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Earth, Oiseaux-Tempête Paris, Point Ephémère, le 09-08-2014

Earth vs Oiseaux-Tempête. Deux groupes aux contours cinématographiques bien dessinés se rencontrent ce soir. Les uns ont près de vingt-cinq ans de carrière et plus d'une dizaine d'albums derrière eux. Ils s'assoient tranquillement dans leur rocking chair pour regarder le monde tourner. Les seconds ont sonné la révolte, l'an dernier, avec un premier album impétueux qui redonne ses lettres de noblesse à un genre musical déjà désuet. Si les intentions s'opposent, la qualité des prestations ce soir les réunira pourtant.

Depuis leur éponyme, Oiseaux-Tempête font leur bonhomme de chemin. Et à Paris, ils en ont foulé des salles ces derniers mois. Après avoir accompagné True Widow et Jean Jean, les locaux de l'étape ouvrent ce soir au Point Ephémère. Cela a beau être la première fois que je les vois, difficile de me détacher des mots du collègue qui en parlait très bien, à l'occasion de leur concert en avril dernier. On retiendra, au-delà des soucis techniques qui, s'il le fallait encore, électrisèrent une atmosphère déjà bouillonnante, la complicité sans faille qui unit le groupe et la solidité de compositions revues pour la scène. Porté par de longues introductions à peine chahutées, puis sacrifiées par des coups de semonce chaque fois plus marqués, le trio tisse une toile brillante entre Post-Rock, Krautrock et Jazz soufreux. Le final rappellera d'ailleurs le déluge qui s'abattit à la fin du set du Reveil des Tropiques il y a un an, dans cette même salle. Même mur sonore dans lequel fonce aveuglément un saxophone, même rage libératrice. Intense, c'est le mot, avant que le calme ne s'abatte à nouveau sur la salle.

Puis le climat change. Aux premières notes de Dylan Carlson, le Point Ephémère prend manifestement quelques degrés. On se rappelle qu'on a vu, il n'y a pas longtemps, une série appelée True Detective et que son atmosphère poisseuse nous avait pris à la gorge, aussi, déjà. Dès l'entame, sur "Rooks across the Gates", Earth pose son style, souvent copié, jamais égalé, en patron. Les notes sont sèches, l'air se fait rare. La guitare de Dylan Carlson remue la poussière. Earth a beau ne jamais surprendre (rien ne ressemble plus à une chanson de Earth qu'une autre chanson de Earth. Fascinant de voir à quel point le temps n'a pas de prise sur ce groupe intemporel), l'effet est immédiat. C'est peut-être la poussière du gilet sans manches en cuir usé de Carlson (la stature de l'homme est impressionnante, avec sa démarche de vieux briscard, ses cheveux gominés et ses favoris argentés d'une autre époque) ou les coups de cymbales subtilement distillés par Adrienne Davies, qui tour à tour élèvent ou retiennent les morceaux en leur sein avec une justesse folle. Qui sait; yeux mi-clos, tête dodelinante, on est déjà parti. Le train n'a pas besoin de siffler trois fois pour qu'on y embarque.

La quasi-totalité de Primitive&Deadly y passe ce soir, jusqu'à l'imposante "Torn by the Fox of the Crescent Moon" et son riff lourd qui tourne jusqu'à épuisement. Même les morceaux qui incluent des voix sur l'album y passeront, ici joués entièrement en instrumental, comme pour rappeler la prédominance fondamentale de la musique, présentée dans sa plus simple configuration. Les plus vieux d'entre nous seront également comblés avec un extrait d'Hibernaculum, "Ouroboros Is Broken". Les jours s'en vont, Earth demeure.   

Pendant une heure et demie, Earth n'a jamais dévié de sa route, restant dans le sillon qu'ils tracent depuis plus de vingt ans. Droite dans des bottes à éperons, la bande de Dylan Carlson a offert à nouveau un set à la hauteur de son talent. Le progrès c'est définitivement des conneries et Earth a encore de nombreuses années devant soi pour parcourir les Grandes Plaines. On espère sortir de notre rêverie à temps pour replonger lors de leur prochain arrêt.

Chorizo (Août 2014)

Merci à Vince (Kongfuzi), à Sébastien (Differ-Ant), à Djou et à Humtaba.

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