La Villette Sonique 2009 : Men Without Pants, Sunn O))) et Jesus Lizard le 27/05/09 - Paris (La grande halle de la Villette)

Sunn O))) et Jesus Lizard dans une même salle pour l’ouverture de l’édition 2009 de la Villette Sonique, c’est la classe. Bon, on savait d’avance qu’il serait difficile de concilier les vieux rockers et autres intégristes noise inconditionnels de leur groupe préféré des 90’s avec les metalleux et branchouillards venus voir Sunn O))). Evidemment j’exagère, je suis la preuve vivante que cette affiche pouvait faire des heureux, et au vu du nombre de personnes devant chacun des deux groupes je n’étais pas le seul.

Pour ceux qui n’y ont jamais posé les pieds, la Grande Halle de la Villette est un magnifique édifice en verre, avec tout le confort moderne, en plein dans le parc de la Villette (forcément). Le cadre est donc génial, et à l’intérieur c’est le même constat. Les gradins sont assez proches de la scène pour que la salle reste à mesure humaine.

Place aux Men Without Pants en toute première partie, avec rien de moins dans le line-up que Russel Simins (The Jon Spencer Blues Explosion) et un premier album produit par Dan The Automator (Gorillaz). Ça aurait pu le faire, la prestation était cool, le guitariste sosie de Mick Jagger en jean slim sautait de partout, c’était pêchu, sympa. Mais juste sympa. C’est ça quoi, un énième ersatz d’électro-rock sympatoche, tellement commun et banal qu’il m’est arrivé plusieurs fois de me demander si le morceau qu’ils jouaient était une reprise. On est même contents quand ils quittent la scène en fait. Sitôt vus, sitôt oubliés.

Après leur sortie, les lumières reviennent. Sur scène ça s’active un peu, au fond on enlève la couverture qui cachait l’immense mur d’amplis Sunn. On va comprendre notre douleur. Sur cette tournée le groupe jouera exclusivement les Grimmrobes Demos, pour l’anniversaire des 10 ans de la sortie de ces dernières. C’est donc Sunn O))) dans son plus simple apparat, ils ne sont que deux, pas d’Attila au chant, pas de trombone ni de clavier. Juste eux, leurs guitares et leurs 15 amplis.
De la musique rituelle installe l’ambiance (des chants de prière tibétains probablement), les canons à fumée crachent un brouillard qui finira par envahir entièrement la scène et au moins la fosse. Les quelques metalleux qui se cachaient pendant les Men Without Pants sortent d’un peu partout, même si certains restent sûrement bloqués à ce qui restera le stand de distribution de bière le plus LENT au monde, celui là même où on s’était risqué quelques minutes plus tôt.

Le volume sonore des « mmmmmmmmmh » des prières monte peu à peu et les lumières s’éteignent partout dans la salle, lentement, les unes après les autres. Ne reste qu’un éclairage bleu apaisant sur la scène. Dans le brouillard environnant on aperçoit à peine Anderson et O’Malley entrer encapuchonnés dans leurs fameuses robes de bure, le poing levé. Le temps d’enfourcher leurs guitares, et vlan. Les appréhensions que j’avais quant à la grandeur de la salle s’envolent : les basses m’étranglent, mes dents claquent, le bout de mon nez vibre, mes vêtements vibrent. Je vibre tout entier. Des vagues de basses déferlent, les unes plus lourdes que les autres, des notes tenues jusqu’à l’infini jusqu’à un larsen rédempteur qui finira implacablement par une nouvelle déferlante. Il n’est plus ici question de mélodies ou d’une quelconque structure musicale préétablie, mais que de vibrations. On passe plus temps les yeux fermés qu’ouverts, mais leur mise en scène sobre en forme de messe cosmique en l’honneur du Son fonctionne à merveille, avec la fumée, l’éclairage bleu, leur façon de brandir les guitares l’air… c’est tout un rituel.

Le concert dure à peu de choses près une heure. Certains de mes camarades auront trouvé ça un peu long, disant que 45 minutes auraient probablement été suffisantes. Je veux bien leur accorder que dans cette formation réduite au plus strict minimum, le rendu est encore plus minimaliste que d’ordinaire. De mon côté je ne me suis pas lassé une seconde, ne serait-ce seulement parce qu’au fur et à mesure que le concert avançait, le son montait, jusqu’à ce qu’il appuye sur ma cage thoracique et saccade le rythme de ma respiration vers la fin. Et puis le silence, d’un coup. On m’avait pourtant prévenu, jamais un disque de Sunn O))) ne pourra donner ne serait-ce qu’une idée de la puissance de leurs concerts. Je reste quand même convaincu que la qualité du résultat est inversement proportionnelle à la taille de la salle, et que ça doit être encore meilleur dans un endroit un peu plus restreint.

Bon, il est temps de refaire un petit tour au bar, auquel on attendra encore une bonne demi-heure pour se désaltérer alors que tout se prépare pour Jesus Lizard un peu plus loin derrière. La fosse et les gradins sont remplis à craquer. Avant même que le groupe arrive sur scène les gens ont tous un sourire collé à la face, parce que pour la plupart ils savent déjà ce qui les attends. Moi même, petit jeunot qui voyait Jesus Lizard pour la première fois, j’avais une bonne idée de la baffe que j’allais me prendre. C’est connu, les concerts des américains comptent souvent parmi les meilleurs de ceux qui les ont vus. Le groupe déboule sur scène et commence le set par un Puss enflammé. David Yow a déjà sauté au milieu de fosse et continue à chanter tandis qu’un roadie tente désespérément de sauver le câble du micro qu’il faudra malgré tout changer trois ou quatre fois pendant le concert. Le frontman tombe la chemise, il titube sur scène, le falzar à moitié ouvert, se jette dans le public, crache de partout, saute sur les filles qui montent sur scène, il déchire le t-shirt d’un des malheureux qui s’était aussi pointé, il fait des pompes en hurlant avec le micro callé dans la bouche.

Forcement on ne regarde que lui, les autres membres du groupe sont là, ils assurent, mais on ne les voit pas. Je regarde autour de moi, les gens sont tous à fond, ils sourient béatement. Ça sue, la salle est électrisée, putain, c’est fort ! Les tubes s’enchaînent en ne laissant aucun album au placard : Then Comes Dudley, Seasick, Gladiator, Boilermaker, j’en passe et des meilleurs. Ces types maîtrisent leur sujet à mort et n’ont décidemment pas volé leur réputation. Le Yow dépravé est touchant, touchant à la manière de Bukowsky, on se lasse pas de l’écouter chanter et de le voir faire des conneries, il chavire mais prend visiblement son pied à être sur scène. Incroyable !

Un rappel de 4 / 5 morceaux et c’est fini. Sans en faire trop, je ne sais franchement pas si c’est encore utile d’aller voir des concerts de rock après ça, je ne veux pas croire que ça puisse être mieux avec un autre groupe. Grande, grande claque.

 

Un grand merci à Phil! pour son aide ainsi qu'à la Villette Sonique.

vince-shi (Mai 2009)

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment