Roadburn 2014 - Jour #2 Tilburg, Pays-Bas

Une journée atypique pour le Roadburn? Cette année, après Neurosis, Tom Warrior ou Electric Wizard dans les épisodes précédents, Opeth joue au parrain pour ce vendredi. Le principe est simple : les salles accueillent en grande partie des groupes recommandés par la bande d'Akerfeldt avant que les Suédois n'attaquent la grande scène pour un set de 2h30. On va parler Prog, une fois n'est pas coutume. Et cela s'annonce grandiose.

La journée démarre en fanfare. Celle-ci sera française, et bien plus que ça : légendaire. Mikael Akerfeldt nous offre Magma, un groupe qui, il le dira lui même, compte beaucoup pour lui : « Virtuosity disguised between thick layers of heavy rock and darkened jazz with the ghostlike chants of Stella Vander and company on top. It’s just amazing! I will be out in the crowd watching them with you guys. Don’t come talk to me if I have a sinister look on my face because I’ll be in my Magma-trance-bubble. It could get nasty.”. A peine le temps pour nous de nous réveiller, de lentement nous remettre d'une première journée ma foi bien chargée, que le kobaïen et toutes ses subtilités linguistiques nous envahit. Magma est en forme, les membres du groupe, très contents d'être au Roadburn devant un public qui n'est pas forcément conquis d'avance, nous gratifient d'un niveau de jeu tout simplement ahurissant. Quelques nouvelles compositions nous mettent dans l'ambiance, avant que le groupe n'entame son indémodable Mekanik Destruktiw Kommandoh, marque de fabrique de la formation. Entre les « WTF » des non initiés et les débuts de transe parmi les fans, c'est un public comblé qui ovationne ce groupe d'un autre temps, d'une autre planète, mais qui est définitivement parfait pour ce festival ! On fera difficilement mieux aujourd'hui...

Après le set des Français, on court bière à la main pour toper The Body à la Chapelle. Peine perdue : la salle est comble et une file d'attente conséquente s'est déjà formée à l'extérieur. Bons élèves, on attend patiemment pour pénétrer dans les lieux quelques vingt minutes plus tard... soit pour assister aux trois dernières minutes d'un concert ridiculement court par rapport au créneau d'une heure réservé pour le groupe. Le duo était attendu, pour sa première tournée en Europe. Difficile d'en dire quoi que ce soit ici tant l'aperçu fut bref et frustrant.

Vient l'heure du goûter, que nous prendrons en compagnie de Comus. Une expérience musicale fort intéressante, qui mérite le détour. Ce que nous ferons bien évidemment. Il y a quelque chose de perturbant dans leur Folk psychédélique, une entité qui joue avec les atmosphères et les nerfs de son auditoire, qui oscille entre un Rock psyché à moitié glauque et des envolées lyriques flamboyantes non moins inquiétantes. Il faudra un sacré estomac pour encaisser tout ça. Très belle découverte néanmoins. Mikael l'avait annoncé, cette journée sera prog', et c'est un vrai régal pour les amateurs.

Il est 18h30, Comus n'a pas tout à fait terminé son set, mais quelques membres de la team décident d'aller voir ailleurs si l'herbe est plus verte... ou a meilleur goût. C'est alors qu'au détour d'un couloir les pépiements intrigants d'une flûte traversière nous parviennent, la Green Room nous parle, nous attire irrésistiblement vers ces diables de Suédois qui commencent leur set de bien étrange façon. A l'instar d'un Genesis des 70's, Anglagard s'amuse à mélanger rock prog' groovy, flûtes et instruments d'une autre époque et nous invite à rejoindre leur célébration musicale. Original. Mais il en faudra plus pour me conquérir. C'est à croire que cette bonne femme qui joue de son pipeau a entendu ma prière, le groupe embraye alors sur des ambiances à la King Crimson, où les cordes, sans être très violentes, appuient là où ça fait mal, là où des fans d'un son qu'on ne fait plus ne peuvent que réagir. Résultat : un des groupes de prog' les plus originaux qu'il ne nous ait été donné d'écouter depuis très longtemps. Quand Peter Gabriel rencontre Robert Fripp et que tous deux s'accordent sur des plans et sonorités modernes... Rien que ça...

