Sylak Open Air (04/08/2019) [Saint Maurice de Gourdan]

Une scène, un bar, un market, quelques stands de nourriture, c'est bien tout ce dont on a besoin dans un festival metal. Petit à petit la notoriété du Sylak Open Air a grandi pour proposer des affiches de plus en plus ambitieuses et affichant complet, avec un éclectisme qui demeure dans l'ADN du festival. Voilà ce qui s'est passé le dimanche, dernier jour du festival.


Insanity Alert

Nous arrivons sur le site alors qu'Insanity Alert sont sur le point d'ambiancer le Sylak avec leur thrash crossover verni d'humour potache. Heavy Kevy semble avoir été raisonnable dans sa consommation de THC pour la journée, lui permettant d'assurer à la voix, tout en arpentant la scène avec ses multiples déguisements en lien plus ou moins direct avec les paroles des chansons. Au niveau instrumental, c'est toujours bien affûté, notamment grâce au guitariste Dave Dave Dave qui est une véritable machine à riffs. Le son est bien précis, ce qui permet de profiter des compositions comme il se doit. C'est le moment de saluer les braves zélotes qui ont eu le courage de lancer des circle pits à une heure où le soleil tape dur et que la chaleur est tout sauf agréable, a fortiori quand le moindre mouvement dans la fosse engendre un nuage de poussière. On arrive bien vite au point d'orgue d'un set d'Insanity Alert : « Run to The Pit, Mosh For your Life », un bon prétexte pour le public de chanter ou se jeter dans le pit. Le constat est là : quand les autrichiens sont en forme, on ressort toujours de leurs concerts avec le sourire.

Severe Torture 
Il est temps d'aller se sustenter aux stands du festival, mais la petite taille du festival permet de le faire tout en profitant des concerts et c'est au tour de Severe Torture de monter sur scène. Leur brutal death metal est excessivement bien exécuté. Les passages rapides et agressifs sont contrebalancés avec brio par des riffs plus lents et groovy, appuyés par un batteur dont la précision force le respect. La particularité de Severe Torture est le fait qu'ils incorporent des riffs mélodiques dans leurs compositions, et ceux-ci passent comme une lettre à la poste, sans jurer avec leur répertoire rentre-dedans, une belle surprise. Leur chanteur Dennis Schreurs est visiblement très content d'être là et dédie une des chansons au public qui les regarde devant la scène, sous un soleil de plomb. Un autre point très positif peut être relevé : le son. Alors qu'on est de plus en plus habitué à entendre des petits groupes de ce registre avoir un son atroce dans des festivals comme le Hellfest, nous sommes ici particulièrement bien servis. Une des deux guitares est tout de même beaucoup plus mise en avant que l'autre, mais ça ne gâche pas le plaisir d'écoute pour autant. De quoi satisfaire les aficionados de death bien chargé en protéine.


Nostromo 

"Bonsoir on s'appelle Manowar", c'est avec cette pique pas tout à fait neutre qu'entrent les suisses sur scène. Mais bien vite, l'humour disparaît pour laisser place à la furie. Honnêtement, depuis la reformation du groupe, leurs concerts étaient un peu en demi-teinte par rapport à leur légende, il manquait la hargne, la puissance de feu déployée sur Argue ou Ecce Lex. Mais la grande nouveauté ce soir, c'est la présence de Max, leur nouveau batteur, qui officiait avant dans Mumakil, groupe dans lequel s'était illutré Jéjé. Et c'est sous un nouveau jour que nous voyons Nostromo aujourd'hui, ce qui rappelle à quel point le fait d'avoir un batteur qui puisse soutenir les compos comme il se doit est important dans cette musique. La batterie renforce les riffs de Jéjé en palm mute, rendant leurs lettres de noblesse à des titres comme Selfish Blues ou Lost Inside. Mais Nostromo ne sont pas là que pour se reposer sur leur passé, ils nous jouent notamment un nouveau titre qui comporte quelques phases mid-tempo qui fonctionnent très bien, entremêlées de passages syncopés à la Meshuggah, leur signature.


