocalyptique des 80's)... Après écoute, des bribes de paroles restent en tête, quelque chose de "subliminal" qui peut pousser l'auditeur à s'intéresser davantage à ces dernières.

À noter enfin la présence des groupes Enhancer et Wünjo (Nawak et Soukaripa), à l'époque où ces derniers n'avaient pas encore sombré comme le fera leur aîné peu après.

Bref, n'ayez pas honte, ce CD a encore droit à sa place dans votre collection, au côté d'un bon Three dollars bill y'all.

Mass Hysteria - Failles - 13 / 20 Le 25/01/2011 à 20H33

Après un passage (hasardeux?) dans l'univers du rock avec son éponyme, Mass Hysteria avait renoué avec son public d'origine avec Une somme de détails, album très bien produit aux sonorités violentes. Deux ans plus tard, c'est au tour de Failles. À quoi s'attendre alors?

Ce qui frappe en premier lieu, c'est la proximité globale entre le son de ce CD et le précédent. Mass Hysteria a opté pour la même composition : lourde, simple et efficace. Une sommes de détails 2? Pas tout à fait. Failles est globalement plus sombre et ceci suffit pour le distinguer sensiblement de son prédécesseur.

Efficacité, donc, serait le mot qui résumerait le mieux cet album. Rien de très complexe dans les riffs de guitare, MH est concis et le résultat implacable. La batterie de Raphaël se contente d'apporter un rythme simple aux morceaux, tout en nous gratifiant de-ci et de-là de passages ou d'intros bien sentis (le pont de L'archipel des pensées, l'intro de Clean).
Au niveau des textes, c'est un peu aléatoire. Mouss fait des références intéressantes comme dans l'excellent Failles (où il cite Apollinaire et son célèbre Alcools) ou dans Dysphoria ("De Sartre à Satan, il n'y a qu'un pas!") qui auraient pu être approfondies et fait preuve d'une certaine maturité sur World on fire, par exemple ("L'anti-capitalisme est une idée vide! À moins de ne vivre que du troc? Soyons lucides!"), loin des vives reproches bien formulés mais un peu stériles de Une somme de détails. Cependant, certaines paroles manquent de profondeur (Le magnétisme des sentiments, Rien n'être plus) ou de sens clair (Plus qu'aucune mer), et c'est bien dommage. Le chant quant à lui est une réussite, affirmé, agressif, convaincant : Mouss sait y faire.

Que penser finalement de ce Failles? Tout dépendra de vos exigences. Personnellement, je préfère l'ambiance sombre de l'homme au visage meurtri mais au regard posé de la pochette que celle un peu tape-à-l'œil de la femme nue de Une somme de détails, qui faisait un peu prostitution après l'éponyme...
World on fire, Failles, L'archipel des pensées (une merveille en live!), voire Respirer sont autant de bons titres à retenir. Mais la majorité de la deuxième partie de l'album ne sera vraiment efficace qu'en concert, univers dans lequel Mass Hysteria excelle toujours. En espérant que le groupe reprendra l'évolution sur le prochain album, ou il risque d'être par trop répétitif...

Pleymo - Alphabet Prison - 11 / 20 Le 24/01/2011 à 13H15

Après un Rock qui aura fait scandale, Pleymo revient avec Alphabet Prison, sorte de compromis entre rock (le genre) et néo-métal. Bref, une production facile d'accès (ce qui n'est pas forcément négatif) et relativement simple à décrire.

Attention d'abord : dire que cet opus est encore moins bon que son prédécesseur, c'est passer à côté de ce qui faisait de Rock un mauvais album, à savoir un chant nasillard irritant accompagné de textes maladroits et clichés, le tout servi d'une production lisse et radiophonique. Du moins principalement. Et sur ces points, il faut reconnaître que Pleymo a progressé. Le son est plus brut, plus énergique (Vanité, Block out du côté des titres réussis), et les textes sont (un peu) plus subtils. Disons que je préfère quand Mark lance un "Pense à deux fois avant de sauter, il n'y aura personne là-haut pour te rattraper" sur Adrénaline que lorsqu'il "critique" les croyances religieuses de façon aussi ridicule que sur Divine Excuse (Rock).

