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Devin Townsend, Haken le 15/11/19 - Paris (Salle Pleyel)

L’intérieur de la salle Pleyel contraste avec le dehors. Pluie, nuit, circulation dense sur un grand axe parisien, laissent subitement place à un hall marbré clair, haut de plafond, plein d’élégance haussmannienne où résonnent les discussions enjouées des enthousiastes venus ce soir, heureux d’être enfin au sec. Le grand vestibule propose le merch de Haken d’un côté et celui de Devin Townsend de l’autre, tandis qu’un bar occupe le fond du hall. La tête d’affiche du jour n’a plus rien à prouver quant à son humour et sa bonne humeur, on se le remémore alors qu’on est encore que dans l’entrée, grâce à une « roue de la fortune ziltoïdienne » à côté de son stand de merch, permettant d’acheter à bas prix un article désigné par le hasard.

La salle de concert en elle-même est à la démesure de son hall d’entrée. Une fosse, un vaste un parterre de fauteuils, et deux étages de balcons font face à une scène plutôt vaste sur lequel le matériel d’Haken est déjà en place. Les agents de sécurité sont en costume-cravate, les accès entre les places debout et celles en gradins sont gardés par de lourds cordons en velours, le sol de la fosse est en bois massif, l’ensemble de la salle respire la noblesse de son passé : la salle Pleyel était réservée au Classique et au Jazz jusqu’à il y a peu. On a à peine fini d’admirer les lieux que les lumières s’éteignent et que le sample introductif Affinity.exe ne se fasse entendre. Haken commence. Les musiciens entrent en scène pendant ce préambule et les lumières se rallument au moment où commence Puzzle Box, et non pas Initiate qui succède normalement à cette introduction. En même temps, les Anglais viennent défendre Vector, et effectivement, la moitié des titres joués ce soir en seront issus.

Côté sonorisation, même si le rendu global est très largement correct, les guitares sont un peu en retrait dans le mix. On notera le jeu habile de Ray Hearne qui alterne entre son kit conventionnel et des pads électro sur sa gauche, permettant de recréer les ambiances trip-hop au milieu de Puzzle Box ou les percussions électroniques rétro de la justement nommée 1985. Tous les musiciens fournissent des chœurs qualitatifs, chacun à son moment, et celui qu’on remarque le plus souvent à ce jeu-là est le plus-si-nouveau-que-ça bassiste Conner Green, qui déploie d’ailleurs pas mal d’énergie (même s’il reste relativement consigné à l’arrière de la scène, autour de son pied de micro), alors que les autres musiciens sont assez statiques. Seul le chanteur Ross Jennings assure le spectacle avec une belle occupation de l’espace et un charisme indéniable. Comme à chaque fois, sa voix est irréprochable et tout semble facile pour lui (la toute fin de A Cell Divides où le chant atteint des hauteurs qui font penser à Muse rentre sans aucun effort visible).

La (très bonne) surprise arrive au quatrième titre du trop court set de Haken, quand le groupe lance Nil By Mouth, le long instrumental issu du dernier album. Ne disposant que de peu de temps de jeu, les Britanniques auraient légitimement pu vouloir capitaliser sur des titres impliquant leur vocaliste, ce dernier étant un de leurs plus forts atouts scéniques. Mais non, le frontman se retire pour une poignée de minutes de démonstration technique parfaite de la part des cinq instrumentistes. La fin en fade-out est remplacée pour les besoins du live par un nouveau riff syncopé qui s’arrête brutalement. Le morceau est énorme, l’interprétation est magique, l’effet est immédiat sur la foule qui s’enflamme. Cockroach King et 1985 finissent de mettre tout le monde d’accord pour conclure ce set qu’on voudrait définitivement voir durer. Le claviériste s’échappe de son poste le temps d’un solo de keytar sur le devant de la scène pendant le dernier titre, finissant d’électriser la foule compacte.