Si le son est un peu brouillon à l'ombre des arbres du Sylak, en s'avançant, c'est nettement mieux et tout à fait satisfaisant pour se prendre un déluge de riffs en pleine poire. S'il faut saluer l'initiative du groupe de jouer beaucoup de nouveaux titres, on ne va pas se mentir : les anciennes chansons fonctionnent mieux sur scène aujourd'hui, et ce n'est pas juste l'avis du rédacteur de ces lignes : on le voit à la violence du pit lorsque les classiques comme Rude Awakening sont dégaînés !

Un des charmes de Nostromo se situe dans la voix froide et agressive de Javier, et elle ne sonne pas (plus?) du tout comme en studio sur scène. On le sent d'ailleurs peiner sur certaines parties, des couacs se font entendre, peut être a-t-il un problème de voix aujourd'hui. Mais il compense cette mauvaise passe par une bonne présence sur scène, en l'arpantant comme si un chestbuster était sur le point de lui sortir du corps. Ainsi, même si ce n'est pas un concert parfait de Nostromo, on sent le groupe dans de meilleures dispositions, en grande partie grâce à ce nouveau batteur. La formation paraîssait plus affûtée et c'est comme ça qu'on veut la voir. ‎Ceci étant dit, un certain manque de puissance se faisait ressentir lorsque Jéjé se mettait à jouer ses riffs plus destructurés au lieu de la machine en palm-mute, qui appellerait peut être un deuxième guitariste ? A suivre avec le prochain album et la collaboration des suisses avec notre petit génie national Dehn Sora, le 25 septembre prochain à Paris.

Ihsahn

Maintenant qu'Ihsahn tourne régulièrement, on a toujours la surprise de voir qui joue avec lui‎. Et c'est non sans plaisir qu'on reconnaît Oystein Landsverk (ex-Leprous) à la guitare. Avec Tobias Ornes Andersen à la batterie, cela nous renvoie avec nostalgie à l'époque où Leprous était son backing band. 

Sous un soleil de plomb, le norvégien déploie une setlist axée sur ses deux derniers albums, ce qui n'a pas ravi les amateurs de ses disques plus anciens, qui ont une touche beaucoup plus progressive. Mais avec une telle équipe pour l'épauler, on a du mal à bouder son plaisir, par exemple avec le très hymnique My Heart is of The North et son riff qui ressort particulièrement bien.

D'année en année, Tobias continue de progresser derrière les fûts et d'impressioner à la fois dans un registre Black (A Grave Inversed) comme dans le rock prog (Sámr). Le mix ne laisse que peu entendre les claviers et le chant du claviériste, c'est dommage pour les choeurs du classique Frozen Lakes from Mars. Ihsahn est quant à lui un peu fragile au niveau de la justesse de son chant. La délicate Sámr semble susciter quelques interrogations dans le public, mais son ‎mélancolique refrain a tôt fait de convaincre. Malgré les problèmes d'accordage des guitares à cause de la chaleur, on peut vite faire un constat : c'est le meilleur groupe qu'a eu Ihsahn depuis un moment, merci Oystein ! Alors que nous arrivons à la fin du set, Ihsahn persiste à jouer A Grave Inversed, un de ses titres les plus extrêmes et expérimentaux, mais à quoi bon le faire si c'est pour mettre un sample du saxophone de Jorgen Munkeby (Shining), qui tient une place si importante dans le morceau ? Enfin, le norvégien a malgré tout réussi à s'en sortir avec les honneurs, alors que cette musique est plus adaptée pour un concert de nuit.

Sick of it All
Pas grand chose à dire sur ces pontes du Hardcore NYC, si ce n'est que leurs concerts n'ont plus grand chose à voir avec leur genre sus-mentionné. C'est devenu un peu trop chorégraphié et inoffensif.  Peut être que si Pete Koller se décidait enfin à prendre un deuxième guitariste, ces riffs auraient plus de puissance sur scène, comme chez leurs collègues de Pro-Pain ? D'ailleurs, coup du sort technique : leur set a été interrompu par une coupure de courant. Faut-il y voir un signe ? Nous laisserons le lecteur en juger.