Dans la chapelle, session découverte avec Sula Bassana, les allemands parmi lesquels Monsieur Electric Moon (et sa femme) : 1h de rock psyché / jam. Même si les enchaînements laissent un peu à désirer, les titres plongent bien l'auditeur dans le cosmos. Le groupe joue dans le noir, et un peu comme à la maison. On aurait peut être aimé un bon gros jam d'une heure (comme Earthless il y a quelques années) mais c'est déjà une très belle performance.

Le Roadburn c'est aussi l'accessibilité des artistes. En témoignent ces quelques heures que nous avons passé, en purs fan boys, en compagnie du guitariste de Magma, rencontré par hasard entre deux buvettes et avec qui nous avons discuté de... tout, mais aussi de rien. Mais surtout de tout. Mais ça ne se raconte pas !

C'est donc avec un grand gamin (James), hyper content d'être là, mais qui ne connaît pas le quart de la programmation, que nous nous baladons de scène en scène, essayant de trouver quelque chose que nous pourrions avoir en commun. Claudio Simonetti's Goblin et son clavier fou réussira à nous ennuyer très vite, et Candlemass, malgré son set spécial (Ancient Dreams joué en entier) ne réussira à nous convaincre qu'à moitié, faute à une salle trop grande, et un son un peu plat.

Finalement, c'est avec Opeth que nous trouvons un terrain d'entente, une première pour James, qui nous avouera d'ailleurs qu'Akerfeldt, en plus d'être sympa, est un bon musicien. Nous acquiesçons. Le set d'Opeth, à la grand surprise générale, ne sera pas majoritairement Prog'. Dommage. Ou pas. Les Suédois réussissent malgré tout à insuffler un peu d'énergie en cette fin de journée. Des grands classiques et quelques titres rarement joués en live (un "White Cluster" de toute beauté) ravivent les ardeurs d'un public malmené (dans le bon sens du terme) par une journée inhabituelle. Pas de nouveaux titres au programme, mais les bougres avaient prévenu. Pas de grosse surprise donc, mais un concert de très grande qualité.

Changement d'ambiance pour le dernier rush de la journée. Alors qu'Opeth déploie ses forces sur la Main Stage, d'autres Suédois vont faire trembler le sol de la Chapelle. Des ex-Breach avançant masqués, cela ne peut augurer que du bon. Malgré des problèmes techniques, qui retarderont le début du set d'une bonne demi-heure, Terra Tenebrosa est à la hauteur des attentes. Le set, malsain au possible, est puissant et s'attache consciencieusement à briser les repères habituels du Post-Hardcore au sens 2000's du terme. A l'instar de ce qu'il se passe sur disque, l'ambiance est hermétique, les morceaux glaciaux. Encapuchonné, le quintet souffle un vent bruitiste puissant façonné de martèlements incessants et de riffs acérés. Un vrai succès qui prépare très logiquement celui de The Old Wind, avec lesquels Terra Tenebrosa partagent deux membres.

Si la structure des titres de The Old Wind semble plus classique (on pense Cult of Luna, proximité géographique oblige, mais on oublie Breach), le groupe n'a rien à envier à ses pairs question puissance et efficacité. Avec ses trois guitares, le groupe se pose d'emblée là dans la section "Massive" de votre discographie. Tomas Liljedahl a mis toutes ses tripes dans Feast On Your Gone, ce soir joué en quasi totalité, et cela se sent sur scène. Les Suédois déroulent leurs titres, certes froidement, mais sans flancher.

C'est lourd, c'est lent, c'est noir et c'est au final parfait pour terminer la journée.

Chorizo (Mai 2014)

Merci à lelag, Bacteries, Picks, Craipo et älva, collègues roadburners, et à Julien, re-Julien et Matthieu

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