Albums du moment
Pochette Nighttime Stories
Pochette Sphere
Pochette Spotted Horse Pochette Full Upon Her Burning Lips

Dour 2019 Le 13/07/19, Dour

Nous ne sommes pas venus jusqu’en Belgique, à Dour précisément, un des plus gros festival Electro / Pop / Hip-Hop par hasard. En 2017 l’affiche nous avait séduit pour une de ses journées d’avantage axée Metal avec Alcest, Oathbreaker, Amenra, mais aussi Perturbator et Carpenter Brut, tous deux évoluant dans les musiques électoniques mais avec une esthétique et des références à la scène Metal. Cette année à Dour, la programmation est également très alléchante en terme de Hardcore / Post Metal / Doom : Birds In Row, The Body&Full Of Hell, Yob, Electric Wizard et Neurosis. Autant dire qu’on pouvait difficilement faire l’impasse sur une programmation d’une telle qualité.

Le problème, c’est que le temps d’arriver de Paris, de s’orienter, de prendre le temps de se garer, de trouver ou retirer nos places, Birds In Row est sur le point de conclure son set. On est en plein après-midi mais ça n’empêche pas les lavallois d’être plein d’envie, comme à chaque fois que je les vois, peut importe les conditions. Il semblerait que pas mal de morceaux de We Already All The World aient été joué, un peu comme au Roadburn finalement et il y avait même en arrière plan la même projection qu’aux Pays-Bas avec une performance de shibari, très esthétisée et très belle. Une manière pour eux d’allier la colère de leur musique à ces images très contemplatives. Bref, dommage d’en avoir vu si peu, mais le groupe semble avoir bien convaincu la foule, légèrement clairsemée, en ce début de journée.

La suite se corse avec les belges de Wiegedood, trois musiciens qui jouent également dans Oathbreaker et Amenra sauf qu’ici on enlève tout ce qu’il y a d’influence Hardcore pour se concentrer uniquement sur le Black Metal. Deux guitares, une batterie et du chant. Wiegedood c’est un Black Metal austère, sans temps mort, sans respiration, une avancée continue frondeuse et méchante en permanence. Mais derrière ce blitzkrieg, ces blasts incessants, ces vociférations aliénées, les lignes de guitares se dévoilent, difficilement, mais il y a ce truc qu’il faut aller chercher, qui hypnotise. Peut-être est-ce la violence de leur musique qui transcende, qui donne un aspect atmosphérique à leur prestation, malgré la fureur des compositions. Le fait qu’il n’y aie pas de basse joue également en cette faveur puisque son absence évite d’alourdir un Black Metal qui cherche à la fois la noirceur qu’une manière de s’élever. Wiegedood nous on captivé on en reprendra volontier lors de leur prochaine tournée ou ils joueront l’intégralité de leurs trois albums.



Le prolifique duo de Doom / Noise / Indus The Body qui s’associent au non moins prolifique groupe de Death / Grindcore Full Of Hell ? Bien sûr qu’on était très curieux de voir ça. Car si les deux groupes ont déjà collaboré sur deux très bons albums en 2016 et 2017, les voir réunis sur scène est quand même assez rare. Si on fait le compte on a donc deux batteurs sur scène, deux chanteurs, une basse et une guitare, une configuration assez étonnante on en conviendra. Le set est très court, à peine plus d’une trentaine de minutes, mais les deux formations réussissent le pari de faire cohabiter partie Grind/Death ultra véloces portés par les hurlements inhumains de Dylan Walker, bidouillant également derrière ses machines, aux parties plus expérimentales et plutôt à dominante Indus de The Body. Malheureusement le chant n’est pas toujours très intelligible (à cause de soucis techniques ?) ce qui casse un peu la dynamique, mais les musiciens arrivent à instaurer un climat, pourtant assez anxiogène vue la teneur de leur musique en quelque chose de captivant. Il flotte comme une ambiance de fin du monde sous la tente (ces rythmiques !) et la performance des groupes était intense et habitée.

J’ai eu la chance de revoir Yob récemment au Hellfest. Ils nous avaient littéralement roulé dessus, un Doom Metal puissant et intelligent, bien loin des clichés du Stoner/Doom actuel. Et si on en avait pris plein la tronche, avec des morceaux de types on te pète les genoux et on discute après, il manquait l’autre facette de Yob, celle plus sensible, plus fine. Et c’est ce qu’on aura ce soir à Dour à travers des titres comme Ball Of Molten Lead ou Breathing From The Shallows. Le son est aux petits oignons, Mike est impeccable vocalement en chant clair comme en chant hurlé et d’un charisme incroyable. Au delà du fait que les trois musiciens impressionnent en tant que Yob et à travers leur musique, c’est aussi lui, qui sur scène vit sa musique, la transcende en live et nous avec. On ressent cette ambiance mystique, puissante, belle, parfois avec les larmes aux bords des yeux à travers leurs compositions étirées et épiques. Les mélodies veulent nous dire quelque chose, ne sont pas placées là par hasard et quand ça gronde on ressent cette violence dans nos tripes. Yob nous emporte et c’est avec émotion que l’on ressort des trop courtes quarante minutes pendant lesquelles ils ont joué. C’était grand !

On ne va pas se mentir, un concert d’Electric Wizard c’est un peu un coup sur deux. Manque de patate, d’implication, morceaux pauvres issus des deux derniers albums, bref les raisons sont plutôt nombreuses et ont vite fait de plomber les concerts du trio anglais. Mais pas cette fois-ci, même si 2/3 titres ont été joué des derniers disques. L’ouverture sur Witchcult Today et Black Mass ont tôt fait de nous plonger dans les meilleures effluves Stoner / Doom de la formation. C’est lourd, épais, bien joué, gras comme une fricadelle. C’est pas le truc le plus mastoc que t’ai déjà entendu dans le genre, mais c’est hyper bien dosé et surtout très bien joué. Car on a connu la bande à Osborn, bien plus défoncé et en ayant clairement rien à foutre d’être sur scène,s e foutant bien éperdument de sonner comme une vieux groupe de Doom de seconde zone et distribuant pain sur pain. Ici on est dedans, on se sent emporté, comme d’habitude des projections de films érotiques / horreurs accompagnent Electric Wizard en arrière plan. On succombe à le pouvoir, et surtout, passé 2/3 titre récents,  le dernier tiers du set est constitué de morceaux de Witchcult Today et du fameux final sur Funeralopolis. Super setlist, super son, très bien joué, pas trop long pour éviter de s’emmerder… C’était a meilleure manière de voire Electric Wizard sur scène.



Pour conclure cette belle journée métallique, c’est bien évidemment Neurosis que l’on attendait de pied ferme. Le son est exceptionnel, tellurique, avec sa basse / batterie qui fait trembler Dour, et des guitares qui savent cracher le feu comme elles savent apaiser. A Shadow Memory du dernier album est lancé, avec sa mélodie presque orientale (coucou OM ?) mais sa dynamique frondeuse. D’ailleurs Neurosis axe surtout sa setlist sur ses deux derniers albums et si les titres Honour Found In Decay ne sont pas fou-fou, ceux de Fires Within Fires sont beaucoup plus percussifs. On est dans l’oeil du cyclone et ce n’est pas le fantastique To The Wind et le hurlement incroyable de Scott Kelly qui nous en ferons sortir. On enchaîne sur l’excellent End Of The Harvest issu de Times Of Grace, c’est bon, le set est définitivement lancé, le Neurosis au firmament est là, grand, impérial, écrasant tout sur son passage… et c’est déjà la fin. A peine une heure de set. A peine le temps de vraiment rentrer dedans et on nous coupe l’herbe sous le pied. Alors oui, peut-être valait-il mieux ça que les concerts qui ont suivis comme celui de Londres ou les échos ont été mitigé quand à la prestation et l’effet anesthésique du groupe, mais tout de même, vu la force de frappe Neurosis ce soir, on aurait vraiment bien pris un rab de deux ou trois titres supplémentaires.  

L'after se fera sur Rezz, et d'autres groupes Techno / Indus dont on a un peu oublié les noms et qui se sont perdus dans l’enchaînement de la soirée. Mais il faut tout de même parler de Rezz, une ukrainienne qui joue un mélange de Synthwave, d'Indus et de Techno. Trois immenses écrans nous font face, projetant des lumières rouges et blanches avec des symboles plus ou moins totalitaires et ésotériques. Entre nous, des pilonnes reflètent ces même lumières. On est dans un Mad Max psychédélique, et peut importe ce qui se passe autour de nous, on danse. On est happé par cette musique syncopée, décharnée, aux visions de fin du monde. C'est une sorte de Perturbator, presque aussi noire mais avec un aspect psyché et engrainant. Comme si on t''hypnotisait pour te faire danser de manière décharnée jusqu'au bout de la nuit.

On ne va pas redire ce que l'on a décrit dans nos paragraphes. Cette année encore, le festival de Dour a sur monter une programmation de musique extrême de qualité surtout sur un festival mainstream orienté Electro / Hip-Hop / Pop. Combien sont ces festivals à oser mettre Neurosis et MetronomyDamso et Birds In Row sur la même affiche ? Aucun. Les Vieilles Charrues ou tout autre type de festival dans le genre feraient bien d'en prendre de la graine. On peut mélanger qualité, groupes qui parlent à tout le monde et découvertes et c'est ce que Dour à très bien compris. Pourvu qui'ils continuent dans cette optique pendant longtemps;

Pentacle (Août 2019)

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment