Piniol + Baron Crâne La Scène Michelet - 29/11/2018

Les frissons refont surface en cette fin novembre, les feuilles mortes et les gilets jaunes vivants s’installent dans le paysage de nos vies, et la musique devient une échappatoire toujours plus évidente, une déconnexion ponctuelle mais vitale, ne serait-ce que pour reprendre son souffle. Et quoi de mieux comme exutoire qu’une soirée placée sous le signe de la convergence des luttes ? De la jonction tant espérée entre la France périphérique et citadine ? Entre les quartiers populaires et les centres bourgeois ?



La haute société parisienne est ici incarnée par un Baron Crâne à l’écoute de la plèbe, déjà venu l’été dernier rendre visite à ses sujets en ces mêmes lieux, récolter l’unanimité de l’auditoire. Le Baron apparaît une nouvelle fois chaleureux, clair dans son élocution malgré sa confusion des genres intentionnelle. Armé de nouveaux arguments, déroulant progressivement sa rhétorique ciselée à travers un rendu impeccable, le trio remporte un franc succès et fédère d’autant plus qu’à son premier passage, car l’endroit est déjà bien rempli. Baron Crâne associe ses formules passées aux désirs futures, agencées en un set pertinent, qui engendre encore l’adhésion totale de l'opinion. On attend désormais la concrétisation physique des promesses effectuées ce soir, en un ouvrage plus consistant que les précédents.




Les classes populaires sont ici représentées par une association de vulgaires pouilleux de la campagne, que sont Poil et Ni, ce qui donne naturellement Piniol. Soit sept prolétaires de la périphérie de Lyon, soupçonnés d’appartenir à un groupuscule d’ultra gauche autogéré, étrangement nommé Dur&Doux. Séparées, les deux entités semaient déjà la terreur, mais leur fusion ne fait que renforcer l’explosion imminente de leurs intentions. Le propos est dense, contient tout un tas de revendications toutes aussi légitimes les unes que les autres, mais le conflit est permanent, réussissant néanmoins le tour de force de ne jamais sombrer dans le chaos. On se souvient alors que l’anarchie c’est l’ordre sans le pouvoir, et on s’aperçoit que ces mots collent bien à Piniol, s’accordent même idéalement à ces compositions instrumentales et faussement bordéliques, éclatant les barrières entre les peuples comme tout bon internationaliste qui se respecte. Colère, complexité, dérision, s’empilent et s’emmêlent dans une forme de grâce propre au jazz. Les ploucs restent à l’aise malgré la petite Scène Michelet de proximité, distribuent quelques orgasmes sur leurs titres d’un quart d’heure de moyenne, et affirment leur radicalité sincère quitte à perdre quelques oreilles en chemin. Piniol bouscule, émancipe les consciences, ce qui rend la chose indispensable, autant en direct que gravé sur un objet circulaire.



Merci à Fabien Pondard pour les jolies photos, merci infiniment à Crumble Fight et à la Scène Michelet pour avoir soutenu et contribué à cette convergence musicale de qualité supérieure. Keep fighting!

Tang (Décembre 2018)
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