Sunn O))), Goat le 04/04/24 Nantes (Le Lieu Unique)

Cela fait cinq ans que je n’avais pas revu Sunn O))) en France depuis leur tournée assez exceptionnelle de nombreuses dates à travers l’hexagone pour Let There Be Drone. Sur cette nouvelle tournée, trois dates : Nantes, Lorient puis Paris. J’ai choisis de faire les deux premières et ce report évoque donc les deux concerts de Nantes et Lorient, un peu différent dans leur configuration, même si un concert de Sunn O))) reste à peu près le même un soir sur l’autre en dehors de quelques sensations différentes, mais forcément rien de très concret à raconter.



Les premières parties sont vraiment différentes sur les deux dates. Pour Nantes ce sont les japonais de Goat qui ouvrent et qui offrent une musique qu’on pourrait qualifier de vaguement Rock, mais surtout très axée sur les rythmiques et les percussions répétitives. Les éléments mélodiques (guitare / flûte / saxophone) sont surtout là pour accompagner les deux batteries et la basse dans une sorte de maelstrom brumeux et noisy. S’en révèle des compositions qui se déroulent surtout autour des jeux des deux batteurs qui se répondent, se complètent et jouent des parties tribales, presque un peu dansante, si bien qu’on a parfois l’impression d’écouter une sorte de musique Techno tribal. Si au départ on a un peu de mal à se prendre au jeu, les musiciens sont tellement à fond dans le truc et que le côté répétitif apporte une réelle transe ce qui fait qu’on hoche de la tête et qu’on peut se mettre à danser. Il y a des côtés bruitistes qui font penser à du Neptunian Maximalism parfois (le saxophone forcément ou même leurs aspects Jazz), mais l’œuvre qui m’y a fait le plus penser c’est Music For 18 Musicians de Steve Reich pour la musique répétitive et percussives qui te fait vriller le cerveau. C’était une très belle découverte.



Deux salles deux ambiances bien différentes. A Lorient c’est Jesse Sykes qui ouvrait la soirée (comme à Paris). La musicienne pratique une Folk sombre, éthérée, armée de sa guitare acoustique mais cette fois-ci accompagnée de Phil Wandscher (guitare électrique) et de Bill Herzog (basse). Sa musique est lente, pas franchement bardée de lumière, mais étonnamment apaisante et invite au recueillement. Jesse Sykes me rappelle d’autres musiciennes dans un style Folk sombre telles que Marissa Nadler ou bien Chelsea Wolfe (dans ses inspirations Folk, pas Electro) ou même Wovenhand pour le côté contemplation, presque religieux. Le seul hic, à Lorient, c’est que beaucoup de monde était déjà placé dans la salle (plongée dans le noir) et qu’il était compliqué de trouver une place pour se mettre dans des conditions d’introspection. Ceci étant, je conseille l’album Reckless Burning de 2003 qui est vraiment très très beau.



L’attente avant que ne débute le set de Sunn O))) au Lieu Unique est religieuse. Dès lors que les machines à fumée et que les lumières se mettent en place, on attendra pratiquement dix minutes avant que ne débute le premier drone. On se rend vite compte que le son est fort, massif, remuant. Ça fait du bien par rapport à leur date au Stereolux il y a cinq ans que j’avais trouvé un peu faible, en terme de volume sonore. Là on se bouffe tout dans les entrailles, ça remue et c’est boule quies obligatoire tout devant. Les trois spots lumineux au-dessus d’eux qui diffusent des sortes de rayons lumineux / disques de fumées rendent la prestation d’autant plus hypnotique. On ne voit que peu Greg Anderson et Stephen O’Malley qui sont cachés derrière des bures, comme à leur habitude, mais aussi derrière un écran de lumières et de nombreux jets impressionnants de fumée, rendant leur set mystique, brumeux, presque irréel. La grandeur du Lieu Unique, la taille de la scène, la scénographie impressionnante et vraiment travaillée qui fait penser à une dimension post apocalyptique où l’on aurait pu se perdre et envahie de machine grinçante, donnent à tout cela une qualité de prestation vraiment chouette. Ce sont même les conditions réunies pour assister à Sunn O))) en live. Le reste se perd dans des vibrations, de transitions parfois plus Noise, de larsens et de gros riffs hypnotiques qui vont se loger dans nos pensées. Le final est une apothéose de Drone / Noise, guitare calées sur les amplis et où Stephen O’Malley ira jusqu’à arracher ses cordes et planter sa guitare dans le sol. En sommes c’était fort, intense, vibrant, apaisant même, beau dans sa singularité musicale et visuelle et c’était tout ce dont pouvait rêver pour assister à leur concert à Nantes.



Pour la date à l’Hydrophone de Lorient, la configuration est différente car la salle est plus petite, renfermée dans un ancien chantier naval, même si super bien foutue, mais moins ouverte que le Lieu Unique. De fait, Sunn O))) et leurs multiples amplis apparait plus confiné sur scène, les trois spots lumineux en fonds sont abaissés pour être à hauteur et les machines à fumée semblent un peu démesurées vu la taille de la scène. L’avantage, c’est de pouvoir être tout devant et d’apprécier le concert avec une scène basse et de voir davantage les musiciens. Le son est moins ample qu’à Nantes, un peu moins fort à mon impression, en tout cas moins massif et moins rond. Enfin, cela reste tout de même un détail, mais je ressens légèrement moins cette sensation d’écrasement de la veille (ou alors mes organes internes se sont habituées). Par contre il est cool de voir leur set dans une autre configuration, plus intimiste et aussi plus proche de la scène ce qui permet de voir que Stephen et Greg s’observent beaucoup, ont des mouvements calés pour jouer leurs riffs au bon instant, pour changer de structure ou de passages (car oui c’est pas tout le temps la même chose). Le fait d’avoir vu Sunn O))) dans deux configurations différentes était donc intéressant, même s’il faut quand même être assez accro au groupe pour enchainer ça. Au moins la dose de vibration est faite pour les prochaines semaines et puis dans tous les cas ce sont les meilleurs du genre.

Pentacle (Avril 2024)

Toutes les photos par Méo.
Merci au Lieu Unique pour l'invitation.

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