A Thousand Lost Civilizations (6-9 mars 2019) [Atelier 210 et Magasin 4, Bruxelles]

Si vous avez déjà eu l'occasion d'aller voir des concerts de Metal underground en Belgique, votre chemin vous a sans doute mené vers le Magasin 4, une salle de concert éloignée du centre de Bruxelles et devenue culte avec les années. Après maints soucis administratifs et relocalisations, le Magasin 4 va encore fermer... Pour renaître ailleurs dans les murs de la capitale belge. Un bon prétexte pour l'équipe du fameux Nidrosian Black Mass pour monter un nouveau festival en hommage à ces murs qui ont vu passer beaucoup de beau monde. Metalorgie vous raconte à la fraîche ce qui nous a le plus marqué.




Mercredi 6 mars, Atelier 210 


Hagzissa 

Un festival qui démarre très fort dans les murs de l'Atelier 210 avec Hagzissa, groupe Autrichien qui partage des musiciens avec Kringa. On assiste avec eux à une déconstruction agréable du gros costaud du black metal avec un chanteur en collant et justaucorps, cagoulé de noir, une collerette en tulle… dans cette tenue de petit rat de l’opéra, il déploie un chant enragé et une énergie qui paraît sans limite. Avec un son black metal très raw et des envolées presque crust, et ce chanteur qui se laisse tomber par terre, saute sur toute la scène, je suis parfaitement rentrée dans ce premier set énervé.

Misþyrming

Et voici donc ces islandais, du haut de leur unique album sorti en 2015, en tête d'affiche d'un festival de Black Metal. Le groupe s'est illustré par des prestations scéniques enragées et c'est justement ce qu'ils délivrent ce soir, mention spéciale pour le chanteur dont les hurlements écorchés conviennent particulièrement bien au registre. Seul problème, les compositions de toute la première partie du set peinent à convaincre, les riffs manquent de mordant, d'inventivité et ce n'est pas le fait qu'ils soient joués par de bons musiciens qui va y changer grand chose, ni le son qui est plutôt bien géré. L'écoute de l'album Söngvar elds og óreiðu pouvait ne pas susciter beaucoup d'enthousiame et il s'avère que sur scène, on retrouve le même son et manière de jouer. Ça se réveille sur la deuxième partie du set pendant laquelle ont été joués trois nouveaux morceaux qui devraient apparaître sur l'album à venir de Misþyrming. Sur ces nouvelles chansons, les mélodies sont plus élaborées et paradoxalement, cela renforce l'impression d'écouter quelque chose de plus agressif. Gageons donc que ce disque permettra de déterminer si l'engouement pour ce groupe est vraiment mérité.


Jeudi 7 mars, Atelier 210

T.O.M.B 

En ouverture de ces quatre jours de festival, on avait souvent, et heureusement, l'occasion d'entendre autre chose que du Black Metal. T.O.M.B faisaient partie de ceux-là, composés d'un chanteur et deux guitaristes, avec une boîte à rythme en guise de batterie. Le groupe joue des compositions avec des riffs Doom axés sur la lourdeur, parfois teintés de tremolo bien Black Metal. Les programmations de la boîte à rythme battent la pulsation de manière répétitive, avec des sons très Indus qui arrivent à créer un effet hypnotique intéressant. Le chanteur, vêtu d'un masque SM, hurle dans le micro avec énergie tout en actionnant des samples régulièrement sur son pad. Dommage que le son des guitares ait été vraiment brouillon, car ce que le groupe propose a l'air très intéressant.

Adaestuo 

On retrouve sur scène la chanteuse Hekta zaren qui officie donc aux côtés de P.E.Pakcain de Sargeist et Horna. Un set mélangeant habilement des passages Ambiant, tissés par divers instruments, contrebasse et violon amplifiés, instruments traditionnels en bois, et des compositions beaucoup plus classiques, portées par la voix puissante de la chanteuse. Malgré des problèmes de son assez perturbants et une mauvaise utilisation, pour les premiers morceaux, du micro de la chanteuse, le set a su rester massif et très envoûtant.

