Esoteric & Celeste le 30/05/08 - Lyon (Sonic)

  Après bien des péripéties, le concert réunissant Esoteric et Celeste aura bien lieu en ce vendredi soir pluvieux, non pas au marché gare comme initialement prévu, mais bien au Sonic, salles qui n’ont a priori en commun que leurs environs glauques à souhait. Ce changement de dernière minute est en fait dû à un optimisme délirant du promoteur qui pensait faire plus que les cinquante entrées de moyenne sur la tournée, comme me l’expliqueront plus tard Joe Fletcher, nouveau batteur d’Esoteric et préposé au stand d’un soir ainsi qu’un membre de Celeste, a qui je n’ai honteusement pas demandé son nom.

Arrivé sur les lieux de bonne heure, je comprends qu’il va falloir patienter puisque Esoteric commence à peine à décharger, la faute à une cuite monstre contractée la veille à Bâle, et peut être aussi à une certaine démotivation, salle plus petite, avant-dernière date d’une tournée émaillée de galères & problèmes de matos obligent. Mais bon, assister à un concert de l’un des piliers d’un genre entier vaut bien quelques heures de patience supplémentaires...
Et effectivement, après deux heures passées tantôt à roder dans la grisaille, tantôt à écluser une bière dans un rade minable non loin de là, Celeste s’apprête à ouvrir le bal dans l’ambiance intimiste de la péniche à laquelle j’accroche immédiatement. Totalement novice en la matière, je sais juste que Celeste évolue dans un Post-Hardcore qui semble faire son effet ici et là. Tout d’abord intrigué, l’excitation monte d’un cran lorsque j’entends un membre du staff dire qu’il faut tout éteindre puisque Celeste ne joue que dans le noir.

Et tout d’un coup, le chaos. Rien que ça. Une vague de destruction massivement sonore déferle sur la cinquantaine de plus ou moins chevelus présents ce soir, et le choc s’avère un vrai traumatisme. Celeste trace dans la nuit des sillons sanglants qui sont autant de blessures à jamais ouvertes qui en laisseront plus d'un sur le carreau. Impossible de discerner les paroles mais qu’importe, la violence viscérale que dégage le groupe est absolument fascinante, et la demi-heure passe comme dans un cauchemar éveillé. Je reste encore sans voix face à l’enfer déversé devant mes yeux par un groupe au petit bassiste improbable jouant avec lampes frontales rouges et boite à fumée cheap, qui a failli me détruire les oreilles, et qui ne doivent d’ailleurs leur salut qu’à un mouchoir dont les lambeaux me serviront de bouchons de fortune.

Après une telle secousse, les vingt minutes de répit que passe Esoteric à s’installer sont une véritable bénédiction, un havre dont la paix sera bien évidemment troublée dans quelques instants, mais pour le moment je m’amuse à regarder les anglais déballer leur bordel clignotant de pédales à effets géantes et autres trucs bizarres. La palme reviendra à Greg Chandler qui exhibe un micro portatif type Eurovision, décalage assez étrange s’il en est.

Remarque, pour ce qui est de l’étrange on sera servi, avec un set hallucinant et halluciné que nous serviront des doomeux qui semblent fatigués et assez blasés à propos du son, pourtant fort acceptable, et sûrement aussi déçus de voir que le tiers de la petite troupe s’est enfui après le cataclysme Celeste. Et d’autres suivront, désemparés face à l’expérience Esoteric. Plombée, psychée, furieuse,barrée… la meilleure description d’un set des anglais se trouve peut être sur un de leurs tee shirts en vente ce soir là : «twisted, bizarre & drug-influenced Funeral Doom Metal», ou un truc du genre. Concernant le concert en lui-même, j’avoue ne pas connaître assez bien le groupe pour reconnaître les titres joués ce soir, mais je suis persuadé d'avoir entendu Bereft. Chose sûre en tout cas, certains titres issus de The Maniacal Vale, nouvel album du groupe, ont été joués. Tout ce que je suis en mesure de dire c’est qu’Esoteric en concert est une expérience vraiment intense à laquelle il n’est vraiment pas aisé d’adhérer, car ceux qui parviennent à ne pas se perdre dans les divagations psychotropes de la formation seront irrémédiablement annihilés par les accélérations brutales de tempo qui parsèment la discographie du groupe.
Le déluge sonore finira dans un délire psyché qui fera grimacer jusqu’au groupe lui-même, la faute à des larsens qui menacent sérieusement la capacité auditive des gens présents ce soir là. C’était peut être une façon pour Esoteric de conclure un set parsemé de ratés (mention spéciale aux pertes de baguettes du batteur qui ont déclanché l’hilarité ( !?) d’un des guitaristes) et amputé d’une demi-heure puisque Celeste, qui prêtait du matos aux anglais, devait décoller, mais un set qui restera pour moi inoubliable.

Au final, je repars dans la nuit la tête en vrac, le vinyl de Celeste ainsi que le nouvel album d’Esoteric sous le bras, heureux non seulement d’avoir fait connaître à mon ami habillé en pompiste deux groupes incroyables, mais aussi d’avoir vécu ce qui reste à ce jour comme le meilleur concert de ma vie, tout simplement.

Caillou (Juin 2008)

A voir sur le site:
Celeste
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