Motocultor Fest (Part 1) Sené

Sené, petite bourgade côtière tranquille proche de Vannes dans le Morbihan a aussi le droit à son festival de l'enfer en cette fin août 2010. Son nom, le Motocultor Festival qui est à sa troisième édition, ou plutôt devrait on dire la première sous cette forme là, sachant qu'en 2008 elle se déroulait en salle et qu'en 2009, elle avait été tout bonnement annulé sous des prétextes frauduleux. Comme quoi, les sbires de Christine Boutin ne sont pas très loin quand il s'agit d'interdire des concerts de Metal. Bref, cette année le Motocultor déménage d'Arradon (dans le même département) pour Séné en récupérant une bonne partie de l'affiche de l'année dernière. Le festival s'étend maintenant trois jours, à l'extérieur, réunissant les groupes phares de la scène Metal française (Dagoba, The Arrs, Punish Yourself) faisant même venir de gros groupes internationaux tels que Sodom, Shining ou Madball.

Samedi 28/08 :

Arrivé en début d'après-midi, les hostilités commenceront par les celtes de Bran Barr. Pour ceux qui ne les connaissent pas, Bran Barr gravite autour de la scène Pagan / Folk / Black française qui a vu venir de très bons groupes comme Nydvind, Aes Dana ou Heol Telwen. Ils viennent justement de sortir leur second album, Sidh, qui fait date dix ans après Les Chroniques De Naerg, apprécié par les connaisseurs éclairés du milieu. Sur scène les gars se débrouillent plutôt bien avec leur Black / Folk à tendance celtique. C'est assez festif et se consomme facilement après le repas comme digestif, quoique je suis persuadé qu'ils auraient eu un meilleur accueil en passant en début de soirée. Le son est relativement correct, sauf que le violon (le seul élément à distiller les mélodies Folk) est sur-mixé et accapare trop l'espace sonore au détriment de la batterie. Vocalement le chanteur est bon et essaye de motiver les troupes, ce qu'il réussit plutôt bien. Même sans connaître réellement les morceaux, la prestation de Bran Barr est réussie et donne envie de se repencher sur les disques.

Changement de plateau avec les nantais d'Abysse dont j'attendais de voir comment ils défendaient sur scène leur très bon Le Vide Est Forme après les avoir manqué en compagnie de Kruger il y a quelques mois. Mais une crainte vient à moi. Comment tenir 40min de Metal entièrement instrumental sur scène, sans ennuyer l'auditeur au bout de dix? La réponse, c'est que même sans paroles, sans rien dire ou presque entre les morceaux, le quatuor se donne à fond et ça fait plaisir. Ca file droit, enchaine les riffs qui marquent bien, supporté par une rythmique en béton. Le son est bon et donne l'occasion de saisir les mélodies que le groupe déploie. Techniquement c'est en place, très bien exécuté, les gars donnant la part belle aux ambiances plus qu'aux décentes de manche. Très bon concert donc, qui aiguise ma curiosité pour le premier album long format des nantais qui devrait théoriquement sortir l'année prochaine.

No Return prend la relève avec leur Death / Thrash moderne. Je n'en avais jamais entendu parler et ce sera pour moi une découverte. Le chanteur avec un petit air de Johan Hegg (Amon Amarth) nous annonce qu'on est plus de 1500 festivaliers en ce samedi, ce qui est quand même plutôt pas mal pour l'organisation. Ne connaissant pas du tout les morceaux, je peux simplement m'apercevoir que ça envoie la sauce et que le set est bien efficace. Le côté « on joue à la scandinave » est plutôt pas mal mais les compos ne me parlent pas tant que ça, ce qui fait que je décroche au bout d'un moment et part faire un tour du côté merchandising.

A contrario, Destinity qui joue un style similaire sur la Dave Mustage me botte bien plus. J'ai un l'impression d'entendre ''la continuité du concert de No Return'' mais en plus rapide, plus lourd et plus incisif. Le son est très gros et la précision des morceaux est chirurgicale, le côté moderne en sus. Destinity joue quelques morceaux de XI Reasons To See leur dernier album paru l'année dernière et le moins que l'on puisse dire c'est que ça envoie du lourd avec un chanteur très impressionnant et des zikos carrés. Pour le coup ce groupe me fout une bonne baffe dans la gueule et me donne envie de m'intéresser à leurs albums de près. La première bonne découverte du festival.

