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Mélanie de Biasio La Cigale

En ce jeudi 10 avril se déroulait à la Cigale un événement attendu de longue date. Dire que je trépignais d’impatience après avoir pris connaissance de la venue de Mélanie de Biasio à Paris relève de l’euphémisme. Son album No Deal sorti en 2013 n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd. Le succès aidant, c’est maintenant dans des salles d’envergure que la belge se produit. La première partie est assurée ce soir par Ivan Tirtiaux

Ivan Tirtiaux officie dans l’accouplement de la folk et de la chanson française. Seul en scène avec sa guitare acoustique, il va pendant une trentaine de minutes proposer au public de la Cigale une série de chansons plutôt bien ficelées avec un joli coup de guitare, ce qui ne gâche rien. 
Tandis qu’il répète à qui veut l’entendre qu’il s’agit de « sa première dans une grande salle » et qu’il est donc plutôt impressionné, l’artiste poursuit ses propositions guitaristiques intéressantes. J’éprouve davantage de difficultés à rentrer dans l’univers d’Ivan Tritiaux, les paroles de ses compositions ne faisant pas mouche sur moi. 
Mon avis n’est évidemment que très relatif, la chanson française n’étant pas mon genre de prédilection, loin s’en faut. Je retiens tout de même de jolies propositions musicales, notamment bluesy sur le dernier morceau du concert qui emmène la salle dans un final enlevé bien senti. 
Une entrée en matière assez éloignée de l’univers de Mélanie de Biasio mais qui semble plaire au public de la Cigale. Le premier album d’Ivan Tirtiaux devrait sortir sous peu. 


21h. La salle est pleine à craquer. Après un petit entracte, les derniers sièges disponibles sont pris d’assaut par les arrivées de dernière minute. 
Les musiciens font leur entrée sur scène, cinq au total, quatre sur scène et un cinquième caché sur le côté. C’est alors que Mélanie fait son entrée, en délicatesse et volupté, comme à l’accoutumée. Tandis que le public l’accueille, ou plutôt l’acclame, les fumigènes commencent leur pèlerinage. 
D’emblée, la scénographie en met plein la vue. Particulièrement soignée et adaptée au jazz incandescent de Mélanie. Chaque musicien est éclairé d’une ampoule, positionnées avec élégance sous la forme d’un mini lampadaire, de sorte à créer un nouveau cercle central. Cette configuration laisse à penser qu’une volonté de mettre le spectacle en abime a eu lieu. Idée confirmée lorsqu’à de nombreuses reprises Mélanie se glisse en spectatrice de l’alchimie des cinq musiciens. 
C’est drapée d’un éclairage bleuté que la belge entame I Feel You. Drastiquement revu pour l’occasion, le morceau est annonciateur de la volonté des musiciens de recréer l’unicité du live en revisitant les morceaux studios. Soit allongés, modifiés ou encore déstructurés, la quasi totalité des morceaux composants la setlist du soir est pensée pour le live. 

Dès les premiers instants, l’on comprend que l’artiste en face de nous n’est pas comme les autres. La gestuelle de la belge occupe une place prédominante. D’un claquement de doigt qui bat la mesure ou annonciateur d’un passage instrumental, aux mimiques émotionnelles autour du micro, Mélanie insuffle la vie dans ses morceaux à chaque mouvement. Comment ne pas évoquer ces petits raclements de gorge venant combler le silence éphémère dans les rythmiques.
Que dire de ce moment incroyable sur la reprise du thème d’I Feel You avec le contrebassiste. Mélanie, alors agenouillée, se relève peu à peu à mesure que le tempo, emmené par la contrebasse, s’envenime. Alors au climax de son interprétation, implorant le musicien de ses « Come on let me know how you feel », Mélanie se relève et laisse le rythme devenir fou, le batteur emballant la salle tandis que les autres musiciens se voient invectivés par la belge, soufflant sur les braises d’une liberté scénique salvatrice.
Mélanie de Biasio occupe une multitude de fonctions sur scène. Elle est évidemment chanteuse, mais aussi chef d’orchestre, guidant d’un claquement de main (ou de doigt) de maître les musiciens qui l’accompagnent, ou encore flûtiste (sa formation) atout qu’elle n’hésite pas à mettre en valeur à plusieurs reprises dans des moments d’une extrême beauté. 
Le tout est exécuté avec une immense distinction, la liberté scénique octroyée n’est pas laissée au simple fait du hasard, chaque détail est d’une précision terrible. Enfin ce qui marque surtout lors de cette représentation, c’est bien le sourire de l’artiste, irradiant littéralement la salle. Chaque instant est savouré de la première à la dernière seconde tandis que son regard s’échappe vers la profondeur indéfinie de la salle. La sobriété des grand(e)s, en somme. 

Il me faut également revenir sur le travail abattu au niveau de l’éclairage, tout bonnement dantesque. Exemple sur Sweet Darling Pain, où la lumière change à chaque coup de batterie. Effet somme toute assez simple de réalisation mais qui, lorsque effectué avec une telle précision, devient dévastateur d’efficacité. Impossible de s’empêcher d’esquisser un rictus niais, béat devant tant de maitrise. 
Sur The Flow c’est un véritable rideau de lumière qui est créé devant Mélanie. La multiplicité des rayons empêche d’observer correctement ce qui se déroule sur la scène, créant une distance impressionnante avec le public. Ce même procédé est utilisé plusieurs fois durant le concert de façon à créer une toile d’araignée lumineuse. La scène de La Cigale se voit lacérée par les faisceaux tranchants. De nombreux autres effets délicieux composent le spectacle pour offrir un véritable régal visuel autant que musical.

Après environ une heure quinze de concert, Mélanie et son équipe reviennent pour interpréter deux derniers morceaux en guise de rappel. 
Le silence de l’audience pour la première chanson est incroyable. Chaque geste, chaque chaise, chaque respiration, chaque lèvre mouvante est dissimulable parmi la salle pleine de La Cigale. Les visages sont ébahis par la prestation de la jeune belge, tous ou presque ont sur eux des sourires figés. L’impression de vivre un grand moment est palpable, sourires d’admiration, sourires de connivence, d’approbation, de bien être.
Les deux morceaux joués en rappel sont significatifs du désir d’ouverture de l’artiste. Le premier, très psychédélique, sur lequel plane l’ombre de Pink Floyd, le second faisant office de conclusion, I’m Gonna Leave You est bien plus jazzy avec sa rythmique implacable permettant à Mélanie de claquer une dernière fois dans les mains pour laisser le champ libre à ses musiciens de nous émerveiller. Sans fausse note. 


Standing ovation, sourires partagés. Accompagnée de son petit orchestre, Mélanie salut longuement tandis que les « bravo » s’échappent de tous côtés. Hagards, nous la regardons, en espérant qu’il soit possible d’inscrire cette image à jamais dans nos esprits et de pouvoir dire dans quelques années : j’y étais. 


 
Grand merci à Chorizo et à Selma, du label Pias

Humtaba (Mai 2014)

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