Envy Tournée française et suisse - Carnet de bord.

Paris - 11 novembre (Trabendo)
Il a plu ce dimanche 11 Novembre.                                                                                             
Il a plu. Depuis le ciel et la scène.
Des ondées et des tornades. Des gouttes et des hurlements. C'est l’événement Envy

19h à peine, le public s’empresse d’investir le Trabendo. Le merch est aussitôt pris d’assaut par les uns tandis que les autres s’agglutinent aux premières places. Pneu s’est vu confier la première partie. Sympathique formation de Tours, le duo fait le judicieux choix d’animer son set en mixant gros effort et (auto)dérision par l’intermédiaire de son batteur loufoque. Il aurait en effet été assez mal venu de faire preuve de prétention en ouvrant pour le groupe phare du Japon. Fondé sur le mariage guitare/batterie, Pneu s’est donc fendu d’un moment écclectique alternant les phases rock, post et punk. Sans chant, et limité à 2 instruments l’ensemble manque légèrement de profondeur mais possède une pulsion indéniable, appréciable principalement lors des accélérations fulgurantes, des stop and go et des breaks judicieux. Côté guitare, on relèvera comme meilleure figure, les embardées math rock bien placées et les éclairs colériques sur le manche.
Le duo a fait le boulot, comme on dit, l’attention (la tension…) monte donc d’un cran. Ayant soigneusement préparé son orchestration en fin d’après-midi, Envy gagne rapidement les planches et ne tarde pas à ouvrir les vannes électriques via une introduction noisy.            
Il est 8h50.
Meurt le souffle, agonise l’espace. "Chain Wandering Deeply" déclenche l’alerte. L’heure n’est plus à l’armistice. Première salve furieuse, première accalmie. La foudre et l’apesanteur réunies, pour se partager les airs. En un éclair, le quintet rappelle pourquoi le panthéon du screamo a gravé ce nom en lettres d’or, rappelle pourquoi il est indéniable de dire que dans l’Histoire de la musique, il y a un avant et un après Envy. Difficile de dire comment la foule fût, difficile d’arriver à attribuer au collectif ce qui fut si viscéral. Comme un rêve qu’on désespère de ne pouvoir raconter une fois réveillé.                                                                                "Awaken Eyes" et ses notes perlées au bout des cordes. En second. Ralenti, flottant, vélivole. Impensable. Le morceau génial de l’Ep The Eyes Of Single Eared Prophet éclate en plein vol, suspendu aux lèvres de Tetsuo. Nos corps à l’abandon. "Farewell To Words" en relève. Pour faire exploser la fosse. Les nippons remuent les braises, ravivent les cendres sous l’impulsion de son binôme de guitariste transporté par la houle rythmique. La poussière des transpirations sous les feux des spots, les sols qui s’entrouvrent… pour nous plonger dans les abysses (nom du nouveau Ep ) dont jaillit le 4e morceau du soir : "A Road Of Words The Water Builds". Voici le bruit et la fureur.
Débute alors la mise en avant de l’autre versant du combo, amoureux du crépuscule. Les larmes de lumière pendues à ses yeux fermés, Tetsuo irradie la scène. Le monde basculé, pulvérisé, Envy s’exécute dans sa version Insomniac Doze, afin d’abolir définitivement les derniers liens avec le réel. Le mixage étant principalement programmé pour ces morceaux et Tetsuo ayant un léger mal de gorge, c’est certainement ces 3 titres "Further Ahead Of Warp", "Scene" et "A Warm Room" qui eurent le meilleur rendu, tant le travail des mélodies et la puissance des effets produisirent un envoutement indicible. Terminus sur "Left Hand". A nouveau les poings en l’air, imitant le frontman dans sa transe.  Le public sous l’effet de son chamanisme, les yeux rivés vers les derniers coups de massue et la guitare accrochée à l’enceinte, symbole de la cîme atteinte.

"Go Mad And Mark" en rappel pour achever de nous rendre fou, pour ancrer une dernière fois la soirée en mémoire, dans la chambre des anthologies et rompre la barrière de la conscience pour y déposer au cœur cette sensation d’ailleurs.
Ineffable.

Nantes - 12 novembre 2007 (Barakasons – Rezé)
Pour Insomniac Doze les nippons d’Envy nous auront gâtés, pas moins de 6 dates en France ce qui fera de notre hexagone le pays européen le plus visité pour cette tournée, fait assez rare pour être souligné. Il est vrai qu’Envy jouit d’un statut particulier en France, reconnu et souvent cité en référence (pour le screamo) il n’en est pas tout à fait pareil chez nos voisins.
Le van des japonais fera escale à Rezé (proche banlieue de Nantes) pour investir la petite mais très bonne salle de la Barakasons avec en première partie Oversmurf et Bandit 112.

