Rock en Seine 2019 [Parc de Saint Cloud, 25/08/2019]

Après une édition 2018 controversée à cause de sa programmation laissant peu de place au rock dans ses têtes d'affiche, Rock en Seine remettait les pendules à l'heure en 2019 en invitant The Cure et arrivait aussi à créer une vraie surprise par la présence d'Aphex Twin, un pionnier de la musique électronique dont l'oeuvre dépasse largement du cadre des deux genres susmentionnés. En attendant le concert de Richard D. James, nous sommes allés faire un tour devant les différentes scènes du festival.



Décibelles

Ah, il y encore du rock, du "vrai qui sent la sueur", à Rock en seine ? Chouette alors ! Ce trio a été adoubé par rien moins que les cultissimes Shellac, un gage de qualité ou en tout cas que votre groupe a quelque chose de spécial. Décibelles se démarque grâce à ses deux chanteuses aux voix exagérément aigües, le genre de détail qui pourrait vous permettre de les reconnaître instantanément pendant un blindtest. 


Musicalement, c'est un peu comme si Catherine Ringer avait trop écouté Fugazi et At The Drive In. Le duo guitare/basse mouille le maillot et envoie des riffs bien musclés, pendant que Fanny Bouland maltraite ses fûts avec une détermination qui fait plaisir à voir. Avec un excellent son et un exécution impeccable, ce trio gagnera votre respect s'il ne devient pas votre nouveau coup de cœur.




Bring Me The Horizon

Que dire sur ce groupe qui soit constructif ? Du deathcore des débuts au metalcore, passant ensuite à la pop vaguement énervée du dernier album, ce groupe a toujours offert des compositions d'une richesse ou ingéniosité toute relative. Leur dernier passage à Rock en Seine en 2016 avait été gênant au possible, qu'allait-il en être cette fois ?



Déjà, tout dans ce groupe respire le marketing : ils phagocitent des symboles de la pop culture (NdR : le nouveau logo revisitant un symbole ésotérique, les patch Charles Manson d'Oli Sykes, le sample et le titre de la chanson Shadow Moses faisant référence à Metal Gear Solid, les déguisements steam punk des danseuses...) pour se donner une identité et ceci reflète bien la vacuité qu'essayent de cacher Bring Me The Horizon, incapables de s'en créer une qui leur soit propre. Ces symboles sont là pour leur donner un vernis cool et sulfureux alors que rien dans la musique qu'ils jouent ne l'est, a fortiori aujourd'hui, alors que les croassements d'Oli Sykes n'ont aucun impact.‎ Les nouveaux morceaux ressemblent à des faces B de David Guetta, à un détail près : lui a au moins à le mérite de faire appel à de bons chanteurs ou d'utiliser Autotune quand la voix est fausse.



Ne soyons pas mauvaise langue, il y a tout de même deux musiciens notables dans Bring Me The Horizon : le guitariste Lee Malia est un riffeur honorable doublé d'un soliste qui maîtrise son sujet et surtout Jordan Fish, qui rattrape la voix fragile d'Oli avec ses choeurs d'une justesse impeccable, tout en actionnant les samples et en jouant du clavier. C'est ce qui permet de sauver ce concert du naufrage, pendant lequel on a peiné à entendre un riff intéressant ou un tant soit peu énergique, avec des compositions opportunistes et sans aucune imagination. Quant à leur guitariste de tournée John Jones, il a plus montré au public sa capacité à tourner sur lui-même qu'à jouer de la guitare pendant ce concert. Tout est dit.


Royal Blood

‎Cette édition de Rock en Seine était l'occasion pour nous d'enfin voir ceux qui devaient incarner la relève du rock quand ils étaient au summum de leur renommée : Royal Blood.


Avec un son très fort, le groupe enchaîne ses tubes  à mi-chemin entre des faces B de Queens of The Stone Age et The White Stripes. Force est de constater que le tout est vraiment bien exécuté, que ce soit le chant de Mike Kerr et de leurs deux choristes ou les parties de batterie signées Ben Thatcher. Ce dernier a un jeu très musclé et se prend un peu pour Bonzo avec son long solo et le gong placé derrière son kit. Mais on est loin de Moby Dick, le batteur se contentant de jouer des rythmes simples pour que le public puisse crier et taper des mains de concert. Et ce n'est pas inviter le batteur Jon Philip Theodore (NdR : de Queens of the Stone Age, justement) qui va rendre ce solo meilleur. Nous sommes là face à du remplissage bête et méchant, qui tue le peu de dynamisme qu'avait le concert jusqu'à présent.



On peut noter que les choristes ne se contentent pas de chanter avec un ton bien bluesy mais ajoutent aussi une grosse louche d'electro avec leurs pads, particulièrement sur les passages les plus énergiques des compositions. On est alors aux frontières du rock et de l'electro, sans vraiment avoir les qualités de l'un ou de l'autre mais plutôt leurs clichés. Mike Kerr utilise une basse qu'il passe dans un octaver et une palette d'autres effets pour avoir un son qui soit un hybride de basse et de guitare, qui évoque encore une fois Josh Homme et Jack White, tout sauf de la nouveauté, donc. De plus, l'impact des riffs est diminué par le fait qu'ils se ressemblent tous dans ce registre sautillant et ne font pas preuve d'une grande originalité. Ainsi, si on peut faire relativement peu de reproches à Royal Blood sur la forme, c'est plus le fond qui pose problème. Ce cher Jimmy Page nous les avait vendus comme la relève du rock n' roll et si c'est ce qui doit arriver, on a quelques soucis à se faire.

Foals
 
L'ascension de Foals a de quoi impressionner. Ils faisaient leur première apparition à Rock en Seine en 2010 sur cette même scène de la Cascade, en début d'après-midi. Aujourd'hui ils sont tête d'affiche et la pelouse est noire de monde. Dès le début du concert, on peut apprécier la qualité de la section rythmique assurée par Jeremy Pritchard, bassiste/claviériste de session pour Foals depuis cette année et Jack Beaven à la batterie.


 Leur travail est ingénieux, complémentaire et ne vient pas piétiner les plates bandes des guitares. Sur cette base, Kit Monteith rajoute une couche faite de samples et de percussions qui épicent les morceaux de la formation. Ces fondations solides ouvrent un boulevard au charismatique chanteur et guitariste Yannis Philippakis pour embraser la foule, que ça soit avec son habituel chant désabusé ou quelques poussées en voix de tête.



Avec un son aux petits oignons et une scénographie soignée, Foals a toutes les cartes en main pour réaliser un carton plein. Les tubes récents comme anciens s'enchaînent et alimentent l'énergie du public, qui semble déterminé à sauter et danser sans sans relâche pendant le concert. C'est néamoins au son du très énergique Black Bull que nous nous éclipsons. Pourquoi ? Pour être bien placés pour Aphex Twin, pardi !



Aphex Twin 

On ne va pas se mentir, Aphex Twin était l'unique raison de la présence de Metalorgie pour cette journée à Rock en Seine. Les apparitions de Richard D. James se font rares, il ne faut donc pas louper le coche, a fortiori lorsqu'un tel pionnier de la musique électronique met en place une telle scénographie.



Ce qui frappe à l'écoute de cette heure et demi de set, c'est la variété musicale et d'émotions touchées par Richard, qui est d'ailleurs accompagné de son ingénieure vidéo de femme sur scène, Anastasia Rybina, comme pour rappeler à quel point les projections sont importantes à un concert d'Aphex Twin. Pour cette performance à quatre mains, on passe du dark ambiant difforme au drone électronique, sans oublier des beats qui donnent irrepréssiblement envie de danser. C'est un énorme melting pot, un énième témoignage de l'éclectisme dont l'irlandais a toujours fait preuve, un défricheur tout au long de sa carrière (NdR : sous de nombreux autres pseudonymes qu'Aphex Twin d'ailleurs) et on retrouve cette richesse sur scène. L'alternance entre passage rythmés et nappes de synthé abstraites est vraiment opérée avec maestria, donnant une dynamique surprenante et très immersive au concert.

Odin soit loué, le son est fort et puissant, alors qu'on aurait pu craindre des restrictions  de volume, si chères au voisinage parisien qui pourrit la vie nocturne de la ville. Et un concert d'Aphex Twin se doit d'être fort, pour se sentir vibrer au son des décibels mitonnés avec minutie par Richard D. James. Bien sûr, les projections vidéos et les lumières jouent un rôle non négligeable dans l'ambiance du set, tout simplement parce que c'est un des spectacles vidéo et lumière les plus aboutis qu'on puisse voir dans un concert actuellement. Il y a de tout, des jeux de lumières élaborés ou épiléptiques aux fameuses vidéos du public filmées en direct, où les visages sont remplacés par la figure au rictus légendaire indissociable d'Aphex Twin, quand ce n'est pas des montages photo bizarroïdes de célébrités et de personnalités politiques françaises. Evidemment, on aurait aimé entendre des classiques de DrukqsSelected Ambient Work 85-92 ou de Come to Daddy, mais le matériel joué ce soir était tellement efficace que la frustration s'est vite évanouie. Ce soir, Aphex Twin aura montré qu'encore et toujours, sa sensibilité musicale et artistique font de lui un artiste vital et unique.

Neredude (Novembre 2019)

Photos de Décibelles et Bring Me The Horizon par Florian Denis
Photos de Royal BloodFoals et Aphex Twin par Manu Wino

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