King Crimson à Paris (Olympia, 15/11/2018)

NB : Ce report n'est pas illustré de photos car King Crimson a refusé la présence de photographes au concert.


"Quoi, mais ils existent encore eux ?" serait sans doute la réflexion que vous récolteriez le plus si vous annonciez à votre entourage que vous allez voir King Crimson en concert et vous seriez déjà chanceux qu'ils les connaissent. Eh oui, depuis 2014, le roi pourpre est sorti de son sommeil pour trois tournées, avec un line-up qui a beaucoup fait parler de lui : trois batteurs (dont Pat Mastoletto et Gavin Harrisson), un bassiste (Tony Levin), le taulier Robert Fripp à la guitare/claviers, un saxophoniste (une première pour Crimson depuis les années 70), Jakko Jakszyk au chant/guitare (nous en reparlerons). Et depuis son départ du poste de batteur, Bill Rieflin (R.E.M., Ministry, Swans...) est revenu aux claviers, faisant de King Crimson une hydre à huit tête de choc et devenant ainsi le premier claviériste officiant uniquement à ce poste de l'histoire du groupe !

Bref, trève de bavardages, c'était donc le troisième passage de la reformation à Paris, après un premier passage à l'Olympia en 2015 et un autre à la Salle Pleyel en 2016. Comme d'habitude, la seule première partie qui nous est servie n'est autre que des travaux ambiants de Fripp. La rumeur dit qu'il envoie ses soundscapes depuis les loges, c'était peut être vrai il y a 15 ans (quoique logistiquement assez farfelu), mais pour cette tournée, ce n'est de toute évidence pas le cas, puisque les soundscapes ont refait leur apparition alors que l'entracte commençait à peine. Or, on voit mal Robert Fripp courir à ses claviers en loge pour jouer ça alors qu'il s'accorde 20 minutes de répis.

Il faudrait être sourd pour ne pas l'entendre, cela fait des décennies que King Crimson se concentre sur l'expérimentation, ce qui rend la présence d'un trio de batteries tout bonnement logique, tout comme l'ouverture des deux sets de ce soir par un solo de batterie à trois. Nous avons évidemment affaire à des musiciens chevronnés, et l'un d'entre eux seul peut administrer une correction à la grande majorité des batteurs de la scène rock/metal. Mais leur association est en fait bien plus que la somme de leurs talents individuels, parce qu'ils jouent en équipe et non pas pour faire briller leur ego. Ce qu'ils font est en fait presque comme s'ils se contentaient de jouer les parties de batterie/percussion de King Crimson, sans le reste des instruments. Et ça marche, là où 95% des soli de batterie échouent, pêchant par trop de démonstration technique au détriment de la musicalité.

D'entrée de jeu, on remarque ce qui sera un des rares défauts du concert : le volume sonore relativement bas. On voit à la console que ça pique à 97 db, alors que la limite légale est à 103, une différence énorme, qui rend le son un peu faiblard au balcon, quoique très précis. Entre les expérimentations, King Crimson sort ses standards du rock progressif comme Indiscipline, qui voit Jakko réinterpréter la partie vocale très différemment de la version studio par Adrian Belew. Celle-ci est en effet parlée alors que Jakko tente de la chanter. Et franchement ce n'est pas tout à fait convaincant. Mais l'instrumental est pour ainsi dire parfait, la chanson ne perd donc pas vraiment son impact. Mais il est difficile de ne pas penser à Belew avec tristesse quand le groupe joue ses chansons sur scène, quand on sait que le principal intéressé est disponible et volontaire pour rejouer avec King Crimson, sans compter qu'il a affiché une forme olympique à la voix/guitare avec Crimson ProjeKCt sur scène (NDLR : projet composé en partie d'anciens membres de King Crimson qui tournaient avant qu'ils ne se reforment, jouant des compositions originales et des reprises de KC). Espérons qu'il pourra revenir prochainement remplacer Jakko, ce qui rendrait le groupe tout à fait irréprochable musicalement.

On n'apprend pas au vieux singe à faire la grimace : Robert Fripp brille particulièrement ce soir avec quelques interventions solo brillantes, notamment une en violoning et une autre avec une sorte d'effet stereo, qui font partie de sa signature musicale. Et dans le rôle de serial riffer, il n'est pas en reste. Dégageant un charisme négatif assis sur son siège avec son casque sur la tête, il y a tout de même une aura autour de lui, tout simplement parce que King Crimson, c'est lui. Le voir en chair et en os fait quelque chose au fondement. Et on aurait beau se moquer de sa posture, on vous garantit sur facture que ce qu'il propose avec King Crimson est beaucoup plus actuel et puissant que la plupart des groupes de la même époque qui continuent à tourner comme eux, le premier exemple venant en tête étant évidemment les Rolling Stones, pour lesquels King Crimson avaient ouvert lors d'un mythique concert à Hyde Park, alors que la plupart des gens qui liront ces lignes n'étaient pas près de naître (dont l'humble auteur de ces lignes). C'est le tour de magie frippien, logique quand on sait que sa vision a toujours été d'aller de l'avant et d'innover au lieu de rester sur ses acquis.

On pourrait écrire une thèse pour entrer en détails sur le répertoire joué par King Crimson sur cette tournée, contentons-nous de dire que ce soir, nous sommes gâtés avec pas moins de quatre titres du mythique, pour ne pas dire standard In The Court of the Crimson King. Red, Discipline, tous ces albums sont des références du rock progressif, sans lesquelles Meshuggah, Mr Bungle ou Steven Wilson n'existeraient pas ou seraient complètement différents. Un confrère de Guitar Part disait à propos de leurs albums : "on écoute King Crimson comme on se promènerait dans un musée, avec silence et respect.". C'est peut être encore plus vrai aujourd'hui quand on les voit sur scène. Plus hallucinogène que le Roi Heenok, plus fort que le Brexit, le roi pourpre reste un des meilleurs groupes de rock actifs sur cette planète. Robert Fripp est immortel. A voir au moins une fois dans sa vie. (si vous en avez les moyens. Sinon, écoutez donc leur flopée d'albums live récents)

Neredude (Novembre 2018)

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