Néanmoins, Pleymo ne fera pas l'impasse sur les morceaux très quelconques niveau composition et/ou texte (Galaxie Autarcique, 4 A.M. Roppongi, L'Instinct et l'Envie...), gâchant parfois bêtement des morceaux pourtant sympathiques, tels que le pré-refrain dispensable de Sept alors que la basse slappée sur les couplets avait son charme.

Autant le chant se fait plus affirmé que sur Rock, autant l'album en général semble moins assumé que ce dernier. Un mélange de titres rythmés et d'autres mélodico-mièvres (Block out/ Un Parfum Nommé 16 ans), le chant hurlé inutile et forcé de Zéphyr...

Il y a finalement deux, trois choses à retenir de cet Alphabet Prison, notamment les classiques mais efficaces sur tous les points Vanité et Block out et Le Nouveau Monde qui propose une vision intéressante et bien décrite (pour une fois) pour un morceau bien construit : les hurlements arrivent à point nommé, le rythme est lourd et efficace. Dommage qu'il s'égare un peu par la suite. Le reste s'oublie vite, à part peut-être Sept pour qui n'est pas trop regardant sur le passage "Brooklyn"...
À noter l'intro cachée déstabilisante (faire retour-arrière dès le lancement du CD) et le concept intéressant (mais plus ou moins bien exploité) de l'album, qui suit le livre de Mark : Helmet Boy. Je n'ai pas eu l'occasion de le lire, mais connaissant les grandes lignes, j'ai trouvé les différents liens entre les deux œuvres assez bien ficelés.

Lazy - Rock Against Rock - 17 / 20 Le 18/01/2011 à 14H38

Le jour où j'ai écouté cet album pour la première fois, mon frère m'a dit que j'écoutais "de la musique d'un autre âge". C'est vrai qu'il y a un petit côté old school dans ce Rock Against Rock. ^^' Mais d'abord ce n'est pas une mauvaise chose, et ensuite Lazy possède tout de même une approche moderne de ladite musique.

En fait, ce CD se caractérise par la frontière floue entre rock et métal. Mais attention, on est loin du "gentil rock" que l'on trouve facilement à la radio : on a affaire à quelque chose de puissant, valorisé par l'enregistrement en conditions live. Du coup, on ne perd pas une miette de l'apport des instruments : la batterie d'Olivier, jamais simpliste, soutient avec brio des guitares aux riffs incisifs qui s'autorisent quelques soli bien placés, délaissant le chant quelques instants avant un refrain final, par exemple.
Le chant de Sébastien, justement, est une réelle réussite. N'hésitant pas à crier/hurler sur les textes (en anglais), il la rend occasionnellement plus posée, prouvant ainsi qu'il la maîtrise parfaitement. Un brin de folie parfois (les couplets de Gist of tomorrow), de décalage aussi (Sashimi song), toujours distillés de la meilleure façon.

On saluera l'effort fourni sur la composition. Avez-vous déjà écouté des morceaux où vous auriez aimé que le groupe s'attarde un peu plus longtemps sur certains passages? Pas de risque sur ce Rock Against Rock : Lazy va au bout de tout ce qu'il fait. Chaque piste, quasiment toutes aux alentours de 4 minutes, est l'objet d'une attention particulière, rien n'est laissé au hasard.
Situé quelque part entre rock et métal, donc : en témoignera la violence de Irresponsible riot act où c'est à l'arrivée du refrain que l'on comprend ce qui nous arrive, ou encore l'intro très rock de Sashimi song.