Wolvennest 

Les groupes de rock "psyché/drone" pululent maintenant que c'est à la mode, et rares sont ceux qui arrivent à proposer quelque chose qui fonctionnent vraiment tout en ayant un minimum de personnalité. Wolvennest fait partie de ces groupes. Si leur dernière offrande Void s'écoute bien sur album, c'est véritablement sur scène que le groupe prend toute sa dimension, avec un son massif et pourtant très précis, dopé par la présence de trois guitaristes dont l'énigmatique Mongolito, toujours coiffé d'un chapeau et de lunettes noires, qu'on a pu entendre collaborer avec Hangman's Chair sur Banlieue Triste. On note vraiment une cohésion, un effort collectif de tous les musiciens pour créer quelque chose de spécial pendant une heure, notamment la chanteuse, dont la voix pleine d'énergie envoûte littérallement l'auditeur. Et quand elle n'est pas occupée à chanter ou headbanguer comme une forcenée, on la voit faire des gestes étranges, peut être est-elle en train d'ensorceler un spectateur au premier rang ? Eh bien non, elle est juste en pleine séance de thérémine, qui n'est rien moins qu'un des premiers instrument électronique. Seul problème, le groupe a visiblement du mal à faire ressortir le thérémine dans le mix. Allez, corrigez-nous ça, et là, on sera vraiment en face d'un groupe exceptionnel. On aura également noté une apparition vocale de Tonton Meilenwald (The Ruins of Beverast) sur le titre L'Heure Noire, pendant laquelle il a chanté ses plus sombres lignes vocales qu'on croirait émaner d'un monastère hérétique.

The Ruins of Beverast 

Le projet d'Alexander von Meilenwald était plus qu'attendu comme une des têtes d'affiches de ce Thousand Lost Civilizations, d'autant plus que la dernière fois que nous l'avions vu sur scène avec sa bande, il était seul à la guitare, ce qui rendait on ne peut plus difficile de retranscrire toute l'ambition de sa musique. Cette fois, Arioch (Secrets of The Moon) est bien là et le groupe semble déterminé à nous livrer un show habité. L'intro du morceau titre Exuvia nous met instantanément dans l'ambiance avec ses 15 minutes qui happent l'auditeur dans un voyage enfiévré au coeur d'une jungle luxuriante digne de Lovecraft. Le son manque de puissance et de précision à la régie mais en s'avançant près de la scène, les guitares sont beaucoup plus nettes, donnant à la formation toute l'attaque dont elle a besoin pour marquer les esprits. Car ne l'oublions pas, Meilenwald est un artisan, un orfèvre du riff. La très efficace God's Ensanguined Bestiaries enfonce le clou avec des blasts et riffs rapides qui font des ravages sur les cervicales. Meilenwald est impressionnant au chant. Grâce à des effets, il parvient à recréer ces sonorités de choeurs religieux impies avec brio et heureusement, car c'est une des éléments qui donne un cachet tout particulier à sa musique. Bref, cette heure passe comme un éclair, avec le très efficace Daemon et l'essentiel Between Bronze Walls qui a été revitalisé avec un accordage plus pour correspondre à la musique de The Ruins of Beverast telle qu'elle est aujourd'hui, et c'est le carton plein. Si on pouvait avoir un regret, c'est l'absence de I Raised This Stone As a Ghastly Memorial, qui est sans doute le "tube" du groupe ou de Soil of The Incestuous, qui devrait selon Meilenwald bientôt faire irruption dans la setlist. Un concert éprouvant et magique.