Apres l’entracte, c’est d’ailleurs ce même claviériste (Devin Townsend ayant embauché pour la tournée, entre autre, le pianiste de Haken) qui entrera en scène en premier. Chemise hawaïenne, musique de plage samplée, son clavier est déguisé en payote, l’ensemble est très décalé. Et ce n’est que le début : Diego Tejeida commence à préparer des piña-coladas depuis son clavier / bar ; et les offre aux musiciens qui arrivent à leur tour sur scène, un par un, sous les applaudissements. Tout le monde est en chemisette à fleurs, et Nathan Navarro arbore même un (faux) perroquet sur son épaule, accroché à la sangle de sa basse. Le maître des lieux entre en dernier, complétant ainsi un line-up colossal (et on s’en rendra compte plus tard, modulable) de dix personnes : deux guitaristes, un batteur, un bassiste, un claviériste, trois choristes, une chanteuse lead, et Devin Townsend lui-même au chant et à la guitare. Toujours armé de son autodérision habituelle et de ses gags potaches, le Canadien nous prévient qu’il s’agit de son premier concert en plus de deux ans (la date parisienne est la première de la tournée) et qu’il y aura des couacs, mais qu’il s’est entouré des meilleur.e.s pour que le groupe puisse continuer malgré ses probables erreurs ; et nous rassure aussi en disant qu’il faut prendre ce concert comme des vacances et que dans ce contexte rien n’est vraiment trop grave. Enfin le show commence, et c’est Borderlands qui ouvre le bal. Comme être dix sur scène n’est pas assez, deux roadies (eux aussi en tenues de travail hawaïennes) viennent prêter main forte sur les « gotta have a good good life » des choristes. Tout sourire et toujours dans l’humour, le frontman profite d’un temps de répit à même pas la moitié du titre pour annoncer « okay I already fucked-up 14 times... », ce qui n’est absolument pas vrai : l'interprétation est même excellente, et le son aussi. Si Haken aurait pu profiter d’un peu plus de guitare, ici l’équilibre du mix est irréprochable, tous les instruments s’entendent vraiment bien, la preuve avec ces lignes de basse incroyables dans le second couplet d’Evermore qui enchaîne après Borderlands. Après War puis Sprite, commence une longue section de quatre morceaux issus de Ki, pour lesquels les musiciens ont l’occasion de se changer alors que commence à varier le line-up (Coast n’est joué qu’à deux, puis Gato à six).

Après ce passage consacré à Ki, retour à la dimension lourde et épique des récentes production avec un Deadhead de haute volée, après lequel on assiste à un nouveau changement de costume. Devin Townsend revient en effet sur scène pour Why? en ayant troqué son pantalon contre une jupe à moitié transparente, si si, l’autodérision n’a plus de limite. Le personnage est toujours aussi fun à l’air de s’éclater autant que nous. L’interprétation est encore une fois incroyable, les chœurs féminins sur la deuxième moitié du titre l’élèvent et lui donne de la légèreté. Même si on avait pas d’attente particulière dirigée vers Epicloud, on a la surprise d’avoir un Lucky Animals participatif, où les « jazz hands » du public sont mises à contribution pour animer les fins de phrases des refrains. Un titre fun, décalé à la Infinity, qui s’adapte très bien au set déjanté du Canadien. Le concert « termine » (le frontman avoue que le groupe reviendra pour un rappel) sur un retour à Empath avec l’incroyable Genesis, joué parfaitement même si on ressent le trigger de la batterie lors des blasts des fins de refrain. Le final est colossal et les dix musiciens sortent de scène sous des applaudissements qui n’en finissent pas.

L’obligatoire rappel voit la chanteuse Ché Aimee Dorval échanger sa place avec Devin, qui ne s’occupera que de chœurs, sur… Disco Inferno de The Trammps. Oui oui, el famoso “burn, baby, buuurn”. Le décalage est à la mesure du musicien, et l’adaptation bien plus Rock fait coller le titre avec le set. C’est idiot donc génial. Devin Townsend termine ses chœurs en mugissant comme jamais, les musiciens arrêtent de jouer un par un, mimant d’être terrifiés par leur frontman. Pour calmer le jeu, Spirits Will Collide est joué en acoustique, par un line-up épuré ne comprenant que les quatre chanteuses, Devin à la guitare folk et Diego Tejeida au piano. S’il est agréable de découvrir une nouvelle version de ce titre, c’est un peu dommage de se priver du côté grandiloquent de la version studio. Pour ne pas conclure sur un acoustique, sur une phase d’énergie en descente, obligé de rajouter un classique : on termine sur Kingdom. Rapide, furieux, un chant quasi-lyrique ultra-maîtrisé, c’est un final parfait pour ces deux heures de set. Un excellent concert, largement au niveau de la dernière fois qu’on avait vu le protagoniste, si ce n’est mieux. Une prestation qui nous aura fait voyager (malgré le relatif ventre mou de la période Ki), l’objectif “vacances” du concert est vraiment atteint, aussi étrange que cette idée puisse paraître. Devin Townsend prouve donc encore son génie et sa créativité, comme s’il en avait besoin...

Zbrlah (Novembre 2019)

Les photos sont signées Florian Denis, et la galerie complète est dispo ici.
Merci beaucoup à Clément de BASE Prod pour nos accréditations.

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Commentaires

Leviakill07Le Mardi 26 novembre 2019 à 05H25

Pareil, exelent concert, seule la longue période sur « Ki » m’a un peu gonflé, j’aurai préféré quelques « tubes » à la supercrush ou Life à la place, sinon rien a redire, magnifique salle, son et musiciens au top, Devin en pleine forme, très bonne soirée!