Les hostilités débutent dans une Barakasons bien remplie avec Bandit 112 (du nom de l’ampli ?), groupe nantais formé en 2005 qui nous propose un rock sympathique, fait avec envie même si rien de transcendant ; bien fait et énergique.

Le témoin sera ensuite donné à Oversmurf, eux aussi Nantais, jouant un mix entre un rockin’hardcore à la Refused et un post core lorgnant du coté de Cult Of Luna. Le set est très plaisant, plein d’énergie, ce coté rock jouissif par contre pour l’originalité il faudra repasser. Mis a part l’intégration de plage façon Cult Of Luna le reste est du Rock’in Hardcore pur jus et surtout on semble entendre Refused sur chaque titre (même ce fameux « wooo »). Un bon set cependant qui permettra de se mettre en jambe pour la transe Envy.

Car oui un concert d’Envy est une transe, un étant second dans lequel nous plonge le groupe et on en redemande, la preuve j’étais la veille au concert de Paris et malgré une petite interrogation sur l’utilité de voir deux fois le même groupe en deux jours pour un set identique (mon coté groupie) après ce concert nantais aucun doute à avoir, c’était indispensable.
Piochant dans leurs différents albums à part égale les japonais vont nous offrir 1H d’un concert intense, où chaque membre se donne à 200% dans sa musique, vit sa musique et nous la transmet comme un sacre. Une heure de communion où beaucoup assisterons au concert les yeux clos, se faisant balloter entre les montées post rock et la secousse screamo. Malgré la setlist identique à celle de Paris c’est en connaissance de cause que je me laisser bercer, cette fois les yeux plus souvent orientés vers la scène où le groupe lache tout ce qu’il a, comme la veille.
Ceux désappointés par le côté très post rockien du dernier opus ont du être rassurés, les titres s’intègrent parfaitement au milieu des anciennes compos, même un titre inédit (extrait de leur dernier EP) ne choquera pas.
Un grand concert fait par un groupe sincère, qui ne se grime pas dans des clichés ou une attitude à avoir mais qui se montre tels qu’il est, passionné et passionnant.

Toulouse - 15 novembre 2007 (Vents du Sud)
Poursuite du périple hexagonal. Un froid glacial accueille nos visiteurs du soir. La réception est assurée par Sed Non Satiata qui nous invite à pénétrer dans un monde à la fois extrêmement complexe et épuré. Entre moments atmosphériques intenses et morceaux de bravoure, le groupe déroule un set de qualité malgré un chant parfois un peu trop faiblard. Largement suffisant en tout cas à chauffer la place pour les parisiens de Time To Burn.
Récents auteurs d'un troisième album extrêmement bien ficelé, le groupe maîtrise sa partie, délivrant de formidables coups de pelle grâce à un hardcore puissant et cinglant, extrêmement sonique et rompant radicalement avec les structures un peu plus aérées des précédents. Manquait toutefois une petite étincelle qui aurait pu rendre le set véritablement cataclysmique.
Ce ne sont pas les locaux de l'étape qui vont réussir à atteindre ce stade. De retour d'une tournée dont l'objectif était de soutenir le split enregistré avec les allemands de Anything But Yours, I Pilot Daemon peine à trouver la bonne carburation, les nouveaux titres étant loin d'atteindre l'intensité de "Horoscope" ou de "The Bluish Fennecs".
Un show rapidement oublié par l'arrivée d'Envy sur la scène des Vents du Sud. Que dire de plus que ce qui a été déjà mentionné auparavant ? Pour les avoir vu à l'oeuvre quelques jours plus tôt sur la scène du Trabendo, on aurait pu craindre une certaine lassitude. Fort heureusement l'effet de surprise joue toujours. Intense, ténébreux, lumineux, Envy se donne toujours autant, plus enthousiaste qu'à l'accoutumée, va chercher au fond de soi les armes et la volonté d'expulser son amertume et sa mélancolie. Dans la fosse les regards et les sourires se croisent, les yeux s'embuent, la gorge se noue, à peine dérangés par quelques bourricots flanqués de t-shirt Wacken qui ne trouveront pas mieux de hurler des grawls incongrus sur les moments d'apaisement distillés par les japonais avant de refluer vers l'arrière, vaincus par leur connerie. Le sablier s'égrène, inexorablement, nous rapprochant chaque fois davantage du moment redouté où l'obscurité doucereuse laissera la place à la froide lumière. "Go Mad & Mark" s'achève, Tetsu abandonne le micro, Nobukata Kawai se relève et Envy nous abandonne à la dure réalité.

Lausanne - 16 novembre 2007 (Le Romandie)
"Envy en live en tournée en France", l'événement est de taille tellement leurs apparitions sont rares hors de leur continent. Après une mise en bouche au Hellfest en 2005, et 5 jours après leur concert parisien, me voici à Lausanne, au Romandie, salle à la configuration quasi-parfaite pour voir à nouveau les cinq nippons. On pourrait croire que deux concerts d'Envy en 5 jours peuvent faire beaucoup, mais il n'en est rien. La setlist sera la même qu'à Paris (et sur toute la tournée) mais ça n'a pas d'importance, ici, la prestation et l'émotion dégagée par le groupe en live font le travail. Envy en live, il faut le vivre pour le comprendre, ne cherchez pas, c'est un fait.
Début de concert avec Aside From a day, groupe de Besançon, oeuvrant dans un hardcore-screamo d'assez bonne facture. Mais difficile d'apprécier un groupe quand on sait que Envy arrive derrière...

Arrivent donc les 5 japonais sur cette unique date suisse de leur tournée. C'est toujours avec cette étrange naïveté/timidité que ces cinq types arrivent sur scène et nous délivrent une musique d'une intensité qu'ils n'ont même pas l'air de soupçonner. Le charme agit des les premiers instants de "Chain Wondering Deeply" (premier titre de A Dead Sinking Story), suivie de "Lies and Releases from Silence" et "Left Hand", un démarrage en trombe donc, qu'on n'attendait pas forcément après leur dernière "doze" sortie l'an passé. Et puis l'on découvrit la nouvelle facette des japonais, plus post rock, chiante pour certains, épique pour d'autres. En tout cas, ces gars-là n'ont rien à envier aux grands noms de ce style. Ces grandes montées post rock sont exécutées de manières remarquables: les arpèges sont jouées à la perfection, effets planants, batterie flottante, parfaitement carrée, des nappes et autres effets sonores apportés par Tetsu le chanteur sont aussi présents, mais ne viennent jamais "perturber" la musique. Et puis que dire du fantastique "A Warm Room", qui scotchera la totalité de l'audience, avant de clôturer le set par "Farewell to Words" (ouch), et de revenir le temps d'un "Go Mad and Mark" en guise de rappel.
Bien sûr on restera sur notre faim tant ce concert est passé vite (9 titres). On regarde ces cinq types ranger eux-mêmes leur matos, et on se dit qu'on les reverra pas avant un bout de temps chez nous. Qu'importe, Envy ont une fois de plus été immenses, sincères, et loin de tous clichés comme on en voit trop souvent par chez nous. Revenez quand vous voulez !

Vitry Le François - 23 novembre 2007 (L'Orange Bleue)
Envy a choisi l’Orange Bleu (hommage à Paul Eluard ?) à Vitry le François pour dire au revoir à la France. Le groupe est là, dans la salle, accessible, dans son quasi anonymat, au milieu des gens qui semblent ne pas les reconnaître.

37500 Yens tire en premier. En provenance de Reims, le duo connu pour son Math Rock/Noisy profite de la bonne sono pour faire écouter sa musique progressive. Le jeu est carré, bien huilé, notamment quand il utilise les boucles préorgistrées ou s'aventure dans quelques cris a cappela, et captive assez bien l’assemblée, malgré quelques passages un peu trop conventionnels et quelques moments plus creux.

Tang ne tarde pas à prendre le relais sur les planches et les lillois mettent à point d’honneur à montrer illico qu’ils ont bouffé du lion ce soir. Intenable derrière sa batterie, Bastien châtie ses caisses et braille à la mort, soutenu par Xavier tout aussi féroce sur l’autre micro. Une poignée de titres de Another Thousand Days, Out of this World, un de This Quietness Booms About, balancés sans fard, avec beaucoup d’à-propos et de rythme ; des breaks fou furieux avec un Bastien debout à briser ses baguettes sur son instrument, ce qui a pour mérite de scotcher littéralement le public. Grosse grosse prestation.

Et puis, Envy. On a beau connaître le set, on a beau savoir que le ciel va s’entrouvrir, qu’un cri va surgir, il demeure toujours de la première note à la dernière ce quelque chose d’unique et de carrément sublime. Reprenant globalement les mêmes titres que ceux présentés durant sa tournée européenne, en y ajoutant un 2e morceau d’Abyssal ( "Thousand Scars"), les japonais auront une nouvelle fois provoqué ébullition et lévitation dans la fausse, finissant par transporter l’assemblée dans un long songe méditatif sur ses envolées post-rock. La fin? Tetsuo, extenué, la douleur au front, le micro jeté à terre, parti sans se retourner, au milieu du vacarme.
C’est ainsi que nous nous en souviendrons.

Metalorgie Team (Décembre 2007)

Turtle, Bacteries, Fragone, Fink. Remerciements : Guillaume (Lacrymal Records), Christophe..., Vincent (Conspiracy Records).

Rappel : le live report de Tourcoing est visible ici.

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