Leprous (+ The Ocean) [Paris, Cabaret Sauvage, 12/11/2019]

Pitfalls, le dernier album des norvégiens de Leprous a fait beaucoup parler de lui, jugé trop peu Metal pour une partie de leurs fans. Il montre pourtant que les talents de composition d'Einar Solberg ne cessent de s'affiner et l'ont même vu pour la première fois intégrer une composition qui n'est pas de lui, Distant Bells. Et comme d'habitude, il s'agissait de savoir si ces nouveaux morceaux tiendraient la route sur scène.

Port Noir 

Nous arrivons dans la salle alors que Port Noir a déjà entamé son set. Ils jouent une sorte de Pop Prog avec de grosses touches mélancoliques dans la voix du chanteur. Les compositions sont très axées sur le clavier et la basse. D'ailleurs le bassiste utilise des pitch shifter pour que son instrument ait un son hybride se rapprochant de la guitare. Ca rappelle Royal Blood, sauf qu'il y a de vraies chansons derrière. Le son est excellent, les musiciens également, gageons juste que le set était un peu court pour juger justement les suédois. En tout cas le potentiel est là.


The Ocean

On passe aux choses sérieuses avec The Ocean. D'emblée, on remarque un son d'une belle clarté et bien explosif, ce qui ne surprend guère puisque Chris Edrich est derrière la console de mixage, celui que beaucoup considèrent comme un des meilleurs ingés-son de la scène Metal. Ce genre de « détail » change tout dans un concert, les riffs ont beaucoup plus d'impact, on ressent mieux la section rythmique tout en profitant du chant clair de Loïc Rossetti, toujours juste et déchirant.



La setlist ne fait pas dans la dentelle, étant axée sur les deux derniers albums de The OceanPelagial et Phanezoroic. On peut donc profiter de riffs massifs très inspirés de Cult of Luna, mais avec un côté plus groovy et accrocheur. Certains passages rappellent fortement Mastodon et ce n'est pas une mauvaise chose. Il faut aussi dire un mot sur la scénographie, qui est tout simplement superbe : une seule couleur de lumière la plupart du temps, avec beaucoup de fumées. On dirait que les musiciens sont des ombres evanescentes. Enfin, on n'est pas dérangé par les quelques samples de violoncelle qui se font entendre, parce que le groupe est à fond et donne beaucoup d'énergie. Une belle performance.




Leprous 

Pitfalls, l'est pop ou l'est pas pop ? Les fans de Leprous se crêpent encore le chignon sur cette question au moment même où vous lisez ces lignes. Mais en les voyant sur scène, le débat s'efface pour laisser place à un des meilleurs groupes de scène du genre metallique et on l'entend très vite. Einar Solberg est souffrant, mais il va s'en sortir avec les honneurs au chant, y compris sur les nouvelles chansons qui sont on ne peut plus exigeantes sur ce plan, notamment Alleviate. Très rapidement, ils nous montrent qu'ils n'entendent pas jouer cette musique au rabais avec pas moins de deux musiciens qui assistent Einar aux choeurs, parfois trois et c'est presque toujours juste et bien amené.  Ajoutons à cela un petit riff joué au bottleneck par Robin Ognedal sur Below, et la bonne ambiance est déjà au rendez vous. On verra d'ailleurs plusieurs fois les musiciens changer d'instrument principal pendant le concert, pour terminer parfois à trois claviéristes sur une chanson ! Et ça sonne !



Pourquoi Leprous impressionne autant en concert ? On ne le répètera jamais assez et ça tient en deux mots : Baard Kolstad. Ce surdoué de la batterie devient de plus en plus intimidant derrière un kit avec les années, à tel point qu'on peut l'entendre améliorer certaines parties de batterie par rapport aux tournées précédentes (NdR : The Price, Third Law). Sur Illuminate, il rajoute des fills avec un groove infernal et il est difficile de ne pas être pris au jeu des norvégiens. Bien sûr, compte tenu de l'importance des cordes frottées sur le dernier album, le violoncelliste Raphael Weinroth-Browne est de la partie, et apporte une vraie valeur ajoutée au concert. Pour Einar Solberg, ces instruments font maintenant partie de l'univers de Leprous et Raphael parvient à retransmettre cela sur scène, d'autant que la formation lui laisse de plus en plus de place pour s'exprimer.



Le son est excellent, car encore une fois assuré par un ingé-son que Metalorgie connaît bien : Chris Edrich. Le volume n'est pas trop fort, le mix est clair et laisse entendre chaque instrument, c'est un vrai plaisir d'écoute. La setlist est répartie entre Pitfalls, joué presque en entier ce soir et des « classiques » de The CongregationCoal et Malina. Avec la setlist tournante que les norvégiens pratiquent depuis un an, nous avons droit à quelques surprises comme Foe ou Salt



Bref, c'est une vraie fête pour les amateur de Metal Progressif depressif. Et deux petits missiles sont envoyés aux détracteurs déclarant que Leprous serait devenu un « Einar Solberg solo band » : Einar a encouragé le public à applaudir « tous les musiciens sur scène sauf Baard et moi parce que nous sommes les seuls à ne pas jouer d'un autre instrument ce soir, les autres ont dû apprendre tous ces trucs ! ». Enfin, pendant la longue section instrumentale de la dantesque The Sky is Red, Einar quitte la scène pour laisser les autres membres finir le concert. Bref, Leprous a encore été au meilleur niveau ce soir.

Neredude (Décembre 2019)

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Commentaires

letatarLe Mardi 10 décembre 2019 à 13H13

Baard est vraiment extraordinaire, quelques jours avant on pouvait également se régaler de ses performances avec Rendezvous Point. En ce qui concerne Raphael Weinroth-Browne, ses différents projets musicaux sont passionnants. Du metal riche et diversifié de Cholera à la pureté de The Visit, en passant par ses superbes compositions solo, voilà un autre grand musicien qui ajoute de l'intérêt à Leprous.