My Own Private Alaska s'installe ensuite sur la grande scène pour un concert qui va vraiment dénoter avec l'ensemble de la programmation du festival. Tant mieux, ça fait du bien de changer d'air, sauf que j'ai beaucoup de mal à encadrer Amen, le dernier album du groupe à la production douteuse vidé de son âme, alors que l'ep me collait des frissons genre perdu sur la banquise par moins 40°C. Très sceptique, je vais quand même assister au concert des toulousains. Comme à leur habitude, le claviériste présente le groupe et annonce les chansons qu'ils vont exécuter car le trio n'est pas connu pour être spécialement loquace pendant la représentation. Premier morceau, première notes de piano, en trente secondes, le musicien a déjà eut cinq orgasmes rien que appuyant sur les touches de son instrument. J'étais prévenu et c'est pas la deuxième fois que je vois My Own Private Alaska, mais bon, cette attitude tend largement à me faire hérisser les poils. Bref, si l'on occulte cette impression d'un groupe trop over investi dans leur musique et faussement vrai (chouette oxymore), il reste... la musique, et je dois dire que le groupe remonte dans mon estime de ce côté là. Surtout parce qu'on sent les morceaux d'Amen plus vrais sur scène, moins gonflés d'artifices Ross Robinsoniens. Je préfèrerais toujours les anciennes compos aux nouvelles, mais des morceaux comme Anchorage ou After You sont, je dois l'admettre, finalement plus porteur sur scène que sur disque. Un bon concert de My Own Private Alaska en somme qui aura conforté à coup sûr les gens qui ne peuvent pas les sacquer, mais qui pour ma part m'aura redonné un peu confiance, au moins dans leurs prestations live.

Pour la suite des festivité c'est High Voltage qui s'y colle. Comme indique leur nom, High Voltage est un tribute band au célèbre groupe de Hard-Rock AC/DC. N'étant pas fan des reprises de groupe strico-sensus joué à la note de solo près, ça ne m'intéresse qu'assez peu, mais le groupe gère bien son affaire surtout qu'à l'heure de l'apéro ils tombent à point nommé. De loin je reconnais quelques classiques comme Highway To Hell, TNT, Back In Black qui font apparemment plaisir au public qui se déhanche sur ces vieux tubes. Pas de quoi en dire grand chose, les mecs sont investi par la grâce d'Angus Young et font les choses proprement en exécutant de bonnes reprises.

The Arrs, ça fait un moment que je les loupe en concert et pourtant ils font des passages réguliers en terre rennaises ou nantaises... Enfin bref, c'est fois-ci c'est la bonne. Les guitares sont à peine branchées que la fosse démarre au quart de tour. C'en est impressionnant. Gros son, riffs ultra efficaces, ramonage dans les règles de l'art, il n'y a pas a dire, les nombreux concerts de The Arrs les ont roadés pour tout détruire sur leur passage. Les morceaux de Héros – Assassin comme Cannibale ou Le Ciel Des Uns Est L'Enfer Des Autres tabassent comme il faut, mais là où ça devient vraiment énorme c'est quand ils ressortent des anciens titres de Et La Douleur Est La Même... tels Passion, catchy as fuck. Forcément Nico est ultra au taquet, soulevant la fosse de sa voix et le combo donne tout ce qu'il peut pour en mettre le plus possible dans la gueule du public ce soir. En somme c'est le genre de concert qui prouve que The Arrs est au sommet de la scène Metalcore en France, indéniablement.

J'attendais aussi beaucoup de voir ce que valais Kruger sur scène étant donné que leur petit dernier, For Death, Glory And The End Of The World, a pas mal tourné pendant l'été sur la platine. Ne tournons pas autour du pot, c'est la claque, celle qui vous sonne dès le départ puis vous fait vous sentir tout chose par la suite. Il faut dire que le set du combo suisse est musclé, rond et sacrément costaud avec leur Post-Hardcore teinté de Metal ce que tu veux. Et puis il y a cette approche avec le public qui rend le concert différent de tous ceux d'aujourd'hui. Le chanteur Reno se lance à corps perdu dans la bataille, monte sur les amplis, se boulifie sur scène, joue avec les photographes, vient chanter dans le public et faire des calins à quelques spectateurs... Kruger vit sa musique et on le ressent bien nous aussi. Avec des titres comme Anthem Of Pretended Glory et Turpitudes, les suisses finissent par m'achever avec des pic d'émotions rarement atteint pendant ce festival.

C'est Mononc' Serge&Anonymus qui officie pendant l'heure de l'habituelle galette saucisse frites, restauration officielle des festivaliers. Du Metal parodique comme si Ultra Vomit s'était subitement naturalisé canadien. J'ai du mal à rentrer dans le délire du groupe en mode épisode de South Park sur Terrence&Philip sur fond de Metal lourd. Il faut quand même reconnaître que la formation s'y connait en gros son et ne s'embourbe pas dans une médiocrité technique sous prétexte que c'est pour déconner. Mais non, le chant en canadien et les blagounettes sur les patates et l'alcool ne me parlent pas plus que ça. Peut-être que ça faisait effet sur le metalleux avec une douzaine de bières dans le sang.

