Dour Festival (2ème et dernière partie) Les 18 et 19 juillet 2009 - Dour

Samedi
Pas le temps de rêver à des croissants et à un jus de fruits frais en ce matin de troisième jour, c'est plutôt du beatdown qui est au menu pour le petit déjeuner. Ca peut faire peur comme ça mais vu qu’il s’agit de Surge of Fury c’est tout de suite moins inquiétant. Fidèles à leur simplicité et leur bon esprit, les Wallons nous gratifient d’un bon concert, même si on les sent moins à l’aise dans ce grand chapiteau que ce qu’ils peuvent proposer en petite salle. Quelques dizaines de mètres plus loin, les jeunes régionaux de l’étape de Dirty Fingers montent sur les planches pour une demi-heure de metal/hardcore pas mal foutu. Vainqueurs d’un concours-tremplin, on se dit que le groupe a bien mérité sa place tant l’énergie déployée sur scène fait plaisir à voir.

Ce qui fait par contre moins plaisir c’est de voir un chapiteau pratiquement vide pour accueillir Defeater. Pourtant, après un début prévisible sur le morceau folk acoustique de leur premier album, les Bostoniens mettront tout leur cœur à convaincre les quelques égarés avec leur modern hardcore passionné. Sans grand succès il faut malheureusement le reconnaître. Ca doit manquer de muscles et de tatouages pour les amateurs de hardcore présents aujourd’hui.
Lionheart, eux, n’en manquent pas, et le public est donc de retour. Les protégés de Jamey Jasta ne font pas dans la dentelle et nous proposent en quelque sorte une version actualisée des vieux albums d’Hatebreed. Très efficace donc, mais un peu lourdaud sur la longueur, ça n’a toutefois pas l’air de déranger le pit qui se déchaîne. Et pourtant, ce n’était qu’un échauffement quand on voit l’accueil réservé à All Shall Perish et son deathcore visiblement très apprécié.

Juste le temps de constater que j’aime toujours aussi peu leur musique et direction I Like Trains pour la parenthèse post-rock du jour. Ambiances tout en mélancolie, explosions sonores éparses, voix caverneuse envoûtante, ces Anglais savent indéniablement y faire pour vous happer dans leur univers. Car au-delà des poncifs du genre, I LikeTrains semble posséder ce supplément d’âme, cette personnalité unique qui rehausse l’intérêt.
Cette douce parenthèse se voit brutalement interrompue par Comeback Kid. Victimes, comme d’autres, d’un certain émoussement en concert à force de tourner partout et tout le temps, c’est à une prestation moyenne qu’on assiste aujourd’hui. Même si de nombreux morceaux restent jouissifs et imparables, on sent que la machine est trop (?) bien rodée et que plus aucune spontanéité ne ressort sur scène. Le son est très moyen, la voix d’Andrew Neufeld toujours fatiguée, on pouvait espérer mieux au vu de leur prestation lors du dernier Groezrock.

Le constat sera un peu similaire pour les Cro-Mags de John Joseph. Explosifs au dernier Hellfest, on a ici droit à un bon show mais sans cette petite étincelle qui rend un show mémorable. Avec pourtant une setlist uniquement axée sur The Age of Quarrel (hormis la traditionnelle double reprise des Bad Brains), la prise de risques était minime et toutes les chances de leur côté. Enfin bon c’est toujours l’occasion d’apprécier le jeu de batterie de Mackie Jayzon et la folie épileptique de John Joseph, qui aura tout donné, comme à son habitude.

Direction le soleil et la Canebière maintenant avec IAM, grosse tête d’affiche du festival qui semble faire l’unanimité sur la Plaine de la Machine à Feu. De tout le week-end, aucun groupe ne ramènera ne serait-ce que la moitié de la foule présente ce soir devant la grande scène. Les tubes de L’Ecole du Micro d’Argent résonnent de milliers de voix, tandis que le métier et la bonne humeur, extrêmement communicative, des quatre marseillais compensent sur les morceaux "moins" connus. Quels que soient les goûts, certaines formations imposent le respect, IAM vient de prouver qu’elle en fait partie, si certains en doutaient encore.

