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Kreator, Dimmu Borgir, Hatebreed à Paris (L'Olympia, 03/12/2018)

Voilà un plateau qui a fait parler de lui, non pas pour les gros noms qu'il comporte, mais pour l'incohérence musicale des quatre groupes, ce qui est un fait. Mais ces gens semblent oublier que ça fait des lustres que les bookers nous sortent des tournées fourre-tout servies par les labels. Au même titre que nous sommes maintenant habitués à sauter du coq à l'âne en festival. Evidemment, parfois cela fonctionne et d'autres fois non, c'est l'aléa des ressentis.


Heureusement, notre photographe était là pour immortaliser Bloodbath sur scène.

On aurait voulu écouter Bloodbath, mais il se trouve que l'Olympia a eu la bonne idée de communiquer les horaires le jour même, quelques heures avant le concert. Donc pour ceux qui n'ont pas pu prendre leur dose de réseaux sociaux à ce moment là et que se sont fiés à l'horaire de l'event (18:30), qui correspond dans la majeure partie des cas à l'ouverture des portes, c'était l'enfilade assurée. D'autant plus qu'évidemment, l'event Facebook n'a pas été mis à jour après l'annonce du running order, faisant qu'on avait un event débutant à 18h30, une ouverture des portes à 17h et Bloodbath qui commencaient à 18h10. Une organisation au poil donc, qui témoigne d'un vrai respect pour les musiciens, qui jouent tous dans des groupes de première division depuis presque trente ans et ont dû se retrouver devant 300 personnes arrivées en avance, un vrai gain de visibilité pour eux ! Bref, voilà pourquoi nous n'avons pas pu voir Bloodbath, et ça nous agace.

Hatebreed

Les Américains sont en plein malaxage musclé de l'Olympia quand nous entrons dans la salle. Le son est baveux, très fort, bas du front en soi, à l'image des compositions de Hatebreed. Ca fera peut être hausser les sourcils de certains, mais des albums comme Supremacy ont quand même quelques petites touches de finesse ça et là, mais sur scène, elles sont complètement effacées. Ils n'ont pas le temps de niaiser avec ça voyez-vous, ce qu'ils veulent, c'est un pit qui saute dans tous les sens. Et sur ce plan ils ont plutot réussi leur coup. Entre deux morceaux, Jamey Jasta fait un hommage aux héros disparus, qui va de Lemmy à Peter Steele en passant par Vinnie Paul et Dimebag Darrell Abbott. Ils prennent donc le pli à un autre groupe de la soirée qui voudra également y aller de son "petit" hommage, mais en nettement moins spontané. 



Force est de constater que cette musique est taillée pour le live, et c'est comme ça que Hatebreed a grimpé les échelons de la popularité. Seul problème, la qualité du riff est très variable, allant de bien à vraiment pas top. Avant un autre morceau, Jamey rappelle qu'ils ont démarré en jouant aussi bien dans des jardins d'amis que dans des pizzerias et tout cela pour aboutir à une tournée comme celle-ci avec des légendes. Le propos a l'air spontané et sincère, encore un point sur lequel l'un des groupes suivants va pêcher.


Dimmu Borgir

Cela faisait donc plus de huit ans que Dimmu Borgir n'étaient pas passés par la capitale, pour causes de projets chronophages dont un dvd live et Eonian. L'attente vallait-elle le coup pour ce dernier ? Il est un peu être trop tôt pour le dire mais nous allons au moins avoir une réponse pour la scène.



Pour commencer, on peut remarquer que la scénographie ressemble à s'y méprendre à celles de leurs amis, qui sont maintenant leurs compagnons de label : Behemoth. Entrée sur scène solennelle du groupe un par un ? Check. 
Musiciens surélevés placés de part et d'autre de la scène ? Check. 
Capuches et robes noires pour ressembler à un ritualiste de magick ? Chèque ! Ce ne sont certes que trois similitudes, mais quand on a le tout devant les yeux, difficile de croire à une coïncidence, surtout quand les deux groupes se connaissent. Celle de Dimmu Borgir parvient en plus à être plus cheap tout en ayant visiblement plus de budget, à en juger par l'importance de leur lightshow d'appoint.