Testament 

Depuis quelques années, les américains de Testament n'avaient pas toujours donné la meilleure image d'eux même sur scène, avec un son bien sale et un Chuck Billy qui n'était pas très forme au niveau du chant. Tout porte à croire que ce n'est plus le cas aujourd'hui. Chuck est particulièrement en voix ce soir, qu'il pousse dans ses derniers retranchements. On croirait parfois entendre Layne Staley (enfin, on croit) avec un timbre plus grave et rocailleux. Ce groupe est évidemment servi par une bande de musiciens d'exception, à commencer par la section rythmique : comment imaginer mieux que Steve DiGiorgio à la basse et Gene Hoglan derrière les fûts? Connus pour leur association dans Death, c'est tout simplement une machine de guerre qui est une formidable fondaton pour les riffs. De plus. DiGiorgio apporte aussi une point d'exotisme avec sa basse fretless, même si on peut regretter qu'elle ne soit pas vraiment mise en valeur dans le mix. Les deux guitaristes de Testament ne sont pas en reste, notamment Alex Skolnick, qui continue d'apporter son amour du jazz dans ses soli, avec des gammes et des plans qu'on a rarement l'habitude d'entendre dans le Thrash Metal, toujours avec une exécution impeccable. Son collègue Eric Peterson est plus scolaire en solo, mais reste un grand riffeur et on peut bien en profiter ce soir avec un son à la fois puissant et bien clair, permettant de bien profiter de toutes les contributions des guitaristes. Enfin, la setlist est un melting pot de leur carrière, laissant place aux incontournables de The Legacy et The Gathering comme les tubes des derniers albums. Que demander  de plus ?


Meshuggah 

Quel plaisir de voir les savants furieux d'Umea venir étoffer l'affiche du Sylak cette année avec quelques chose de plus inhabituel. Ils sont la principale raison de la présence de Metalorgie à Saint-Maurice de Gourdans et étaient attendus au tournant, même si c'est visiblement moins le cas pour une grosse partie du public, qui a vidé les lieux après Eluveitie. C'est donc un peu triste de voir les suédois jouer devant une scène qui est loin d'être blindée mais d'un autre côté, c'est plus agréable pour ceux qui ont eu le courage de rester pour voir cette machine infernale se déployer devant eux.


La formation entame son set avec Pravus, un titre très rapide avec un riff principal assez complexe qui est joué avec de la distorsion puis en son clair. A la guitare solo, c'est toujours Per Nilsson qui remplace Fredrik Thordendal, trop occupé qu'il est à préparer son deuxième album solo, presque 25 ans après Sol Niger Within. En rythmique, la différence ne se ressent pas, c'est au niveau des soli qu'on peut l'entendre : certains sont joués quasiment à l'identique des versions studio, ce que ne fait jamais Thordendal et Per improvise le reste du temps, parfois avec un style assez novateur, comme le solo aux sonorités 8 bit de Future Breed Machine.

Le son est très bon et permet d'entendre chaque musicien distinctement, à commencer par la section rythmique et les riffs syncopés. La setlist est pensée comme un rouleau compresseur avec beaucoup de grands classiques du groupe comme Rational Gaze et Bleed autant que des titres plus rares comme Straws Pulled at Random et Lethargica. L'une est notable parce que c'est une des rares incursions du groupe dans la mélodie avec son bridge de guitares mélodique, l'autre a un riff d'une intensité monstrueuse, qui explose lorsque le groupe la rejoue après un silence. Le seul point noir est The Hurt That Finds You First, que le groupe parvient rarement à faire sonner de manière complètement satisfaisante sur scène à cause de son riff chaotique alternant accords et attaque sur la corde la plus basse. A la voix, Jens Kidman est toujours infaillible et parvient bien avec son interaction avec le public à faire que celui-ci s'immerge dans la musique, aidé également par les lumières qui s'impriment sur la rétine en créant une mosaïque de couleurs. Et en levant les yeux vers le ciel, on voit les étoiles : trouve-t-on une musique plus appropriée pour représenter les galaxies en expansion ? Le concert se conclut sur Demiurge avec son riff qui groove à la folie, c'est passé bien vite.



C'est donc un carton plein pour le Sylak, qui continue de proposer une programmation qui allie valeurs sûres, plébiscite et pépites méconnues. Avec un son globalement bon et des infrastructures qui n'ont pas révélé de dysfonctionnement ce dimanche, tout porte à croire que, de valeur montante, ce festival est devenu une valeur sûre.

Neredude (Septembre 2019)

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