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Motocultor 2022 - Dimanche Saint-Nolff, 2022

Dernier jour pour cette treizième édition du Motocultor et la fatigue commence à se faire sentir. Le temps n’est pas spécialement au beau fixe, comme un temps Breton quoi, donc tout va bien. Au moins on ne subira pas les 40° à l’ombre du Hellfest de cette année. La programmation du jour est axée autour de deux thématiques deux genres musicaux un peu à part et distincts. D’une part le Stoner / Doom au sens large sur la Bruce Dickinscene avec entre autre Hangman’s ChairValley Of The Sun, Orange GoblinTruckfighters et Swallow The Sun et une orientation plus Electro / Metal avec Combichrist, Igorrr et Electric Callboy. Il en faut pour tous les goûts donc.

Levé “de bonne heure” pour aller capter les bordelais d’Exocrine, c’est avec une certaine appréhension que je me suis dirigé vers la Supositor. Quelques semaines plus tôt, c’étaient les Américains de Vitriol qui étaient sur ce créneau, et j’étais à peu près sûr d’en prendre plein la tronche. Avec du Death Metal aussi technique et exigeant que celui d'Exocrine, le quatuor n’avait pas le droit de se planter. Les petits gars seront-ils en forme ? La sonorisation sera-t-elle à la hauteur ? Oui, oui, mille fois oui et re-oui. Ayant négligé leur récente sortie, j’ai choisi de découvrir The Hybrid Suns en live, et grand bien m’en a fait. Sous un ciel d’acier qui a crachoté sur le public, Exocrine a fracassé la Supositor. Chacun des musiciens était venu gonflé à bloc et on a senti que les heures de répétition et de résidence ont été nombreuses. Le groupe dégageait une très belle cohérence scénique, mené par Jordy à la basse et au chant qui a semblé ravi de l’accueil reçu. J’insiste sur la performance tout à fait impériale qu’ont fourni chacun des membres. Que ce soit les guitaristes ultra carrés sur les leads en tapping supersoniques, Jordy à la basse et au chant simultanément qui a parfaitement assurément ses parties instrumentales en plus d’une prestation vocale impeccable, et bien sûr la machine Théo derrière les fûts qui a délivré les blasts les plus rapides et précis de tout le festival. Bon, la caisse claire était triggée, mais le jeune homme était parfaitement en place. Pas de doute, Exocrine sont dans la cour des grands et ont prouvé qu’ils pouvaient tutoyer les formations de Death Metal technique les plus célèbres sans rougir.



Retour sur la Supositor que je ne quitterai presque pas aujourd’hui pour découvrir Imperial Triumphant, trio new-yorkais œuvrant dans un metal extrême difficile à définir tant il est avant-gardiste. Un genre de Death / Black Metal technique et expérimental ? Des compositions très sinueuses, alambiquées, qui ne rentrent dans aucun moule. Une rapide écoute de Spirit Of Ecstasy, leur dernier disque en date, m’avait poussé à venir les écouter ce dimanche. Imperial Triumphant s’affichent sur scène dans leurs costumes étranges, noirs et dorés, imprimant une esthétique de film noir passé à la feuille d’or. Le concert est d’ailleurs narré par une voix robotique désincarnée, qui fait passer les trois musiciens sur scène pour des androïdes œuvrant dans une étrange dystopie. Jamais le chanteur ne prendra la parole, les intermèdes étant brefs et ponctués de cuivres, ancrant définitivement le groupe dans le cinéma des années 50. Musicalement, c’est assez difficile à suivre : les compositions sont extrêmement décousues bien que reproduites fidèlement. Les musiciens sont à l’aise sur leur instrument et lâchent complètement la bride : on se roule par terre, on utilise une bouteille de champagne comme bottleneck, on frappe les cordes… Les Américains ne se ménagent pas pour produire un show unique, entre le mécanique et l’organique. Pourtant, la sauce ne prend pas. Peut-être est-ce le fait que le groupe joue en plein jour, peut-être est-ce la musique qui ne m’emporte pas. J’assiste à cette brillante démonstration musicale, mais quelque chose me manque, et je ne saurais dire quoi. L’ensemble me paraît trop foutraque, malgré les costumes et les samples. J’en ressors non pas déçu, mais frustré : j’ai le sentiment d’avoir raté quelque chose. 

Dans un style complètement autre et beaucoup plus accessible, se sont les indiens de Bloodywood que l'on retrouve sur la Massey Ferguscène avec une approche qui mélange Néo Metal, Folk et Hardcore. Ca ne ressemble à rien d’autre, notamment parce que le côté folklorique indien avec une approche "Rock", comprenez des morceaux de couplets / refrains condensés sur trois minutes, n’est vraiment pas répandu par chez nous. Du coup, ça sonne comme une réappropriation de morceaux de Linkin Park, P.O.D ou System Of A Down version Néo Metal / Hardcore / Folk et ça marche terriblement bien. Sur l’album de cette année, Rakshak c’était une réussite, mais sur scène ça donne tout l’ampleur qu’on attendait à savoir une prestation entraînante, fun et avec un gros son qui met le feu aux poudres. Des morceaux comme Aaj (avec son instru Folk digne d’un Eluveitie) ou Dana-Dan avec sa rythmique tribale et syncopée (coucou Sepultura) font indéniablement mouche. Jee Veerey est bien plus posée (presque balade), mais très agréable alors que Machi Bhasad sonne tel un Rise Of The Northstar poussé à bloc. Une très belle prestation de Bloodywood à 7 000 km de chez eux (oui, on a calculé). On leur souhaite le meilleur pour la suite !



Plusieurs fois que je vois les Hangman’s Chair cette année dont notamment un Roadburn et un Hellfest et leur montée en puissance est ahurissante, mais totalement méritée surtout depuis la progression stylistique depuis trois albums. Et c’est d’ailleurs ce que vont présenter le quatuor sur scène aujourd’hui avec des morceaux plutôt « Pop » et doux d'A Loner (Coldwave et Goth en vérité) avec Cold&Distant et Who Wants To Die Old pour embrayer sur du plus lourd avec Naïve et 04/09/16 de Banlieue Triste et un Dripping Low, fantastique morceau issu de This Is Not Supposed To Be Positive. Le son de batterie hyper clinquant et froid, alliée à une basse en acier leur donne une personnalité bien à part de la scène Stoner / Doom et le chant de Cédric Toufouti (tout comme ses arpèges à crever) d’une justesse et d’une sensibilité poignante, leur donne une personnalité résolument à part. Chaque concert d’eux est un régal, tant on sent le groupe investi, qu’ils jouent dans une petite salle devant cent personnes, dans un gros festival de plusieurs milliers de gens ou comme aujourd’hui ou en plein jour devant un parterre de 500 personnes. Leur musique parle pour eux et leur interprétation est sans faille. A voir et revoir, sans modération.



Le Stoner des suédois de Truckfighters ne m’a jamais emballé en dehors du coup de maître sorti en 2005 nommé Gravity X et ce n’est malheureusement pas ce concert qui me fera changer d’avis sur leur musique. Avec un départ Blues Rock / Stoner des plus communs, on se demande bien où le groupe souhaite aller. Deux, trois, quatre titres… le guitariste Niklas Källgren, torse nu, s’excite dans tous les sens, saute, harangue la foule… Il n’y a que lui qui semble à fond dans sa musique, la foule, elle, reste statique et dodeline gentiment de la tête. Parce que la musique de Truckfighters ne suit pas et semble bien trop pépère et ronronnante par rapport à l’énergie que semble déployer le guitariste. La batterie est plan-plan, le chant est correct, les riffs gentils, bref, ça ne décolle jamais et ce n’est pas parce que tu sautes dans tous les sens que cela rend ta musique meilleure. Truckfighters offre donc un set ronflant et même avec la bonne volonté du monde ça ne décolle jamais car leur compositions ne sont pas très intéressantes et on a plus l’impression de voir un vieux groupe de Hard-Rock sur la fin, qu’une formation qui porte haut et fort les couleurs du Stoner ! C’est dommage de voir que Truckfighters est là depuis vingt ans s’est largement fait dépassé par des groupes tels que Kadavar, Stoned Jesus ou bien Red Fang.

Première fois pour moi avec Cattle Decapitation en live ! J’avais très hâte de découvrir le Death Metal musclé et misanthrope des Américains qui achevaient leur tournée avec ce concert-même. J’avais toute confiance dans les instrumentistes, mais c’était la performance de Travis Ryan au chant que je redoutais le plus : son chant crié unique serait-il à la hauteur ? Avec un set axé sur Death Atlas qui va fêter ses trois ans dans deux mois environ, le quintet ne tarde pas à faire bouger la Supositor grâce à un son plus que correct et des musiciens qui en avaient encore sous le coude malgré les 17 dates enchaînées en à peine un mois. Toujours aussi pessimiste, Cattle Decapitation avait décoré le fond de scène d’un grand backdrop qui représente la Terre dans quelques années, après la montée des eaux. Ambiance. Travis Ryan ne s’est pas ménagé et a offert une performance très honnête, tout comme ses camarades. Solide et communicatif, le groupe a terminé son été avec brio, en se donnant jusqu’à la dernière seconde d’un Death Atlas - cette fois-ci le titre éponyme - qui a achevé de briser des nuques.



Peu connaisseur de Swallow The Sun, c’était l’occasion de voir les finlandais au moins une fois dans les parages et puis j’ai toujours beaucoup aimé Katatonia, Ghost Brigade ou Saturnus. Dès les premières notes d’Enemy il y a cette ambiance tragique, morose, qui ne nous quittera pas de la fin du set, comme collée à la peau. C’est la version plombée du Death Metal Mélodique, ralentie, mélancolique à souhait et terriblement romantique. Propres aux démons à combattre, d’amours déchus, d’angoisses, et d’attrait vers la lumière et envie d’être mieux / meilleure, les finlandais évoquent tout cela en quelques notes émouvantes, riffs plombant et mélodiques qui aspirent à un ailleurs exempt de toutes ces énergiques négatives qui font de nous des êtres faillibles. Sauf qu’elles font partie de nous, comme quelques chose d’inéducable. C’est en cela qu’ils touchent un point sensible et qu’on le ressent à travers leur musique. La manière de nous toucher, de nous ramener en nos propres angoisses et nos failles. C’est pour cela que Swallow The Sun captive et bouleverse en cette fin d’après-midi avec ce soleil qui décline. Plus énergique, Falling World, possède cette dualité accrocheuse et de chute, tout comme les superbes mélodies de Stone Wings mais qui nous ramènent toujours à un faux espoir. Je suis très heureux (le terme n'est pas très approprié) que Swallow The Sun joue également Swallow (Horror, Part 1) aux mélodies grandioses et tristes à mourir de leur premier album.

Première fois avec Cattle Decapitation et maintenant, première fois avec les Suédois de Dark Funeral et leur Black Metal efficace et gentiment kitsch. Après la prestation en demi-teinte de Belphegor la veille, j’espérais prendre ma dose de blasts et de sataneries du dimanche. L’a priori n’était pas des plus rassurants, la scène étant décorée de deux bâches imprimées mal tendues qui donnaient un effet très amateur. L’amateurisme s’est arrêté net à l’instant où Unchain My Soul a retenti, sonnant le début du concert. Petite parenthèse : en 2017, Dominator qui assurait la batterie depuis 2007, a quitté Dark Funeral. Coup dur pour le groupe qui, je le pensais, ne retrouverait pas de sitôt un batteur aussi incroyablement véloce et précis que celui qui le quittait. Les nombreuses “drumcams” attestent du talent incroyable du bonhomme. Son successeur allait avoir du pain sur la planche. La sortie de We Are The Apocalypse en 2022 marquait la première collaboration studio avec Jalommah, nouveau percussionniste chez les Suédois. En studio, facile de tricher et de corriger ce qui dépasse. Sur scène, c’est une autre histoire. Quelle immense et colossale mandale. Je savais que le reste du groupe était solide. Mais entendre le blast de Nail Them To The Cross joué ainsi, sur toute sa durée… Ca aurait pu m’émouvoir si je n’étais pas aussi ahuri de la performance. J’en suis resté bouche bée. Du reste, Dark Funeral ont déroulé un concert impeccable, avec des nouveautés et quelques vieilleries bienvenues. Heljarmadr au chant a su doser avec perfection la communication avec le public tout en restant froid, dans un personnage malsain. Sublimé par un show light précis et pertinent, le quintet a dévoilé ses secrets des Arts Noirs et a captivé son public avec une heure d’un Black Metal glacé, brutal et sauvage.



Après cette introspection au fond de nous, très intense, Orange Goblin semble être le meilleur remède à la détente et au « aller mieux ». En gros, c’est le moment de picoler et de faire la fête. Orange Goblin je les ai vu récemment au Damnation Festival à Manchester et au Hellfest où ils jouaient en même temps que Metallica. J’ai beau ne connaître aucun morceau, ni album, à chaque fois c’est le feu sur scène. Parce que c’est à l’opposé d’un Truckfighters, là ça joue de vrais riffs accrocheurs qui envoient la poudre avec un Ben Ward au chant ultra charismatique qui sait mettre une foule dans sa poche en deux / trois mouvements. Deux riffs qui bastonnent, lui hurle, la complicité entre le guitariste et le bassiste qui fait plaisir à voir car tu sens que c’est leur kiff de jouer ensemble sur scène et c’est parti pour 50 minutes de Rock fun, à se déboîter les cervicales. On retrouve un gros côté Motörhead dans leurs compositions avec l’urgence et la sueur caractéristique de ce qu’est le Rock’n Roll. Ca tombe bien car Orange Goblin incarne à merveille le Rock’n Roll. On ne peut pas leur faire un meilleur compliment. Et puis super concert, s'il fallait le préciser, qui a mis tout le monde d'accord.

Dans les groupes fondateurs du Death Metal Mélodique à la suédoise, Dark Tranquillity fait un peu office de rescapé et à la carrière constante et qualitative à travers les années. On ne peut pas en dire autant d’In Flames ou bien d’un Arch Enemy par exemple. En tout cas ça fait plaisir d’écouter sur scène un groupe qui a gardé cet esprit purement « Goteborg » mélodies dans tous les sens à la voix épiques et acérées et alternance de chant growlée et clair. Par ailleurs, le chanteur Mikael Stanne manque un peu de souffle et de puissance pour passer d’un registre à l’autre, mais rien de bien grave. Dark Tranquillity met en lumière ses deux derniers albums, Moment (Phantom Days, Transient, Identical To None) et Atoma (Atoma, Forward Momentum) et on ne va pas leur reprocher vu que les titres sont très bons, notamment avec le morceau éponyme d’Atoma, gros tube en puissance avec ses claviers électroniques largement mis en avant. Questions tubes les suédois jouent également Misery's Crown, Thereln issu de l'album Projector que j'aime beaucoup avec un côté un peu gothique / noir ainsi que Lost To Apathy en conclusion de set. Donc oui, Dark Tranquillity a réalisé là un très bon concert, surtout que ça sonnait de manière équilibrée ou l’on entendait bien les guitares, le chant et les synthés. Et puis voir le groupe entouré des arbres de la scène du Supositor Stage, ça donne une saveur bien particulière.



Il faut admettre que même si Behemoth commencent à faire partie des meubles au Motocultor, ce serait dommage de ne pas aller y faire un tour. C’est sous un chapiteau plein à craquer que les Polonais ont débuté la promotion de Opvs Contra Natvram, qui sort le 16 septembre. Pas d’exclusivité en revanche dans les trois morceaux proposés, qui passent bien en live en dépit de leur terrible mollesse en studio. Behemoth ont une semi-remorque de décor sur la Dave Mustage, mais cela ne suffit pas à produire un spectacle de qualité. Heureusement, on peut compter sur la bande à Nergal pour être professionnelle jusqu’au bout. Les morceaux sont joués à la perfection et on sent le rouleau compresseur en marche en particulier sur les titres les plus vieux et les plus populaires : Conquer All, Decade Of Therion et Chant for Eschaton 2000 font leur petit effet notamment. Le public, sans doute lessivé après ces quatre jours de festivités, trouve un dernier souffle et reçoit Behemoth comme il se doit. Un lien se crée entre les spectateurs et les artistes, les fans sont aux anges. Les lumières sont excellentes, les quelques artifices dynamisent la performance sans tomber dans le ringard. C’est très propre. Et c’est justement ça : on peut regretter le manque terrible de spontanéité qui se dégage des soixante minutes de concert de Behemoth. Chaque déplacement, chaque mot semble écrit et répété. La complicité entre les membres, artificielle. Au-delà d’un groupe de Black Metal, Behemoth c’est aujourd’hui un business et ça s’est ressenti. Allez, ne soyons pas bégueules : cette fin de concert avec la monumentale O Father O Satan O Sun! ne manque jamais de donner des frissons, même si on lui aurait préféré Lucifer et son chant en polonais. Mais bon, je chipotte.

Metalorgie Team (Septembre 2022)

Toutes les photos du dimanche par Anne-Laure Deylaud sont à voir par ici.

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