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Year Of No Light - Monarch le 13/10/06 - Toulouse (L'Entrepôt)

C'est à L'Entrepôt, tout nouveau bar organisateur de concerts au sein de la belle ville de Toulouse, que se sont donnés rendez-vous les bordelais de Year of No Light et les obscurs Monarch de Bayonne. Il faut avouer que l'affiche est alléchante, en effet, Year of No Light vient tout juste de sortir son premier album, Nord, trempé dans un moule postcore aux relents sludge et Monarch, qui avait annoncé sa cessation d'activité, revient plus fort que jamais avec Speak of the Sea, Speak of the Devil et des projets de splits CD plein la tête.

Les organisateurs ayant déjà la réputation d'être ponctuels et le concert étant annoncé à 20h00 pétantes, ce fut un véritable parcours contre la montre entre Montpellier et Toulouse pour ne pas rater une miette des hostilités. Malgré les embouteillages monstres, nous arrivons aux portes de L'Entrepôt (qui porte d'ailleurs fort bien son nom) au moment où retentissent les premières mesures de l'excellent "Sélénite" qui introduit l'album. Le temps de se faire "crayonner le dos de la main" contre quelques euros, un rapide coup d'oeil me permet de distinguer un public peu nombreux mais uni d'une cinquantaine de personnes au sein duquel il est temps de trouver une petite place.

Le combo aquitain semble immédiatement à l'aise dans sa démonstration scénique. Il faut dire qu'une bonne partie du quintet a déjà écumé les planches avec Metronome Charisma. Le constat est donc sans appel : Year of No Light parvient à très bien retranscrire les émotions issues des morceaux de son album via une interprétation très carré et énergique. Que ce soit dans les passages postcore tempétueux ("Les mains de l'empereur"), les parties lourdes, les mélodies entêtantes ("Traversée") et autres souffles atmosphériques, les bordelais sont toujours dans le coup. Durant une quarantaine de minutes, Year of No Light enchaîne, dans l'ordre et sans temps mort, presque tous les titres de Nord (impasse faite sur quelques titres purement atmosphériques) afin de conserver la cohérence et la ligne directrice de l'album.

Comme c'est le cas pour de plus en plus de groupes (Envy par exemple), les quelques arrangements et samples qui confèrent du volume au son et construisent des atmosphères aériennes sont joués via un clavier/sampler que le frontman sollicite en plus d'extirper un chant éthérée à la sincérité prenante de ses cordes vocales. Le vigoureux double jeu de guitare couplé à une attitude transpirant (c'est le cas de le dire) la passion engendrent une tension palpable tout au long du set qui ne fait que tracer les contours de la personnalité de Year of No Light. On pourra toujours rechigner sur la durée de la prestation plutôt courte mais l'intensité était au rendez-vous. Serge Morratel et Alan Douches n'ont donc pas fait de miracle, les bordelais sont bel et bien une véritable pointure du Postcore et il va de soit que leurs prochaines apparitions devraient confirmer ces dires. Quelques chaleureux applaudissements et c'est déjà Emilie qui s'affaire à préparer ce qui sera le point de départ du trou noir que s'apprête à creuser le jeune mais déjà reconnu quatuor de Bayonne : Monarch.

Senti

Les quarts d'heure toulousains ne sont plus ce qu'ils étaient. Auparavant se transformant allègrement en demi-heure voire en heure, désormais il devient impossible de siroter tranquillement sa bière tout en devisant gaiement pendant le changement de groupe et de matos. En moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, Monarch s'installe et expédie le soundcheck en un temps records.
A côté de la prestation relativement bien structurée de Year Of No Light, celle de Monarch, non moins bien structurée, ferait presque figure d'expérimentation, voire de performance faisant trembler sur ses bases notre conception du concert rock. C'en est une en tout cas que de parvenir à calibrer des titres de vingt minutes, comme la plupart de ceux des bayonnais, de manière à les faire entrer dans un set de quarante-cinq minutes. Aussi, exceptées quelques notes de "Somewhere in the Below", que je pense avoir reconnu, difficile d'établir avec précision le contenu de la set-list.

L'entrée en matière s'effectue sur un plan drone, histoire de mettre dans le bain une assemblée qui attendra en vain de pouvoir taper du pied. Monarch nous expédie en pleine face ses accords dégoulinants et macabres, instaurant une atmosphère relativement étrange (je ne peux m'empêcher de penser à l'artwork de Speak of the Sea, Speak of the Devil où croix renversées côtoient petits coeurs d'écoliers) faisant des pensionnaires de Throne Records un groupe vraiment à part. Accords gras et infra basses se chargent d'infiltrer les corps et les esprits d'une tension latente brusquement augmentée par les cris compulsifs d'Emilie - amusant de noter le contraste entre sa voix normale de petite fille et son timbre de gravier lorsqu'elle éructe - et les coups de marteau de Guillaume, véritable chef d'orchestre du quatuor. En effet, sous des dehors simplistes et parcimonieux, la musique de Monarch revêt un caractère d'une incroyable complexité ou chaque note est pesée, chaque temps est comptabilisé, où les phases de silence et les longues périodes de larsens sont aussi importantes que le reste - "Silence is Music" dixit Blixa Bargeldt (Einstuerzende Neubauten) - et où le moindre pet de travers dérèglerait irrémédiablement la machine, anéantissant l'effet voulu. Aussi les réactions à l'écoute de la prestation sont assez diverses. Aux inévitables quolibets du début du set de type "On s'emmerde!" ou "Ca commence quand ?", succède un silence plus attentif, plus respectueux aboutissant à une ovation à l'issue de la prestation confortant très certainement Monarch dans sa décision d'avoir renoncé à rendre l'âme.

La pression retombe peu à peu. Une partie du public prend la direction du zinc pour se remettre de ses émotions tandis que l'autre envahit les stands des deux groupes montés en quatrième vitesse dans un coin de l'Entrepôt. La prestation de Monarch et de Year Of No Light aura permis de braquer les projecteurs sur deux gros potentiels de la scène underground française qu'il conviendra de chouchouter afin de leur permettre de nous martyriser encore longtemps les tympans.

Fragone

Senti (Octobre 2006)

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