Saturnalia Temple

Quoi de mieux pour finir un journée de black metal qu'une heure quarante cinq de stoner, doom psychédélique fourre-tout. Malgré l'heure tardive et les départs nombreux, la foule restante est habitée et s'en donne à coeur joie (peut-être aidée par l'heure avancée de la soirée et ce béni laxisme belge sur la possibilité de fumer en intérieur). J’attendais beaucoup de ce groupe qui m’a particulièrement convaincue sur album. Le live n’est pas en reste, c’est Doom, c’est lourd et c’est parfait pour finir une soirée avec une bonne dose d'hallucinations démoniaques. Un plaisir de fin de journée qui a scotché les derniers valeureux qui ont mérité ce set infini et hors du temps, avec d'ailleurs un second guitariste qui a été invité par le groupe sur la dernière partie du set, qui s'est éternisée bien au delà du 00h15 prévu sur le running order, au point d'effrayer le stager manager qui visiblement voulait aller se coucher (ou picoler). Selon nos informations, le concert a été enregistré pour un album live. A suivre !


Vendredi 8 Mars, Magasin 4


Svartidaudi

Il y a à boire et à manger dans cette scène Black Metal islandaise, mais Svartidaudi se sont directement placés dans le haut du panier avec leur premier album Flesh Cathedral, proposant une sorte d'interprétation allégée et plus directe du riff dissonant à la Deathspell Omega, avec une voix beaucoup plus aggressive et animale. Mais l'eau a coulé sous les ponts depuis 2012 : Nökkvi (officiant également chez les excellents Zhrine) a depuis quitté le navire et... Ça s'entend très fort sur le nouvel album Revelations of The Red Sword, qui est objectivement moins inventif et recherché, si ce n'est les deux derniers morceaux finaux de plus de 10  minutes.

Sur scène, le groupe arrive bien à retranscrire cette bestialité qui marque à l'écoute de leurs disques. Le son est somme toute assez bon pour profiter de leurs riffs difformes mais le volume est trop élevé, au point qu'un agaçant larsen gâche leur set pendant quinze bonnes minutes, suffisamment pour décourager une partie du public qui part se pinter avec les excellentes bières du Magasin 4. A 3 euros la bouteille de bière artisanale, on aurait tort de s'en priver, à moins que ça ne soit pour mieux revenir pour le concert de Mgla ? En tout cas, ceux qui ont eu le courage de persévérer sur la deuxième partie du set de Svartidaudi ont été recompensés avec certains des meilleurs morceaux de leur répertoire, avec un son qui cette fois leur rendait pleinement justice. Mine de rien, c'était le meilleur concert de la journée, bien plus intéressant que la prestation des polonais à venir, même avec des larsens !

Mgla

Le succès de Mgla est impressionnant. Sur le festival, c'est sans aucun doute le groupe le plus representé en terme d'apparat, au moins autant que Burzum si ce n'est plus. Leur dernier album Exercices in Futility a connu un succès certain auprès du public et dans la presse. A cela s'est ajouté un rythme de tournée (trop) soutenu, les voyant venir jouer à Paris à deux reprises en moins de 6 mois et squattant à peu près tous les festivals qui programment du Metal extrême. Et ils auraient eu tort de s'en priver. Mais pour certains auditeurs, la lassitude est déjà là. Oui, ils ont une collection de riffs impressionnante, un batteur qui maîtrise admirablement bien son sujet, un chanteur avec une très bonne voix et une excellente formation sur scene... Mais combien de morceaux vraiment marquant ont-ils ? Ce soir, ils en ont joué une partie mais au bout de 20 minutes, on s'ennuie ferme. Il y a un problème de dynamique, la musique de Mgla est trop linéaire pour pleinement convaincre sur la durée. Ajoutons à cela un son vraiment pas à la hauteur de leur statut, beaucoup trop fort et imprécis par rapport à ce qu'on a entendu pendant ces quatre jours et il devient vraiment difficile de se retenir de bailler.  Ils auraient pu allumer une étincelle de curiosité en jouant des extraits d'Apocalypticists de Kriegsmaschine (enfin, surtout les deux premiers morceaux) mais ce n'est pas au programme ce soir. Bref, de toutes les têtes d'affiche du festival, Mgla est sans doute celle qui a le plus déçu, peut être par excès de confiance en soi et le fait d'arriver en terre déjà conquise.

