Nailed To Obscurity, Jinjer, Soilwork, et Amorphis au Bikini (Toulouse)

Metalorgie.com tourne grâce à une équipe de bénévoles. Ce qui signifie que je dois prostituer une grosse huitaine de précieuses heures de mon temps quotidien, cinq jours par semaine, à une multinationale qui aurait probablement le même chiffre d’affaire avec ou sans moi. Or, mon bureau est tout a fait a l’opposé du Bikini, et traverser Toulouse dans les bouchons du jeudi soir, même en s’étant échappé au plus tôt, m’a empêché de voir Nailed To Obscurity. Si le grand débat national qui a lieu ces jours-ci évoque la question des plateaux à quatre groupes qui commencent très tot et finissent très tard, le tout en milieu de semaine, je pense que j’aurais mon mot à dire. Mais bref, passons. Bien que ce coup de gueule ne sera pas le seul de la soirée (on y reviendra), j’arrive vers 19h pendant le changement de plateau entre NtO et Jinjer, en espérant oublier ces turpitudes à l’aide d’une grosse taloche à base de Metalcore ukrainien.

Et Jinjer ne décevra pas. Si la surprise n’est plus la même que lors de leur découverte un an plus tôt (ils ouvraient pour Tribulation / Wintersun / Arch Enemy, à lire ici), l’efficacité du quatuor n’en est que renforcée. Depuis, le combo a sorti son EP Micro, et la setlist s’axe donc logiquement sur ces nouveaux titres (seul le court titre éponyme ne sera pas joué), même si Jinjer choisi d’introduire son propos avec Words Of Wisdom, issu de King Of Everything. D’entrée de jeu, toutes les bonnes choses qu’on pensait du groupe depuis un an se confirment : un son propre, une énergie folle, une ambiance scénique assez simple mais dominée par une chanteuse déchaînée malgré son format XS, tout est au rendez-vous pour que le set de Jinjer soit une vraie bagarre. Si Tatiana Shmailyuk semble éprouver une petite fébrilité lorsque qu’elle passe du growl au chant clair (il lui faut quelques secondes pour trouver une justesse parfaite), elle n’aura pas ce problème très longtemps et les trois derniers quarts du set seront vocalement irréprochables. On sera aussi ravis de voir un ingénieur du son ajuster le mix via une tablette directement depuis différents points de la salle, et en effet Jinjer sonne très bien ! Le son est massif et abrasif malgré le fait que la formation n’ait qu’une seule guitare (une seconde gratte est parfois utilisée via des samples), on entend la basse sans qu’elle n’écrase tout (et on remarquera les nombreuses interventions en tapping d’un bassiste techniquement très doué).
Côté ambiance, le public toulousain se laisse faire facilement, lançant des circle-pits spontanés (notamment sur l’énorme Who Is Gonna Be The One?, seul titre joué issu de Cloud Factory). Ce titre s’enchaîne avec l’autre morceau que Jinjer est obligé de jouer : le monumental single Pisces tiré de l’album King Of Everything, qui lui aussi aura son petit effet sur la foule une fois que le titre décolle après une petite moitié plus calme que le reste du set.
A plusieurs reprises, on pense à The Agonist (époque Alyssa White Gluz) en regardant Jinjer. Le lien est assez facile grâce au Metalcore créatif et bien ficelé ainsi qu’aux vocalistes d’exception qui donnent une âme à ces titres. Mais depuis le changement de chanteuse opéré chez les Canadiens, The Agonist peine à retrouver cette énergie (il faudrait quand même que je donne une seconde chance à un Five qui ne m’avait pas vraiment plu à sa sortie)... Jinjer semble donc vraiment décidés à prendre la place vacante, et s’en donnent les moyens.

