Cannibal Corpse, Dark Funeral, Ingested, Stormruler le 21/03/23 Rennes (Antipode)

Enorme plateau Metal en cette mi-mars 2023 avec pas moins de quatre groupes de Metal extrême réunis sur cette tournée qui sillonne la France et avec comme boss final de la soirée, Cannibal Corpse. La tournée s’arrête ce soir à l’Antipode de Rennes qui affiche complet ce qui fait plaisir, puisqu’après près d’un an de réelle reprise des concerts, certaines dates ont du mal à remplir et à trouver leur public. Bref, on fait un petit check-up chez le kiné pour voir si toutes les articulations sont en place et c’est parti pour affronter ces quatre groupes qui vont mettre nos tympans (et nos cervicales) à mal pendant pas loin de quatre heures de concert.

C’est Stormruler qui ouvre la soirée et ça commence tout de suite sur les chapeaux de roue avec un Black Metal mélodique dont on devine tout de suite les inspirations que peuvent être Dissection et Immortal, un genre qui semble un peu revenir sur les devants de la scène avec des formations comme Stormkeep (américaine comme Stormruler tiens) ou Moonlight Sorcery. Le truc chez eux, c’est qu’il y a cette véritable envie d’en découvre et même si l’on peut qualifier leurs compositions de mélodiques elles gardent en leur cœur cette vrai agression Black Metal avec du blast quasiment en continu et un vire-voltage des riffs de guitare, tout comme la voix semble sortir du blizzard. Dans les faits, c’est super bien exécuté, ça marche complètement sur scène parce que tu sens les musiciens à fond avec cette envie d’en découdre. Cependant, même si leur fronde guerrière fonctionne, difficile d’y voir un peu de personnalité ou un supplément d’âme qui les différencie d’autres groupes. Stormruler est une bonne découverte, mais qui ne m’a pas forcément donner envie de creuser puisque l’on trouve déjà chez eux presque tous les éléments présents chez Immortal ou Dissection. Mais c’était sympa pour le côté nostalgique de leur Black Metal.



Changement de direction artistique drastique avec l’arrivée des anglais d’Ingested qui eux pratiquent un mélange de Brutal Death Metal et de Deathcore et plus généralement de Death Metal moderne. Ce qui marche bien chez le combo anglais c’est d’arriver avec des parties brutales, mais de les casser avec des breaks super efficaces et énormément de groove. Son frontman, Jason Evans, a énormément de charisme et sait porter une foule à la manière de Julien Truchan de Benighted et ça joue énormément dans l’appréciation de ce concert, d’autant plus que la foule est très réactive pour faire des circles pits, un wall of death et autres dépenses d’énergie et ce, dans la bonne humeur ! Ca aurait pu être too much, mais Ingested navigue parfaitement à travers cette combinaison d’efficacité et de pétage de rotules. Ils évitent la linéarité et le trop plein de descente de manches du Brutal Death Metal, tout comme ils esquivent les breakdowns prévisibles et mou du Deathcore. Ils joueront quelques titres piochés dans leur discographie qui commence à être conséquence avec l’accent mis forcément sur Ashes Lie Still sorti l’année dernière avec l’excellent Shadows In Time et Echoes Of Hate notamment. En somme, on a passé un très bon moment en compagnie d’Ingested.

Retour avec du Black Metal avec l’un des tauliers du genre : Dark Funeral. A noter qu’il est appréciable de mélanger Black Metal et Death Metal sur cette affiche pour ne pas avoir, comme souvent un plateau de quatre groupes qui jouent plus ou moins la même chose pendant trois heures, ce qui peut être vite épuisant et dont on se souviendra du meilleur de la soirée, mais pas des autres. Dark Funeral se montre imposant sur scène, non seulement par la stature de ses deux guitaristes et du bassiste qui sont très grands, mais aussi parce que son leader Heljarmadr possède un charisme certain empreint d’un flegme et d’une noblesse presque pédante qui sied parfaitement à la musique des suédois : rester de marbre, tout en assenant un Black Metal frondeur et étonnamment bien plus mélodique à ce dont je m’attendais.



Alors, on n’est pas non plus dans la finesse pure, ça blast très régulièrement (mais équilibré dans les mid-tempo) et leur set est assez monolithique comme il se révèle assez captivant. Peut-être que certain.e.s pourront trouver ça cliché, notamment dans la surenchère de costumes en cuir, de clous, de maquillages, de dessins horrifiques et de croix renversées dans tous les sens, mais ça donne Black Metal un peu série Z à la fois kitsch, mais quelque peu hypnotisant sans trop savoir pourquoi. When I’m Gone est justement un titre très porté sur son ambiance et ses arpèges mélancolique avec ce feeling un peu à la Tribulation et des titres comme The Secrets Of The Black Arts issu de l'album culte et Unchain My Soul auront été des moments fort du concert. Je ne m’attendais pas à être surpris et autant apprécier un concert de Dark Funeral au final.

Après une installation de scène qui prend biiiieeen son temps et la mise en place d’un back drop du logo qui fait facilement trois fois la taille de mon appartement loi Carrez comprise, Cannibal Corpse monte sur scène accueillis par un public chauffé à blanc. On pourrait essayer de résumer le concert en citant les morceaux qu’ils ont joués ou de l’attitude des musiciens sur scène, mais ça serait laisser de côté de ce qui vient de se passer ce soir. On s’est fait littéralement rouler dessus ! Pourtant sans connaitre vraiment le groupe, c’est véritablement cette impression qui en ressort, façon 49.3 qu’on t’impose dans la tronche. Tu peux toujours te plaindre, le résultat est le même.



Et pourtant il n’y a rien de particulièrement marquant sur scène, aucun décors sauf ce back drop immense, une posture statique, des lights plutôt classiques qui suivent les morceaux et apparemment les mêmes blagues de George Fisher d’un set à l’autre depuis longtemps. Mais on s’en fout parce que ça fonctionne, parce que leur Death Metal resserré et si agressif ne laisse pas le moindre souffle de répit et se prend comme un rouleau compresseur qui ferait plusieurs passages pour être bien sûr qu’on ne mesure pas plus qu’un centimètre d’épaisseur. Franchement, c’est jouissif, Cannibal Corpse est à la hauteur des attentes et n’offre rien de plus, mais c’est déjà beaucoup et bien mieux que bon nombre de groupes de Death Metal officiant depuis 40 ans.

Après, on ne va pas se mentir, au bout d’une dizaine de titres on commence à ressentir ce sentiment de répétitivité et de redondance dans le déroulé, même si le groove de leurs morceaux et le riffing en feu de Rob Barrett sauvent heureusement le truc sans compter la présence hélicoptère de Corpsegrinder avec une voix d’outre-tombe qui ne bouge pas et en impose sérieusement. Et dire que ces types là ont facilement dans les cinquante balais, ça force le respect ! On finira sur Hammer Smashed Face qui met tout le monde d'accord et se permet de briser ce qui pouvait rester de musculature dans tes cervicales. 18 titres tout de même joués ce soir pour une bonne heure quinze de set, Cannibal Corpse s’est montré très généreux, fidèle à sa réputation et même en superbe forme ! C’était un excellent moment et une très bonne soirée de manière générale !

Pentacle (Mars 2023)

Toutes les photos de la soirée par Anne-Laure Deylaud sont à voir par ici.
Merci à Garmonbozia pour l'invitation.

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