La soirée se poursuit avec le punk mâtiné de folklore irlandais des Dropkick Murphys qui enflamment facilement la plaine aux sons des cornemuses et des guitares saturées. Le frontman est toujours aussi impressionnant et semble pouvoir occuper la scène à lui seul, sans presque jamais devoir se déplacer. Les titres se succèdent et font mouche, le public fait la fête et en redemande.
Mais pas de chance, le punk c’est fini pour aujourd’hui et c’est au tour des Pet Shop Boys de prendre possession de la Last Arena. Il est donc temps de fuir et d’aller se faire traumatiser les tympans une dernière fois ce soir. Objectif évidemment atteint les doigts dans le nez par la machine de guerre Gojira, qui joue presque à domicile tant les Français sont nombreux dans l’assistance. C’est pour ma part la deuxième fois que je les vois cette année, dans des conditions très différentes, et je finis par me demander si Gojira a jamais donné un concert ne serait-ce que moyen. C’est toujours aussi impressionnant de maîtrise, de puissance et de précision. Les titres du dernier effort se révèlent plus que jamais en live et même si l’on pourrait regretter l’absence de certains morceaux, difficile d’en éliminer un de la setlist proposée. Véritable monstre écrasant tout sur son passage, le groupe landais quitte sous une ovation un public sur les rotules, mais manifestement heureux.

 

Dimanche
Dernière ligne droite, et sans doute heureusement pour les organismes, qui n’en peuvent plus de ce qu’on leur impose. Du coup, la journée débute un peu plus tard que d’habitude avec le punk-rock mélodique des vétérans hollandais de Heideroosjes. Le soleil est présent et le cocktail musical agréable, mais pas formidable non plus. D’autres font tellement mieux dans le genre, qu’on ne regrette pas trop de les abandonner pour aller assister aux frasques d’An Albatross. Premier constat, au final plus que prévisible, ce n’est pas un groupe pour une scène de cette taille. Quand on connaît leur potentiel dans d’autres circonstances, il devient vraiment difficile de profiter pleinement d’un tel concert. Le chanteur a beau se démener tel un Jim Morisson sous speed, et on a beau sourire du style de rabbin irlandais du claviériste, il manque le mur de son et la mayonnaise ne prend jamais vraiment. On se surprendrait presque alors à trouver le grain de folie du groupe très artificiel et convenu. Dommage.

A l’inverse, The Experimental Tropic Blues Band confirment que c’est une belle bande de fêlés. Victorieux, et haut la main, dans la catégorie "concert le plus rock’n roll du festival", leur étrange mixture blues-rock dopée à l’EPO a fait l’unanimité en cette fin d’après-midi. Le clou du spectacle reviendra incontestablement au guitariste finissant le concert entièrement nu, avec un fan se servant du jack débranché de la guitare sur ses parties génitales comme d’un instrument. Du grand n’importe quoi !

Mais place maintenant à Rolo Tomassi, une bande de jeunes Anglais qui se démènent armés de leur mélange musical étrange, à la croisée d’An Albatross et de Dillinger Escape Plan. Plus qu’avec leur musique, ils se sont surtout faits remarquer grâce à la plastique généreuse de leur chanteuse/hurleuse, vêtue d’une robe de soirée noire et qui réussit la prouesse de danser gracieusement sur les rythmes saccadés délivrés par le groupe. Visuellement très agréable et atypique, on en ressort malgré tout avec la curieuse impression de s’être globalement fait berner.

Ce ne sont malheureusement pas les Wampas qui relèveront le niveau avec leur rock’n roll variétoche peu convaincant, et il faudra plutôt attendre DJ Muggs et ensuite Rahzel pour se prendre les claques du jour. Auteurs de véritables démonstrations dans leurs styles respectifs, DJ pour l’un et human beatbox pour l’autre, ils reprendront tube sur tube enflammant pendant deux heures d’affilée les amateurs de hip hop, mais aussi beaucoup d'autres.
C’est sur cette note positive que le festival s’achève de mon côté, pendant que les plus résistants iront profiter de la suite des 5 Elements of Hip Hop, ou encore d’Aphex Twin et Venetian Snares.

On remerciera pour conclure tous les organisateurs, et les bénévoles, qui après quelques petits couacs ces dernières années ont cette fois réalisé un travail à la hauteur de l’événement, confirmant s’il le fallait encore la très bonne réputation de ce festival à l’ambiance unique.

Peps (Septembre 2009)

Merci à Brice et Djou pour cet excellent week-end!

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