Le concert débute avec un son assez brouillon, les guitares peinent à se faire entendre. La présence d'un claviériste est un effort louable pour jouer les parties orchestrales et de synthé, mais il y a tellement de samples qu'il est difficile de distinguer ce qu'il joue de ce qui est passé sur bandes, le genre de flou artistique qui a souvent un impact négatif sur un set parce qu'il nuit à son authenticité. Sur Interdimensional Summit, les samples des choeurs sont tellement forts qu'ils couvrent la voix de Shagrath, une vraie réussite. Heureusement, le groupe est plutôt précis au niveau instrumental, ce qui sauve le concert du plantage. Parfois, Shagrath essaye de communiquer avec le public pendant les morceaux, mais sa voix est tellement noyée dans les effets qu'il est juste impossible de comprendre ce qu'il dit, situation assez cocasse. Il y a quand même de quoi être frustré, car quoi qu'on en dise, il y a tout de même quelques bons riffs et arrangements dans cette bouillie !



The Serpentine Offering est par exemple une vraie réussite avec un riff de tueur soutenu par une batterie puissante, jusqu'au moment où on entend le sample de la partie vocale de Vortex, long moment d'embarras vide qu'on tâchera vite d'oublier. Plutôt que rester là à écouter un sample jouer à votre place, pourquoi ne pas engager un type pour chanter cette ligne, plutôt que de diffuser la performance d'un musicien que vous avez viré comme un malpropre il y a dix ans ? Ca donne même envie de réentendre Vortex dans Dimmu Borgir plus qu'autre chose, l'effet inverse de celui désiré non ? Même remarque pour Gateways : encore une fois, le groupe la joue bien et la compo fonctionne sur scène, mais ce sample d'Agnete Kjølsrud arrive comme un cheveu dans la soupe, alors qu'il suffirait d'avoir un musicien(ne) sur scène pour chanter la partie.



Bref, ce concert navigue donc entre mauvais choix artistiques et relative maîtrise du sujet quand les classiques sont joués. Ca marche sur des titres efficaces comme Dimmu Borgir ou Progenies of the Great Apocalypse (toujours avec un sample vocalgênant) mais à chaque fois, l'enthousiasme retombe pour une des raisons évoquées ci-dessus. On ressort donc de ce concert avec une nette impression de gâchis de talent.


Kreator

Evitons les faux semblants : Kreator est un groupe immense, un pilier du thrash européen avec nombre d'albums respectés à son actif et les allemands ont prouvé ce soir à l'Olympia qu'ils savaient encore jouer et envoyer la sauce. Mais, malheureusement, si être un bon musicien et jouer des classiques suffisaient pour remporter les lauriers sur scène, beaucoup plus de concerts poussifs qu'on voit souvent seraient en fait excellents. 



Ce qui est en cause ici, ce sont les efforts manifestement forcés du groupe pour dépasser son statut d'icône du thrash et devenir quelque chose de plus grand. A demi-mots, on pense à un Metallica européen, tant Mille Petrozza fait tout pour haranguer la foule comme un James Hetfield le fait. La différence, c'est que ledit Hetfield est né pour électriser des foules et quand bien même on peut n'avoir aucune sympathie pour Metallica depuis des années, le fait que James est et a toujours été une bête de scène est quasiment incontestable. Ici, c'est à grand renforts de confettis tirés sur le public à plusieurs reprises, d'interruptions du concert pour exiger du public qu'il beugle comme un veau possédé, comme si ça allait nous faire passer un bon moment. Petrouze joue donc sa partition de parfait petit frontman de groupe de metal grand public. C'en est aujourd'hui à tel point que ceux qui voient Kreator plusieurs fois sont capables de réciter son dialogue avec l'audience 



C'est triste, parce qu'encore une fois, le groupe maîtrise toujours les outils nécessaires pour invoquer la Sainte bagarre dans le pit. Mais noyé dans cette volonté d'atteindre le niveau supérieur en terme de popularité, et peut être aussi de postérité, on ressort de ce concert frustré comme pour celui de Dimmu Borgir, mais pour des raisons différentes. Ajoutons également que le son était étrange au niveau des guitares, ne mettant pas toujours bien en avant les riffs et avec une batterie triggée bien chimique comme on ne les aime pas. Il faudrait que Kreator se reconcentre sur ce qu'ils savent faire de mieux : 1h de destruction ininterrompue, sans salades.

Neredude (Décembre 2018)

Photos par Arnaud Dionisio / 2018
Toute reproduction interdite sans l'autorisation écrite du photographe

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