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Monomyth, Vaathv le 29/10/21 Bruxelles (Magasin 4)

Juin 2016, un « petit groupe » du nom de Monomyth joue en terre Vendéenne pour le Crumble Fest. La formation qui vient des Pays-Bas a alors tout de même sorti trois disques sur le label Suburban Records, mais autant dire qu’ils sont inconnus en France et sont loin d’avoir la même renommée que des groupes comme My Sleeping Karma, Monkey3 ou Samsara Blues Experiment. C’est leur première date en France et j’y découvre une formation d’un excellent niveau qui fait voyager très loin avec une approche assez unique entre Krautrock, Psyché et Space Rock. Tu sais, la petite pépite que tu découvres comme ça, sans rien connaître du groupe ou avoir la moindre attente et pourtant ça te mets des étoiles dans les yeux. Depuis, Monomyth avait quitté mon esprit, avant que des ami.e.s m’en reparlent, que je réécoute avec un plaisir grandissant. Puis est arrivé la sortie de leur formidable quatrième album, Orbis Quadrantis, en 2019.

Sauf que Monomyth n’est toujours pas revenu en France depuis cinq ans. La formation, plus que timide, ne joue pas dans des Desertfest et autres festivals de cette envergure, ne tourne pas franchement et quand ils font quelques concerts c’est bien souvent à domicile, aux Pays-Bas. C’est le serpent qui se mord la queue, la formation n’est pas connue, sort ses albums sur un label qui n’a pas tant que ça de visibilité, fait peu de concerts, les organisateurs ne leur donnent pas leur chance non plus… Bref, Monomyth est un groupe pour nerdz qui ont déjà pas mal diggé dans le genre. Et puis ils s’en foutent sûrement de ne pas avoir d’avantage d’exposition. Toujours est-il qu’il faut se rendre jusqu’à Bruxelles pour avoir la chance de les revoir (c’est un poil plus proche que les Pays-Bas). Après de nombreuses heures de routes, nous voilà rendus aux portes de la mythique salle Magasin 4, en espérant que le concert soit à la hauteur de nos efforts et de nos attentes.



Tout en sobriété, baigné d'une lumière bleuté un peu froide mais classieuse, le quintet commence tout doucement son set avec deux titres du dernier album. Aquilo et son ouverture Ambient avec des sons marins avant que ne se greffe une basse ronde et rassurante, quelques effets ici et là et surtout son ambiance aquatique subtile et enveloppante sont un terreau propice pour que les guitares Rock se mettent à grimper, chose maintenue avec Eurus porté par des guitares entraînantes qui donnent tout doucement envie de danser. Uniquement en instrumental, le dialogue porté par le guitariste soliste dans ses mélodies donne vraiment l’impression qu’une histoire est racontée et certains riffs des morceaux me font penser à ce que peuvent faire des groupes comme Death Alley. Etre psyché, mais toujours très entraînant et énergique. C’est un challenge de réussir des pistes comme celles-là qui durent dix minutes sans jamais que l’on ne s’ennuie. La force de Monomyth c’est d’avoir toujours quelle chose à dire et il n’y a jamais d’apparat ou de remplissage. Dans le genre morceau Psyché de dix minutes qui nous emporte, c’est avec The Groom Lake Engine que nous poursuivons le voyage, titre extrait de leur premier album éponyme de 2013, mais qui s’inscrit parfaitement dans les idées actuelles que déploie le groupe sur scène.

D’ailleurs, les deux synthés sur scène (parfois l’un des claviéristes échange son instrument avec une guitare) apportent beaucoup de nuances et surtout une profondeur rare dans leur jeu ce qui les distingue encore une fois d’autres formations du genre. Monomyth peut se montrer assez lourd dans ses riffs ou rythmiques, mais même quand il s’énerve un peu, il garde toujours une subtilité et une rondeur Rock qui n’est jamais agressive et gratuite. De l’art de la finesse. Sur scène, les musiciens ne parlent que très peu, histoire de pas nous couper du voyage vers ces mondes d’ailleurs fantastiques (comme en témoigne leurs pochettes de disques) qu’ils nous proposent. Ils font peu de concerts, mais savent se montrer généreux en jouant deux nouvelles compositions ce soir qui s’insèrent parfaitement dans leur set.

C’est ça qui est éloquent chez eux, c’est de garder une homogénéité dans leurs compositions, depuis presque dix ans, mais développer certaines spécificités dans chacune. Je suis également très heureux de retrouver mon moreau préféré, Ark M, qui ouvre l’album Further de 2014, un petit chef d’œuvre de Psyché / Space Rock envoûtant au possible avec cette mélodie incroyable qui te reste en tête. Et ce groove, cette chaleur réconfortante, cet agencement de notes qui amène sur une progression que fait que le morceau évolue tout en douceur, mais sereinement. J’y retrouve la même ferveur que dans certaines pistes de Magma, sans le chant, bien évidemment. Notons que le son, depuis le départ, est parfaitement équilibré car on entend aussi bien les guitares que les deux claviers. La basse apporte juste ce qu’il faut de rondeur et de groove et le batteur est fantastique à regarder, tellement son jeu est plein de nuances, de précision et d’une touche bien particulière. Mais très honnêtement on ferme les yeux la moitié du concert et on bouge de la tête en dansant gentiment. Paris réussis pour Monomyth qui nous ont totalement happés dans leur musique.



Les néerlandais finissent leur set par deux morceaux d’Exo, l’album de 2016, avec ET Oasis et LHC pour une vingtaine de minutes en apesanteurs, mais toujours maintenus par ces cordes qui viennent dirent bonjour à tes cervicales, pour pas que tu oublies que tu es sur un concert Rock. Monomyth a ce pouvoir de te transcender et te porter sur un ailleurs avec simplement quelques notes de synthés (sur ET Oasis, certains effets rappellent Blade Runner), puis rapidement te plaquer au sol et te ramener à une réalité beaucoup plus dure et matérielle. L’enchaînement avec LHC est parfait avec ses synthés / rythmiques très électroniques et dansants, rendant la chose encore plus  jouissive en live. C’est le dernier moment pour abandonner nos corps au rythmes des pulsations dans cette danse endiablée, avant que les guitares ne prennent le pouvoir dans le dernier tiers avec une montée en puissance folle pour atteindre un climax dans le set.

C’est fini. Monomyth nous a régalé, s’est montré généreux et a joué presque une heure et demie. C’est hagard qu’on ressort du Magasin 4. Le son était au top, mais surtout, Monomyth nous a encore proposé un fantastique voyage et pas seulement parce qu’il sait jongler entre ses différents aspects du Rock Psyché. On y trouve une volonté de mélanger d’autres choses peu communes à ces genres notamment la musique électronique, mais aussi ses aspirations Krautrock. Mais surtout, il y a une sensibilité, un travail sur les nuances dans leur musique qui les rend assez unique. Monomyth est un groupe à part de toute la scène Stoner / Doom / Psyché et c’est bel et bien pour ça qu’il mérite toute notre (et votre) attention. On appréciera également le set Drone de Vaathv avec une seule guitare et des projections Hindous du plus bel effet, qui aura permit une très belle immersion en ce début de soirée.

Pentacle (Novembre 2021)

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