Un album à absolument découvrir. Les pistes s'enchaînent parfaitement, de façon logique, l'album s'accordant un court entracte acoustique au milieu, piste de 20 secondes faisant office d'intro à Botch. Le CD se conclut sur Quite another story, morceau de près de 6 minutes, sans doute le plus intimiste et pourtant loin d'être mou.
Très violente, l'ambiance de ce Rock Against Rock n'est pas pour autant très sombre. Un titre comme le très bon On bypass se laisse facilement écouter. En plus de ce dernier, je conseille pour se faire une idée l'écoute des morceaux Irresponsible riot act, Botch et Brand new rock'n'roll blablah, qui contient un pont très posé et calme, mais qui se mérite.

Bref, une perle parmi les artistes français.

Freedom For King Kong - Marche Ou Rêve - 16 / 20 Le 17/01/2011 à 20H04

Freedom for King Kong fait partie de ces groupes français dont les textes forcent le respect. Ce sont des CD comme cela qui m'ont poussé à l'ouverture aux styles musicaux.

C'est tellement difficile de décrire la musique de FFKK... Des grosses guitares qui flirtent avec le métal, des rythmes techno, un peu de dub et toujours cette atmosphère à la fois sérieuse et décalée. Un melting pot des genres réussi qui n'hésite pas à alterner couplets très calmes et refrain dévastateur comme sur Amour propre. Les textes de Bring's, traitent de problèmes politico-sociaux (par exemple les médias sur Les marionnettistes), toujours sur un ton plus ou moins décalé, avec force jeux de mots et expressions bien placées. Le chant enfin, caractéristique de Freedom for King Kong, alterne entre chant clair, grosse voix, rap, module le ton pour un rendu tantôt comique, tantôt fédérateur, tantôt sentencieux.

Marche ou Rêve fait partie de ces albums que j'aimerais rencontrer plus souvent. Cohérent du début à la fin, homogène, pêchu, il suit une sorte de ligne directrice intéressante. Je peine toutefois à accrocher au dernier morceau, Le figurant, une chanson acoustique qui ne semble pas rattachée au reste des compositions.
À noter la présence d'un instrumental à l'ambiance obscure que j'ai particulièrement appréciée, Primatologie. Des coups de nerf (Gun tune), de la déconnade (Le syndrome de Peter Pan), des passages plutôt calmes (Amour propre) et d'autres au contraire survoltés (Modern faust), toujours quelque chose d'intelligent à dire et intelligemment dit, le tout s'enchaînant de façon très réussie. Bref, à écouter.

Backstab - Aïki-Taïso - 16 / 20 Le 05/01/2011 à 11H16

À la première écoute, Aïki-Taïso m'a décontenancé. Pas déçu, juste surpris. Car je ne m'attendais pas à un son mélangeant autant de genres différents : ambiance orientale, rythmes techno, guitares métalliques... Bref, après cette première écoute, le constat était : "Backstab fait partie de ces groupes français qui expérimentent et méritent qu'on si intéresse de près".

Le chant lui-même a quelque chose de particulier. Kif possède une voix claire et planante des plus agréables, tantôt calme, tantôt énervée, caractérisée par la frontière floue entre chant et rap et par son apport conséquent aux sonorités orientales. Les textes, alternant entre anglais et français, traitent de thèmes sociaux ("El Tiempo", "100 Soleils"...) ou plus ou moins mystiques ("Sabbath") qui se fondent parfaitement dans l'ambiance musicale de l'album.
L'album commence sur l'instrumental "Inspirez", termine sur le similaire "Expirez..." qui conclut parfaitement le CD, et est entrecoupé de plusieurs courtes pistes instrumentales. Guitares, basse et batterie se chargent d'apporter des rythmes soutenus, accompagnés de percussions, flûtes, apportant un aspect mélodique et planant particulier. La fusion des styles est présente dans chacun des morceaux, ces derniers étant la plupart du temps construits de façon à alterner les passages vraiment orientaux, calmes, et ceux plus rentre dedans et métalliques, sans perdre de vue une certaine subtilité.

Difficile de décrire une telle musique, finalement. Le mieux est encore d'écouter des titres tels "El Tiempo", "Démons", "Sabbath" et "100 Soleils", qui donneront au curieux un bon aperçu de ce à quoi il peut s'attendre. Un album atypique et des plus intéressant.