Samedi 9 mars, Magasin 4

Urfaust 

17h45, et après une ruée au merch dès 16h, les papas entrent sur scène. Toujours aussi sobres (du moins dans la présentation visuelle), des bouteilles de vin faisant office de bougeoir, crânes et cadavres de whisky proprement installés.
Pour 45 minutes, les deux compères vont délivrer une des morceaux qui ravira les fans de la première heure avec Die kalte Teufelsfaust, Dämmert, gelähmt und mit scheinbar erloschenem Geist ou encore Unter Töchtern der Wüste, c’est lourd, le batteur est presque en rythme, IX et sa voix torturée en harmonie avec sa guitare evil.  Si ceux qui les ont déjà vus plusieurs fois leur reprochent un set trop habituel, j’avoue que dans cette configuration, un set plus ambient m’aurait moins plu. Sans rappel,ils repartent sans rien dire, laissant une foule qui se disperse vite au son de Voodoo Dust (version Urfaust).


Possession
La Belgique impose son rythme, les très attendus Possession. Un set intense et sans repos, avec beaucoup d’énergie, voire un peu trop de la part du chanteur qui ne fait pas toujours dans la précision, mais pour Possession, on ne s’attend pas à quelque chose de trop propre. De loin, le set basse / batterie prend tellement le pas qu’on n’entend plus qu’une rythmique qui fait presque penser à Ministry, étonnant.

Darkspace

Nous avions vu le premier concert de la tournée au In Theatrum Denonium à Denain et c'est maintenant au Thousand Lost Civilizations que nous sommes à nouveau devant Darkspace pour un set particulièrement long d'une heure et demi. Et franchement, c'était excellent. On a vraiment pu voir comme les musiciens se sont rodés en l'espace [sic] d'une semaine. Les suisses délivrent un concert avec un bon équilibre entre précision chirurgicale dans l'exécution et un son à l'aspect brut et sale, mention spéciale pour la boîte à rythmes assez cheap mais qui finalement se marie assez bien avec les riffs. On peut noter que l'aspect visuel est particulièrement travaillé, d'abord au niveau du corpse paint finement tracé, qui dénote avec ce qu'on voit habituellement dans la scène Black Metal, sans oublier les lentilles noires de la bassiste/chanteuse qui lui donnent un visage d'extra-terrestre. 



Par ailleurs, la formation a son propre jeu de lumière qui consiste en une sphère qui diffuse un amas de faisceaux lumineux couleur bleu pâle, et même si les rayons ne bougent pas, ce simple dispositif est particulièrement efficace pour créer une ambiance froide, qui correspond très bien à la musique du groupe.‎ Le set, sauf erreur, est axé sur l'album Darkspace III, qui laisse autant la place à des riffs furieux qu'à des parties percussives en palm mute, très propices au headbang. Les trois musiciens donnent de la voix, mais on retiendra particulièrement celle du guitariste lead, avec des hurlements aigus qui fendent l'air. 




Après quarante bonne minutes de zouk spatial, les trois suisses [resic] sortent de scène pour ce qui semble être un entracte ambiant, avec seulement des samples de clavier et cette fameuse sphère lumineuse qui continue de nous faire voyager au delà de l'épaule d'Orion. Certains ont pu trouver ça flemmard, d'autant que l'entracte a duré un bon quart d'heure. D'autres y ont vu un bon moyen pour se noyer dans ces nappes de synthé façon Burzum. Certes, c'est un peu dommage de passer par un sample, mais l'effet était tout de même bien là. Le trio revient ensuite nous donner une dernière dose de riff, avec un son qui s'améliore de plus en plus. Ça fuse dans tous les sens et nous arrivont à la vitesse de la lumière à la fin du set, qui sonne aussi le glas du Thousand Lost Civilization. 

Le prix du pass n'était certes pas donné mais les groupes ont pour la plupart donné de bonnes voire excellentes performances, avec de la bonne bière à prix doux. C'est aussi pour ça qu'on aime la Belgique : une sélection de Metal et de boissons houblonnées de qualité. Rendezv-ous au prochain déménagement du Magasin 4.

Metalorgie Team (Avril 2019)

Photos de Darkspace par Elie Lahoud-Pinot (facebook)

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