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Prophecy Fest, jour 1 (13/09/2019) Balver Höhle, Allemagne

Dans un monde qui nous paraît bien lointain maintenant, il y avait des concerts et des festivals où des musiciens se produisaient devant un public. Certains festivals avaient lieu en plein air, d'autres en salle... mais d'autres plus originaux se déroulaient en pleine forêt ou, comme c'est le cas du Prophecy Fest, dans une grotte ! Comme le manque de concerts se fait cruellement ressentir aujourd'hui, nous avons ressorti de nos archives notre compte-rendu du Prophecy fest 2019, avec une très belle affiche à la clé. Alcest, A Forest of Stars, ColdWorldSun of The Sleepless ou encore Strid ont joué le premier jour.




A Forest of Stars

On commence cette journée dans la grotte de Balver Höhle avec A Forest of Stars, un groupe rare sur scène, qui instille beaucoup d'éléments différents dans sa musique, allant du folk à l'avant-garde metal. De belles harmonies se font entendre, avec un son qui est bon quand le tempo est lent mais qui devient malheureusement beaucoup plus brouillon lorsque le tempo s'accélère : la voix couvre tout. Ce sont des compositions alambiquées qui descendent rarement en dessous du compteur des 7 minutes, avec une emphase sur les riffs qui sont doublés par un violon, y compris sur les parties en tremolo. 



Les guitares sont accompagnées de quelques sympathiques touches de piano et de mellotron, qui fonctionnent particulièrement bien sur les passages lents ou mid-tempo, comme si le groupe avait plus de mal à se maîtriser sur ses parties rapides. Le son s'améliore en fin de set et permet d'apprécier plus clairement la musique d'A Forest of Stars, mais étant donné la longueur des morceaux, c'est typiquement le genre de formation qui aurait besoin de plus de 45 minutes pour installer un climat propice à l'immersion. A revoir dans d'autres conditions.


Sun of The Sleepless

On retrouve l'ami Markus Stock avec son projet de Black Metal de bon aloi Sun of The Sleepless. Malheureusement, le son n'est encore pas au meilleur, un problème récurrent qui se pose quand il s'agit de faire jouer des groupes de Metal extrême dans une grotte, un véritable casse-tête d'ingénieur-son. Ici, les basses gobent totalement les guitares, un comble alors qu'il y a trois six-cordistes sur scène et qu'elles constituent tout le sel de cette musique.



Heureusement, en changeant plusieurs fois de place dans la grotte, on peut trouver un emplacement où la situation est moins pire et apprécier des titres épiques et efficaces comme "Where in My Childhood Lived a Witch". Entre ça et les choeurs qui ne sont plus chantés par Markus mais samplés, il est difficile de pleinement apprécier ce concert, alors qu'on a déjà vu Sun of The Sleepless dans de meilleures conditions et disposition, notamment lors de la dernière tournée européenne avec Empyrium et Helrunar.

Farsot 

Le Prophecy fest, c'est également l'occasion de voir des groupes rares sur scène et de qualité. Et il faut peu de temps à Farsot pour nous convaincre qu'ils font partie de ceux-là. Au delà de leurs riffs particulièrement bien forgés, c'est la voix et le charisme du chanteur Georg Börner (ColdWorld, assurant l'intérim spécialement pour ce concert) qui retiennent l'attention. Il a ce que certains appellent une voix d'écorché, à la fois aiguë, puissante et qui dégage un spleen lancinant. Le climat des compositions est très sombre et dépressif, un peu comme si Katatonia avait mangé du lion, le tout saupoudré d'arpèges mélancoliques façon Opeth et de claviers fantomatiques. 



Le son est vraiment précis cette fois, même si on remarque parfois quelques décrochages dans le volume, comme si les guitares passaient en son clair pendant un instant et que la distorsion revenait juste après. Au bout de quatre morceaux, les mêmes musiciens changent de registre et d'accoutrement pour interpréter quelque chansons de ColdWorld, pour une des toutes premières apparitions du projet DSBM sur scène. Un moment assurément immanquable pour les fans, que nous avons honteusement manqué. En tout cas Farsot est un nom à inscrire dans vos tablettes.




Katla

Vous n'avez peut être jamais entendu parler de Katla et c'est un peu triste. Remontons en 2014 : Solstafir sort alors Ótta. Le groupe est mené par le chanteur/guitariste Aðalbjörn Tryggvason et le batteur Guðmundur Óli Pálmason, qui est considéré par les fans comme le cœur du groupe car ce dernier compose la majorité de la musique de Solstafir. Pourtant, suite à un imbroglio un peu flou, Oli a été évincé du groupe et a par la suite formé un nouveau projet, Katla, que beaucoup considèrent comme la suite logique des premiers albums de Solstafir, dont l'univers musical a bien changé depuis le départ d'Oli. Katla était au départ un projet studio, mais ils ont finalement décidé de présenter cette musique sur scène lors d'événements particuliers. Le Prophecy fest était donc une belle occasion pour eux de se produire, pour le deuxième concert de leur carrière ! 



Dès les premières notes, sans surprise, on peut entendre des compositions qui sonnent vraiment comme les albums de Sólstafir avec Oli, très axées sur des textures sonores et des ambiances, mais avec un gros accent rock n' roll malgré tout. C'est beaucoup plus brut, on peut entendre pas mal de pains, mais il y a une authenticité dans ce que propose Katla, faisant qu'on ne prête aucunement attention à ces erreurs. Le chanteur/guitariste Einar Thorberg Guðmundsson a une voix mélodique et peut être moins écorchée que celle d'Addi, mais elle remplit son office. Par contre, il est clair que le groupe fait ici son deuxième concert car aucun effort n'est fait au niveau de la prestation scénique, on peut imaginer que les musiciens sont concentrés sur leurs instruments et sans doute un peu tendus. Le concert n'en reste pas moins captivant, une vraie réussite. 

Disillusion

Certains groupes ont des compositions si fouillées qu'il est extrêmement compliqué de leur faire honneur sur scène. C'est justement le cas des Allemands de Disillusion, présentant un metal progressif teinté de death metal, avec des compositions dépassant souvent les dix minutes. 



Cette complexité de composition et d'arrangement se retrouve dans les parties vocales, instrumentales mais aussi dans la composition du groupe sur scène : on peut compter pas moins de trois guitaristes, dont certains jouent sur 7 cordes. Malgré l'envie de persévérer et le statut culte de la formation, il est difficile d'entrer dans leur univers alors que le son est vraiment imprécis, qui ne permettent pas d'apprécier ce travail de composition élaboré. Il est temps d'aller manger une currywurst !

Alcest

Malgré leur récent départ de Prophecy Productions pour Nuclear Blast, Alcest restent à ce jour l'un des groupes emblématiques du label, qui ont contribué à faire leur renommée depuis une quinzaine d'années. Il était donc logique de retrouver les Français à Balver Höhle pour ce qui ressemblait symboliquement à un concert d'au revoir. Au menu, Alcest nous propose un set classique pour ceux qui avaient pu les voir en 2019. Les plus exigeants auraient pu attendre plus d'une performance dans le cadre si particulier et intimiste du Prophecy fest. Neige expliquera par la suite au public qu'ils n'avaient pas eu le temps de répéter d'autres morceaux, y compris celles de l'album à venir [NDR : à l'époque] Spiritual Instinct.



Mais devant un groupe manifestement au sommet de son art, comment bouder son plaisir en écoutant des classiques comme ''Ecailles de Lune PT. 1 '' ou ''Percées de Lumières'' ? D'autant plus que le son est excellent et quand on sait à quel point l'entreprise est difficile dans cette grotte, on ne peut que saluer la performance de Neige et ses compères. De plus, si on peut se douter que la majorité du public connaissait Alcest, l'ensemble de la grotte a été acquis à la cause du quatuor dès les premières notes jouées, chantant les paroles en choeur dans une ambiance de fête rarement observée sur ce festival. En somme, un excellent concert !

Strid

Strid fait partie des rares groupes à jouer au Prophecy Fest sans être signé sur le label et on peut comprendre pourquoi : c'est depuis longtemps un groupe légendaire et historiquement important pour le Black Metal. Tout d'abord, jusqu'au split avec Malfeitor (2007), la formation n'avait que deux sorties [NDR : et donc, trois chansons] à son actif : la démo End of Life (1993) et l'EP Strid (1994), qui sont rapidement devenus des références dans la scène norvégienne des années 90 et ont plus tard posé les bases du Depressive Black Metal, un genre dans lequel Prophecy s'est spécialisé. Ce concert de clôture de la première journée du festival avait donc de quoi attiser la curiosité des festivaliers, surtout que Strid n'a donné que très peu de concerts dans ses périodes d'activités intermittentes. 



Ce soir, Vicotnik (DHG) n'est malheureusement pas de la partie, étant trop occupé par la reformation de Ved Buens Ende, mais la puissance dégagée par le groupe reste impressionnante. Avec trois guitares, les riffs ont un impact énorme, à commencer par ''Den Siste Sang'', une longue chanson répétitive mais classe par sa sobriété. ''Det hviskes blant sorte vinder''nous captive tout autant avec ses lignes de chant graves et sépulcrales. Le tempo est très lent, et l'emphase sur les guitares lourdes est telle qu'on croirait presque écouter du Funeral Doom. Le batteur a un jeu minimaliste mais chirurgical, presque comme une boîte à rythme façon Godflesh. Mais cette sobriété convient parfaitement à Strid. Lorsqu'ils dégaînent le classique ''End of Life'', le public devient fou et se met à headbanguer avec ferveur. 



Le concert est accompagné par des sons de clavier, mais sans claviériste sur scène, on aurait pu croire à de bien tristes samples. Mais il n'en est rien : le chanteur Ravn Harjar Raumr utilise en fait un micro synth sur sa guitare, lui permettant d'obtenir un son assez unique, très lugubre et dans la plus pure tradition du Black norvégien des 90s. Ces gars ont compris qu'avec un peu d'ingéniosité, et un bon riff, ça peut être une très bonne idée de le répéter pendant 10 minutes! Bref, Strid, c'était une fessée, une vraie réputation légendaire méritée. Un album est toujours en préparation, et il se murmure que Vicotnik en assurerait la production. ''fingers crossed''

Neredude (Janvier 2021)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2019 Instagram
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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