Tamtrum, je peux plus. Si l'on enlève les filles quasi à poil et la provoc' facile, il reste musicalement peau de zob. Fuck You I'm Drunk And - Stronger Than Cats, leur dernier album montre bien le nouveau visage du groupe à savoir plus racoleur que jamais et ça se fait forcément au détriment des compositions aussi vides qu'inintéressantes. Pourtant Elektronik Blakc Mess et Some Atomik Songz étaient de bon disques d'EMB, mais là Tamtrum confirme ce soir que leur nouveaux titres m'ennuient rapidement, sont trop répétitif et ne possèdent pas les ambiances sous coke façon trip noir et morbide des anciens. A jeter donc.

Korpiklaani c'est l'exemple typique du groupe de Folk-Metal qui n'en fini plus de sortir des disques tout en baissant qualitativement au fur et à mesure. Si leurs derniers albums ne valent pas grand choses, Voice Of Wilderness et Spirit Of The Forest avec leur lot de morceaux phares du groupe tels que Wooden Pints ou Beer Beer. Et si ces morceaux sont présents dans le set des finlandais et cela fait plaisir à entendre, le gros soucis de Korpiklaani ce soir c'est qu'ils jouent comme des pieds. A croire qu'ils ont trop forcé sur la pinte de bière. Je sais que les trois quart de leurs compos sont des chansons à boire, mais quand même. Le chanteur / guitariste n'est pas calé avec les autres, les instruments traditionnels sont foutus « histoire de »et en plus le son est mauvais. Les morceaux les plus récents manquent de pèche et à moins d'être fortement imbibé, il me parait difficilement concevable de trouver que c'est un bon concert de Folk-Metal, surtout quand on compare à des formations comme Finntroll, Arkona, ou Eluveitie vue courant de l'année.

Un concert de Dagoba, ça reste un concert de Dagoba. Et comme sur disque ça envoie du lourd et c'est à peu près tout. Zéro finesse, basse / guitare quasi absentes, on a vraiment l'impression que tout tourne autour du chant et surtout de la démonstration permanente de Franky derrière les fûts. Donc pour reconnaître les riffs il faudra s'y reprendre à deux fois. Cela dit c'est aussi le genre de Metal qui veut ça et puis des morceaux comme It's All About Time ou Cancer sont toujours terriblement efficaces. Le public est d'ailleurs très motivé à sauter dans tous les coins. Le groupe présente même un nouveau titre issu de Poseidon qui ne me fait ni chaud ni froid. Ca fait plaisir de revoir les marseillais, mais sur la fin leur show fini par m'ennuyer un poil.

Je ne reste assister qu'à quelques morceaux de Destruction avant de reprendre la route. Le Thrash c'est pas vraiment mon dada et la fatigue commence à se faire sentir, mais les teutons savent y faire et on est loin d'une prestations en demi-molle d'un Slayer @ Hellfest par exemple. Et puis visuellement avec leurs décors trop evil et leurs crânes en plastique fixés sur leurs micros, ça attire. Coup de fouet, j'écoute donc quatre / cinq morceaux qui tranchent dans le lard et m'est avis que les amateurs de Thrash devaient être abonnés au headbang avec un groupe pareil.

Pentacle (Février 2011)

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Commentaires

karjimLe Mardi 08 février 2011 à 13H14

Milles excuses Pentacle c'est entièrement ma faute, j'ai mal lu l'énoncé. Après avec quelques "?" et deux trois mots bien placés c'est fou ce qu'on mettre les gens de mauvais poil, et je ne remets pas le coté qualitatif en question, chacun aime ce qu'il veut et crache sur ce que bon lui semble, le principe de la liberté d'expression désobligeante...Spécialité Française.
Il y a 25 ans on avait le droit de chier sur Motley Crue, Poison, Ratt faisant du Gay LA Metal, aujourd'hui on doit tout prendre avec des pincettes, ça m'énerve à un tel point que j'ai décidé de reprendre le flambeau (à mon échelle) de D Mustaine et du regretté Paul Baloff

PentacleLe Mardi 08 février 2011 à 07H49

Groupes phares = groupes les plus connus en terme de renommée, que tu le veuilles ou non d'ailleurs, ces groupes font partis des plus importants de la scène française et c'est pas moi qui l'ai décidé. Après si c'est le côté non qualitatif de la chose qui te gènes, je vois pas ce que je vais pouvoir faire... Sinon avant de monter trop rapidement sur tes grands chevaux, Gorod c'était le lendemain. C'est aussi pour ça qu'en haut c'est marqué (Part 1). La suite publiée demain donc.

karjimLe Mardi 08 février 2011 à 01H42

Les groupes phares du métal français ??????????? bon d'accord The Arrs sont des tueurs de live et Destinity de sacrés experts mais euh...y a deux noms qui me viennent à l'esprit et qui rend l'hexagone si fier et c'est pas de Marseille , faudrait plutot aller voir vers Bayonne et Poitiers si vous voyez oû je veux en venir mes loulous...quoiqu'il en soit ça devait être un bon festoche quand même