Alcest + Celeste + Vampillia Gaîté Lyrique, Paris (25/09/2018)

Vampillia, Celeste et Alcest constituaient de fait une très belle affiche, a fortiori dans la salle on ne peut plus moderne de la Gaîté Lyrique. Alcest étaient là pour jouer leur dernier album couronné de succès en entier Kodama, un disque dont les thèmes faisant écho au Japon s'alliaient bien avec Vampillia, qui sont quant à eux originaire de ce pays. 


Vampillia  


Après une belle fessée au Roadburn, difficile de bouder la présence du combo japonais en ouverture du concert. Ces derniers ouvrent sur un morceau inédit. Composé pour un défilé de mode au Japon, il fait la part belle aux talents de composition de la claviériste dans un style qui rappelle Joe Hisaishi. L'influence du compositeur affilié de Miyazaki et Kitano se ressent en effet souvent dans les chansons de Vampillia, ce qui est tout sauf une mauvaise chose quant on connaît sa capacité à faire jaillir de splendides mélodies. On retrouve aussi le post rock de Godspeed You Black Emperor et de Sigùr Ros, le tout mélangé à une touche black metal suffisamment bien équilibrée pour ne pas jurer avec le reste. 



Il est vraiment appréciable qu'une vraie place soit accordée au violon et au piano dans leur musique, souvent soutenue par des riffs à la Mono par les deux excellents guitaristes de la formation. Le son est excellent, et c'est le sourire aux lèvres que nous voyons arriver le chanteur possédé du groupe, connu pour son attitude très viscérale sur scène, n'hésitant pas à sauter dans le public quitte à s'écraser sur le sol lorsque personne n'est là pour le réceptionner. Cette fois cependant, il restera relativement sage, peut être à cause des excès de précédents concerts ou la configuration particulière de la salle. 



Vocalement, il donne tout, et c'est bien ça qui compte. Les titres s'enchaînent, révélant une setlist quasi-identique à celle de la dernière tournée européenne en avril, et c'est en fait le seul vrai défaut qu'on pourrait trouver à la performance des japonais. Ils ont délivré un set maîtrisé de bout en bout, avec autant de belles mélodies que de riffs black metal cathartiques. Avec trois passages à Paris en moins d'un an, un peu de renouvellement ne ferait pas de mal, ceci dit. 



Celeste

Le concert des français ne commence pas sous les meilleurs auspices, puisque le son est assez imprécis au niveau des guitares, empêchant ainsi d'apprécier les riffs. Il y a aussi un effet de surprise, pour ne pas dire d'incompréhension, quand on constate que les lumières scéniques fonctionnent à plein régime, alors que nous étions juqu'à présent habitués à voir Celeste jouer dans un noir quasi-complet mis à part quelques stroboscopes et, bien sûr, les fameuses lampes frontales rouges portées par chaque membre, dont l'utilité est ainsi sérieusement remise en question. Là où Celeste pouvait avant se targuer d'avoir un light show original, tout à fait en accord avec sa musique sombre et malsaine, les lumières épiléptiques et claires semblent jurer avec le concert.



Musicalement leur black metal teinté de sludge prend aux tripes quand les compositions fonctionnent, ce qui n'est pas tout à fait le cas en début de set. En effet, la première moitié de la performance est concentrée sur le dernire album de Celeste, et les chansons ont du mal à totalement convaincre parce qu'elles sonnent comme une redite de ce que le combo a déjà pu proposer jusqu'à présent, mais pas avec la même réussite. Ajoutons à cela le son brouillon, et l'ennui s'installe rapidement, même si une bonne partie du public semble complètement happée par le concert.


Le Celeste qu'on préfère.

La deuxième partie du set se passe mieux, parce que le son s'améliore et aussi parce que Celeste joue des morceaux plus anciens. Mention spéciale à « d'Errances en inimitiés » dont la partie instrumentale sludge est très puissante et tire bien profit de l'accordage grave des guitares. L'enchaînement sur « Laissé pour compte comme un bâtard » est très efficace et nous montre que lorsque Celeste joue ses meilleurs titres, ils maîtrisent parfaitement leur sujet en live. Malheureusement, cette conclusion plus convaincante ne rattrape pas l'ensemble du concert, trop uniforme musicalement et avec un son un peu approximatif. Restant sur le souvenir d'un premier concert très marquant, le rédacteur attendait peut être trop de Celeste.


Alcest

C'est donc à la tête d'affiche de la soirée de prendre place sur scène. Alcest est là ce soir pour nous jouer leur dernier album en entier Kodama, qui a rencontré un grand succès auprès du public comme de la presse. En regardant derrière la console, on constate que Stéphane Azam (CROWN), leur ingé-son habituel, n'est pas là ce soir. De là à en conclure que c'est pour cette raison que le concert commence avec un son brouillon, nous n'irons pas jusque là. Mais comme Kodama est un disque axé sur les riffs de guitare, c'est un peu gênant et encore plus dans les passages où la batterie blast. 



On peut également entendre que la voix de Neige est en retrait par rapport aux autres dates de la tournée Kodama, c'est dommage. Le concert se passe bien au demeurant, notamment sur "Eclosion" avec les cris de Neige qui sont toujours aussi déchirants, clairement une des meilleure voix du black metal. Les passages délicats en son clair font toujours leur effet et la doublette basse/batterie se complète bien sur "Kodama". L'album ayant été joué en quasi-totalité sur les précédentes dates de la tournée, seule "Untouched" est jouée pour la première fois ce soir et c'est le meilleur moment de cette première partie de set. 



Après le sample de "Onyx", le groupe revient sur scène pour jouer quelques classiques comme "Souvenirs d'un autre monde" ou "Percées de lumière". Même si c'est toujours un plaisir d'entendre ces titres, cela devient un peu lassant dans le sens où ce sont toujours ces chansons qui sont choisies dans les vieux albums, alors qu'il y a plein d'autres excellents morceaux sur ces disques. L'humble rédacteur de ces lignes ayant assisté à pas moins de quatre concerts d'Alcest depuis la sortie de Kodama, une certaine lassitude se fait ressentir quand on entend "Autre Temps" ou "Délivrance" pour une énième fois. Ainsi, si Alcest a encore une fois assuré un concert impeccable musicalement, ce n'est peut être pas celui qu'on retiendra comme le meilleur du combo. Après le concert, Neige nous a confirmé qu'un set Souvenirs d'un autre monde se ferait un jour. Si cela arrivait un jour, il y a fort à parier que celui-ci pourrait devenir notre meilleur souvenir d'Alcest sur scène !

Neredude (Octobre 2018)

Photos par Arnaud Dionisio / 2018Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe

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