Le changement de plateau sera étonnamment rapide. 20h20, Soilwork investit les planches pour une heure et quart de perplexité. Car certes, la machine est bien huilée, mais les choix de setlist seront aussi étranges que la direction prise sur le dernier album en date, Verkligheten. L’instrumental éponyme résonne (sur bande) en ouverture du concert, laissant place rapidement au furieux The Arrival après l’après l’entrée en scène des six musiciens. L’efficacité est au moins aussi grande en live que sur la platine, le morceau est une tuerie. Le brûlot s’enchaîne avec la première étrangeté de la setlist : si on ne boude pas les titres de Stabbing The Drama, en mettre deux à la suite, pour les deuxième et troisième titres, donné une impression de décalage. Faire de la promo en mettant en avant des morceaux qui ont 14 ans ? Check. Et quand on revient sur Verkligheten, c’est avec un titre faible (comme évoqué dans la chronique), à savoir Full Moon Shoals. On a ensuite droit à un mélange de vieux succès (deux extraits de A Predator’s Portrait, un morceau issu de The Panic Broadcast) et de tubes plus récents (The Ride Majestic, Death In General, Stålfågel), le tout étant encore parsemé de titres tiré du récent opus et plus « en-dessous » que les autres (The Nurturing Glance, Witan).
Côté sonorisation, le son est un poil plus brouillon, tout en restant convenable. Si les guitares sonnent bien, on entend très peu le clavier et la basse, deux instruments vraiment pas mis en valeur et qui semblent apporter plus de confusion au mix global qu’autre chose. Niveau ambiance, bien que la montagne qu’est Bjorn « Speed » Strid impose clairement le respect et constitue une présence scénique indéniable, le personnage reste plutôt statique et laisse ses musiciens assurer le spectacle à sa place (en particulier Sylvain Coudret, visiblement content de jouer dans son pays natal, qui piquera même le micro du vocaliste pour une petite phrase dans la langue de Molière entre deux titres).
Enfin, on notera un détail à la con mais digne d’être relevé : Soilwork propose sur son nouvel album un titre avec le chanteur d’Amorphis en guest. Cette tournée commune aurait l’occasion parfaite pour le jouer en faisant monter Tomi Joutsen sur scène, non ? Non. Rien.

À en juger par la taille et la position des logos des groupes sur le flyer, Amorphis semble être la réelle tête d’affiche, mais ils joueront une heure et quart, comme Soilwork. Eux aussi débutent leur set comme de rigueur par la piste d’ouverture de leur dernier effort, l’efficace The Bee, qui met tout le monde d’accord d’entrée de jeu. La bande à Tomi Joutsen ne tournera pas autour du pot, et eux ne feront pas semblant de défendre leur plus récent opus : pas loin de la moitié des titres joués sortent de Queen Of Time. La grosse moitié restante sera piochée tantôt dans les plus vieux albums (Black Winter Day de Tales From The Thousand Lakes, deux morceaux tirés d’Eclipse, ou encore l’inévitable Silver Bride de Skyforger), tantôt dans les succès plus récents (trois extraits de Under The Red Cloud et un de Circle).
Si le début du set d’Amorphis est marqué par un éclairage éblouissant tourné vers le public, les techniciens en régie corrigent le tir rapidement, ce qui nous permet à partir du second morceau (The Golden Elk) de bien voir le groupe. On pourra par exemple se régaler de la dégaine du nouveau bassiste de la formation (qui est d’ailleurs le bassiste officiant dans Amorphis entre 1990 et 2000, qui a fait son retour 17 ans après avoir quitté le groupe), qui semble tout droit sorti d’un groupe de Glam.
Le son est très cool, aussi bon que pour Jinjer. On entend le synthé, chose rare ; et on voit même le claviériste Santeri Kallio arrêter de faire la gueule une seconde ou deux, chose encore plus rare et probablement preuve d’un groupe en grande forme, malgré 29 ans de carrière dans les pattes. C’est d’ailleurs une forme de reproche qu’on peut faire aux Finlandais, si on veut : dommage de ne pas proposer une expérience un poil plus diversifiée lorsqu’on a 13 albums sous le coude.
Non, blague à part, les musiciens sont bons, la sonorisation est au poil, le vocaliste domine le game de la versatilité « chant clair / growl », la quasi-totalité des titres joués sont soit tout récents soit des singles passés, et donc font souvent mouche. On dégage assez peu de reproche du set d’Amorphis, et on ne va pas s’en plaindre ! Bravo messieurs.

On termine par un regard curieux au stand de merch avant de filer. Vous vous souvenez qu’on avait dit qu’il y aurait un autre coup de gueule dans la soirée ? Il est là. C’est quoi ces prix les gars ?! J’étais chaud pour acheter Micro, le dernier EP de Jinjer (vu qu'il est chouette), mais à 25€ les 20 minutes (et on parle d’un CD, même pas d’un vinyl hein), c’est sans moi. Les autres groupes ont des tarifs du même ordre de grandeur sans être aussi abusés que ça, il faudra compter 20€ pour un album en CD et jusqu’à 35€ pour des LPs... Bon, bah j’ai gardé mon pognon et l’ai plutôt dépensé trois jours plus tard, lors du concert First FragmentAllegaeon / Fallujah / Obscura, en achetant un vinyle coloré de la tête d’affiche, au tirage limité, pour moins cher qu’un EP de Jinjer au format CD. Vous avez beau avoir proposé de très bons concerts, on a les clients qu’on mérite !

Zbrlah (Février 2019)

Merci à Antoine du Bikini !
Les photos sont signées Chazo et la galerie complète est dispo ici.

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