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Griots & Gods - Dälek vs The Young Gods le 22/06/07 - Théâtre des Amandiers (Nanterre)

Deux écoles, deux générations, deux cultures, deux visions différentes des musiques industrielles, la rencontre de deux formations aussi antinomiques que complémentaires pour une confrontation poussive et introspective, voilà ce qui se cachait derrière ce tant attendu Griots & Gods, annoncé discrètement dans la programmation des Eurockéennes de Belfort sans l’ombre d’une explication concrète il y a quelques mois. D’un côté, The Young Gods, mythe des années 80, trio suisse de (presque) dinosaures issu de la vague de musiques alternatives née de la mort du punk. De l’autre, Dälek, formation américaine d’abstract hip-hop aux ambiances très noisy, désormais bien connue pour l’ouverture d’esprit dont elle fait preuve envers des mondes musicaux différents des siens. Après la fameuse tournée avec Isis et Jesu de 2005, Griots & Gods était l’occasion d’aller encore plus loin pour les américains en concoctant une fusion abstraite avec les Gods. Pour les suisses, musiciens complets et habitués à la constante recherche, l’élan créateur d’une carrière bien remplie et présentement de cette année 2007 n’aurait pu être à l’origine du moindre doute quant à leur capacité à se lancer dans pareille aventure (ndlr : les Young Gods ont tourné en acoustique, puis signé notamment un set mémorable à la Maroquinerie en Avril).

A l’origine de ce projet, une idée émanant du festival belfortain, qui prend la précieuse habitude depuis quelques années de produire des créations éphémères et quasi-confinées à la presqu’île du Malsaucy. Avec Griots & Gods, ce n’est pourtant pas le cas, et il serait d’ailleurs judicieux de saluer le fonctionnement qui aura permis à la confrontation de voir le jour et d’être diffusée dans divers endroits de l’Europe. Coproduit par les Eurockéennes, l’Usine de Genève, et le Théâtre des Amandiers de Nanterre, Griots & Gods aura eu besoin de l’appui de trois structures, quelques bonnes heures de travail (que l’on suppose avoir eu lieu à ces endroits précisément) et une osmose relationnelle entre les deux formations qui se sera sentie sans le moindre doute sur scène ce vendredi 22 juin 2007.

Premier lieu de confrontation avec le public pour ce projet Griots & Gods, le choix du théâtre de Nanterre notamment à cause de sa situation géographico-culturelle atypique avait de quoi surprendre et contraster par rapport à l’univers de l’entité à l’affiche. C’est dans un bâtiment très classieux que s’était donné rendez-vous un public de passionnés, pour autant peu volumineux. Il est vrai que l’entreprise revêt quelque côté intellectuel et nerdy non sans limiter d’avance, quoi qu’il arrive, le nombre de personnes potentiellement présentes. A l’ouverture des portes vers une salle vidée de tous ses sièges, c’est une complexe installation qui trône en face de nous, où l’on devine déjà qui sera assis où. Au commencement de la soirée, Bernard Trontin (batteur des YG) entame un mélodieux beat sur son Hang, rapidement rejoint par un imposant Dälek et son flow assis et grave. Très vite, chacun entre en scène et vient ajouter sa pièce au puzzle harmonique qui donnera le ton à une soirée en continu, sorte de fusion assez floue entre les deux registres respectifs des formations, où chaque instant peut être amené à basculer plus d’un côté que de l’autre. Sans discontinuer, Dälek et les Young Gods proposeront un set sans pauses, très compact, tantôt pesant et urbain à l’image de l’univers des premiers, tantôt organique et hypnotisant à l’image de celui des suisses. Outre les clés de voûte incarnées par les chants du MC et de Franz Treichler, le résultat se révèlerait d’ailleurs d’une cohérence intéressante sortie de son contexte. De l’organisme des bidouillages des YG à la précision millimétrée du bruitisme numérique des américains, il n’y a finalement qu’un tout petit pas au sein de la grande famille des musiques industrielles, et la confrontation des émotions différentes produites par l’une ou l’autre formation prenant le dessus ne s’en révèle que plus intéressante. Car avec un batteur des Gods qui revisite les beats hip-hop si pesants de Dälek, ou à l’inverse des agressions stridentes des 4 américains cachés derrière leurs macs sur les rythmiques pulsatives du trio suisse, on se dit que le tout a été travaillé en profondeur tant le résultat semble naturel.

Subsiste donc de cette soirée, outre son côté forcément trop court, une véritable performance pesante et surprenante, travaillée de manière très riche, de laquelle on aura reconnu quelques bribes des morceaux des deux formations, mais qui au final n’auront servi que d’appui. Griots & Gods est une rencontre intègre, chargée des lourds secrets de Dälek, de sa manière de traiter la violence, et de la percussion et de la fraîcheur des Young Gods. Pour le coup, point de concurrence entre les deux formations, mais une véritable osmose où bien des parties musicales prennent une telle dimension que l’on ne discerne même plus qui fait quoi au milieu de ces 7 lascars réunis, à féliciter pour l'originalité de leur rencontre. Espérons donc que ladite performance soit immortalisée (tout semblait être filmée) et diffusée, et qu’elle serve surtout d’exemples à d’autres créations de musiques actuelles rock, trop rares en France malgré le nombre de structures existantes.

 

manulerider (Juin 2007)

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