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Don Caballero, Monochrome, Revok le 24/11/06 - Paris (Batofar)

Il y a des fois où l’accumulation de galères et éléments contrariants conduit pourtant inéluctablement à l’accomplissement parfait et sublimé d’un acte en particulier. Bien sur, l’aléatoire joue un rôle prépondérant à cela, mais l’effet produit peut se révéler dépasser les frontières du cartésien et de la logique quotidienne. Vendredi 24 Novembre 2006, la semaine s’achève à Paris, il fait sombre, il tombe un crachin immonde et je me traîne un mal de crâne infernal depuis Lundi. Le mal du pays m’assaille copieusement, et le fait de me retrouver serré comme une sardine dans un metro empesté n’arrange rien. Le temps de repasser chez moi rapidement, d’oublier mon appareil photo (je m’en excuse, mais en fait je crois que je n’aurais même pas eu le courage de prendre des photos), d’avaler de vieux biscuits ramollis, et je me dirige vers le Batofar, pour une soirée qui, je l’espère, me changera les idées. Il faut dire que la fatigue se fait sentir, et que l’idée de finalement rester affalé toute la soirée dans un canapé m’a traversé l’esprit, mais après m’être fait violence, et surtout par respect pour les organisateurs de cette belle affiche, je me retrouve une nouvelle fois dans un metro bouillant et angoissant en direction des belles plages de la capitale. L’heure a déjà pas mal tourné, et c’est après une marche au pas de course sous cette bruine glaciale que j’arrive enfin devant la péniche rouge surmontée de son phare.

C’est dans une salle bondée que je me précipite, pour malheureusement ne voir que 30 secondes du premier groupe à jouer ce soir, Revok. Dommage, car l’ambiance tamisée et très sombre de cette fin de set a attisé ma curiosité quant au groupe, qui utilise d’ailleurs un vidéo projecteur pour parachever ses atmosphères, élément qui a pour habitude de ne pas me laisser de marbre. Ce sont donc les allemands de Monochrome qui entameront pour moi les hostilités en cette soirée plutôt mal partie. Cinq jeunes dans le vent viennent me sortir de ma torpeur avec un rock guilleret et sympathique, qui fait tourner les têtes par sa candeur et son optimisme. Les deux chanteurs, un homme et une femme, dans une attitude très forcée, se répondent gaiement sur une musique qui n’aurait nullement détonné parmi le paysage du rock anglais actuel. La recette est efficace, plait plutôt à un public venu a priori pour se perdre dans des sphères plus intellectuelles avec la tête d’affiche, et les titres s’enchaînent facilement. C’est à ce moment là que l’un des guitaristes connaîtra une panne d’ampli, que le staff technique changera en un temps record, mais très long pour l’assistance. Du coup, après avoir jammé dans la bonne humeur, échangé quelques mots avec le public, Monochrome se remet en scène, tout en ayant perdu une partie de son auditoire en chemin. La suite du set des allemands sera plus pénible, leur musique étant finalement assez bateau (mais pas phare…), répétitive voire clichéesque, et reposant essentiellement sur l’originalité que représente le chant de sa charmante chanteuse. Bref, je retombe dans ma léthargie, aidé, il est vrai, par le géant qui m’empêche de bien voir ce qui se passe plus loin.

Après avoir subi le reste du spectacle, comaté durant le deuxième entracte, je n’attends plus grand chose de ce qui suit, presque trop occupé à penser à la belle nuit de sommeil réparateur qui m’attend. Alors que la batterie de Damon Che s’assemble sous mes yeux, je repense pourtant à ce qui me plait tant chez Don Caballero, et lorsque les premières notes du set des américains retentissent, je ne peux qu’être surpris du décalage entre la vision que je me faisais du groupe et ce que je vois. Trois individus, l’air un peu beauf ricain, n’ayons pas peur des mots, s’embarquent dans une musique très tournée autours du batteur et penseur qu’est Che. D’apparences d’ailleurs, les plans extrêmement complexes dans lequel celui-ci se lance, conférant du même coup à l’ensemble un aspect très démonstration, pourraient même faire passer le tout pour de la sérieuse branlette intellectuelle. Le hic justement, c’est que Don Caballero va énormément plus loin que cela. Taillé pour le live, malgré le niveau de détails infinitésimal de ses enregistrements, le groupe pennsylvanien déploie toute l’armada de ses sonorités rocambolesques une fois en scène. De plans complexes et bluffants, Don Caballero fait des aventures sonores, qui par leurs aspects très schizophrènes, font partir l’attention dans diverses directions. C’est là que le line-up et ses fondements prennent tout leur sens : alors que Che éblouit la galerie avec sa technique d’extraterrestre et sa maîtrise des formes de rythmes complexes, ses deux comparses guitaristes, à coup d’effets d’échos, répétitions, de constructions et mises en abîmes, abandonnent l’esprit de tous dans des sphères au-delà des habitudes que chacun peut avoir en matière de musique. Aidé par la fatigue, je me laisse aller à ces divagations musicales, oubliant comme pas mal de monde l’aspect très technique de ce à quoi j’assiste, pour ne rester que dans la magie de l’instant, fait de psychédélisme expérimental et de mantras auditifs. Les sonorités si rassurantes (et du même coup trompeuses) du rock divaguent allègrement dans des voies moins conventionnelles, au travers d’une setlist presque exclusivement composée de titres issus du dernier album en date, World Class Listening Problems. C’est là d’ailleurs le seul regret à avoir, l’album étant loin des productions désormais légendaires du groupe en matière de qualité, mais il faut se rendre à l’évidence, le groupe a changé, Che est désormais seul maître à bord, et contentons-nous pour le moment d’apprécier la venue d’une telle formation jusqu’à nous. Après un set qu’il me sera impossible de quantifier, Don Cab’ s’en retourne, et tout ce microcosme présent ce soir s'éparpille à travers les lumières de la capitale. Il ne pleut plus.

manulerider (Novembre 2006)

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