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Le Mystère des Voix Bulgares à Paris (Eglise Saint Eustache, 23/11/2018)

Ce soir, nous sommes réunis dans l'église Saint Eustache pour un office tout particulier. C'est simplement le premier concert parisien du Mystère des Voix Bulgares depuis des lustres, ce collectif de chanteuses interprétant compositions originales et des réinterprétations de chants traditionnels bulgares. Cette longue absence est d'autant plus paradoxale que c'est le français Marcel Cellier qui avait découvert le collectif dans les 70s et les avait signé, avant que les bulgares ne soient propulsées à la reconnaissance internationale par le label culte 4AD. Dans ce beau cadre, on pouvait s'attendre à passer un bon moment.



Il fait froid dans l'église, mais rien de suffisant pour faire peur à ces quatorze chanteuses, dont la puissance vocale est impressionnante. Elles sont accompagnées par un guitariste acoustique, une joueuse de gadulka et un beatboxer, ce trio n'intervenant que dans les passages les plus rythmés du concert ou pendant les intermèdes quand les chanteuses quittent de la scène pour souffler un peu. De fait les instruments ajoutent peu à la prestation, car les voix font déjà tant par elles-mêmes.



Tout le sel de cette musique repose sur des harmonies, qui sont tout bonnement inimitables. Celles-ci ont une versatilité impressionante, pouvant aussi bien exprimer une mélancolie profonde qu'une joie euphorique. L'autre caractéristique de ces chants est le rythme, qui est souvent composé en motifs se répétant et se superposant entre les différentes tessitures de voix, allant du grave à l'aigu. N'étant pas expert en solfège, on ne peut que supposer que la métrique est souvent dans un 4/4 malmené, un peu comme si Meshuggah (ou King Crimson et Steve Hackett) se mettait à faire de l'a capella. 


Evidemment, il y a une grande absente ce soir : Lisa Gerrard. La chanteuse de Dead Can Dance a reconnu l'influence du Mystère des Voix Bulgares sur son travail, au point qu'elle collabore avec le collectif sur leur dernier album BooCheeMish (sorti par Schubert Music pour la France), et elle se joint parfois aux bulgares sur scène lorsque son emploi du temps le permet, ce qui n'était pas le cas ce soir, visiblement. Le "tube" de l'album, Pora Sutunda est donc joué sans Lisa et c'est une des chanteuses qui interprète sa partie, avec brio, ce qui encore une fois en dit long sur leur maîtrise de la voix.



Le constat est évident : c'est incroyable d'entendre la puissance dégagée par ces quatorze voix, a fortiori avec la reverb naturelle de l'église Saint Eustache. Si l'écoute de leurs disques est fascinante, cette musique prend une toute autre dimension sur scène, on se sent happé par quelque chose qui nous dépasse. Seule déception du concert : la chanson Pilentze Pee n'était pas sur la setlist alors que c'est un des titres emblématiques du Mystère des Voix Bulgares, dont l'écho fut tel qu'il avait inspiré Kenji Kawaii pour sa célèbre bande originale de Ghost in The Shell. On retrouve également des touches d'harmonies bulgares sur des sorties récentes comme la musique d'Avatar par James Horner [RIP] et le dernier album de Dead Can DanceDionysus. Ces harmonies sont donc beaucoup plus ancrées dans notre inconscient collectif qu'on pourrait le croire, sans doute parce qu'elles ont une sorte de beauté universelle qui nous parle directement. Un très bon concert d'un collectif qui gagnerait à être plus connu des cercles rock/metal qui aiment les parties vocales très travaillées.

Neredude (Décembre 2018)

Photos par Arnaud Dionisio
Reproduction interdites sans l'autorisation écrite du photographe.

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