Albums du moment
Pochette Nighttime Stories
Pochette Sphere
Pochette Spotted Horse Pochette Full Upon Her Burning Lips
Chroniques
Pochette In The Raw
Pochette Metaportal
Pochette The Den
Pochette Broken Play Pochette ...

Prophets Of Rage le 08/08/19 Paris (Olympia)

Il y a des artistes qui savent plaquer les mots justes sur les problèmes de ce monde. Des musiciens qui ont le truc pour créer des morceaux qui sonnent dès la première écoute. Les Prophets Of Rage ont cette force et au vu de leur formation, on comprend pourquoi : trois membres de Rage Against The Machine, deux de Public Enemy, un de Cypress Hill... Une expérience qui donne le vertige ! Les gars sont là depuis une trentaine d'années... et ce qui est beau, c'est qu'ils ont su avancer avec la rage de leur début.

Ce jeudi 8 août 2019, Prophets Of Rage passe par Paris, à l'Olympia. Comme beaucoup avant eux, leur nom est annoncé à l'ancienne, en grosses lettres rouges sur cette façade quasi mythique. La plus vieille salle de la capitale passe les épreuves du temps avec un historique qui ferait pâlir plus d'un programmateur. Des grands de la musique sont passés par là : Jeff BuckleyJacques BrelEdith Piaf, les Stones, Jimi Hendrix (certes en première partie, mais quand même)... Avec une acoustique exceptionnelle et une belle proximité avec le public, elle demeure un vivier unique pour les artistes de tout horizon. Seul problème, l'Olympia est désormais propriété du groupe Vivendi... Triste monde qu'est celui du tout capitalisme... mais joli pied de nez quand on sait qu'un groupe qui dénonce ce système investit les lieux ce soir.

Dans la salle, des fans de la première heure... mais aussi des jeunes et moins jeunes comme cet homme de quatre-vingt ans qui fend le public pour s'approcher de la scène. Bref, des passionnés de musique qui sont aussi très curieux de découvrir les Nova Twins, le groupe qui assure la première partie. Cette formation de Londres au style urban punk est composée de deux musiciennes et d'un batteur. Un trio, passé au Hellfest en 2019 et qui a visiblement marqué les esprits. D'entrée de jeu, il est clair que Amy Love et Georgia South sont les dignes héritières d'une fusion à la Rage Against The Machine. Du flow, de l'énergie, des riffs qui sonnent à la Morello et à la Commerford. Ouais, une vraie présence scénique et une identité musicale déjà très affirmée pour ces compositrices d'à peine vingt ans. Un groupe très prometteur à découvrir sans tarder en live !

Très vite, l'ambiance monte. Les lumières s'éteignent... N'est-il pas trop tôt pour  Prophets Of Rage ? Grosse surprise quand DJ Lord entre seul sur scène. Pendant une trentaine de minutes, il enchaîne les mix de morceaux devenus des classiques du Rock et du Metal. Black Sabbath, les Stones, AC/DC... mais petite incompréhension quand le public siffle l'hymne américain interprété par Jimi Hendrix. On peut voir ce qu'on veut dans cette version mais sûrement pas le "règne" de Trump, alors pourquoi cette réaction ? Est-ce l'Amérique toute entière qui est huée ?

Voile noir, sirène, poings levés... Les Prophets Of Rage arrivent quand on ne s'y attend pas. Et c'est une vraie claque ! La touche Fusion est bien là... Des riffs de guitare tellement propres à Morello, une rythmique juste et habile... Les musiciens de Rage Against The Machine proposent un son unique et maîtrisé qui ne vieillit pas. Bien au contraire, il se bonifie avec le temps, développant des variantes subtiles aux morceaux les plus connus. Un socle solide qui même après avoir connu plusieurs formations ne s'est jamais altéré. Ça c'est pour la partie musicale mais il y a le chant... et quelle performance ! Le duo formé par les rappeurs B-Real et Chuck D est impressionnant. Leurs voix martèlent avec puissance et éloquence des textes forts et engagés. Ils enchaînent les nouvelles et anciennes compos avec une facilité déconcertante. Pas une ride dans leur approche. Il faut dire que le groupe s'est monté en réaction à la campagne de Trump et cet engagement citoyen est palpable sur scène. Une prestation sincère qui clame tout haut ce que beaucoup pensent tout bas. Les morceaux présents sur le dernier album - et quelques nouveautés - de Prophets Of Rage sont distillés tout au long du concert : Unfuck The Word, Heart Afire, Legalize Me... À souligner, ce très bon moment sur Hail To The Chief quand Tom Morello et DJ Lord se répondent par riffs et samples interposés. Autre instant à retenir : le trio formé par les gars de Public Enemy et de Cypress Hill au milieu du concert. À eux trois, ils enchaînent Night Of The Living Baseheads, I Ain't Goin' Out Like That, Can't Truss It, Insane In The Brain, Bring The Noise ou encore Hand On The Pump. Une exclu 100 % Hip-Hop qui démontre tout le talent des deux frontman. Pas de temps mort pendant le show : de l'explosif mais pas que... Beaucoup de respect et d'humilité quand Morello, Commerford et Wilk interprètent Cochise d'Audioslave. Le micro est éclairé à l'avant de la scène... Pas de chanteur mais une empreinte, celle d'un musicien exceptionnel parti trop tôt mais qui aura marqué l'histoire du Rock et du Grunge. RIP Chris Cornell. La musique a ce pouvoir de passer d'une émotion à l'autre... et les morceaux de Rage Against The Machine s'enchaînent pour le grand plaisir des fans... Testify qui déboule derrière le premier morceau du concert. Suivent des classiques comme Know Your Enemy, Bullet In The Head, Bulls On Parade.... et bien d'autres. On retiendra Killing In The Name qui crée un bordel monstre. Mais quel bon bordel ! À l'avant, c'est la folie. Au milieu, c'est la bagarre. À l'arrière, ça gueule les paroles... et dans les balcons, les gens se lèvent enfin. Comme à son habitude, Morello fait le solo de fin à une main. Quel talent ! Et quel cadeau quand ils terminent le show sur Bombtrack.

Prophets Of Rage, c'est du très bon son mais au-delà de la musique, ce sont aussi des artistes authentiques et engagés. Ce groupe est une sphère de liberté qui laisse chacun exprimer ses revendications comme il l'entend. Certains retiendront le solo de Tom Morello avec les dents qui dévoile une croix gammée barrée derrière sa gratte. D'autres, son soutien aux gilets jaunes. Peu importe... Le message qu'il passe est de ne surtout pas se taire. La soumission est la pire des prisons. Avoir une opinion et la confronter aux autres est salutaire aujourd'hui. Qu'on soit d'accord ou pas, mieux vaut débattre haut et fort que ne rien dire !

Ubuto Kro (Septembre 2019)

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment