Leprous + Agent Fresco (Forum de Vauréal, 24/09/2018)

Après avoir silloné l'Europe l'année dernière, la doublette gagnante Agent Fresco + Leprous était de retour en France pour une date unique au Forum de Vauréal, cette fois accompagnés du groupe 22. Un plateau de qualité suffisamment appréciable pour faire le long trajet jusqu'à la salle depuis Paris.

Nous arrivons hélas à la fin du set de 22, impossible de donner un avis consistant sur leur performance. Le peu entendu révèle tout de même des musiciens très aguerris. 


Agent Fresco 

Le set des islandais commence de la meilleure des façons avec un son impeccable signé Chris Edrich. Leur musique respire, puissante et accrocheuse, laissant entendre les riffs saccadés de Þórarinn Guðnason soutenus par la batterie très musclée de Hrafnkell Örn Guðjónsson. Pour décrire ce que fait ce groupe en quelques mots, on pourrait dire que c'est la version pop de Meshuggah. Les rythmes sont donc alambiqués, mais toujours au service de la chanson, avec des mélodies qui restent gravées dans le cerveau dès qu'on les entend. Quand Þórarinn ne s'illustre pas à la guitare, il brille également au piano, toujours avec un sens de composition remarquable, mention spéciale à "Dark Water" ou "Eyes of the Cloud Catcher".



Au chant, Arnór Dan Arnarson est toujours aussi viscéral et semble combattre ses démons intérieurs sur scène. Sa voix est peut être encore plus maîtrisée que l'année dernière, et on ne relève qu'un véritable couac pendant le set. Comme lors de la dernière tournée, c'est également l'occasion pour Agent Fresco de présenter des nouveaux morceaux issu de leur troisième album à venir. Les deux chansons restent dans le registre auquel les islandais nous ont habitué, à savoir un format court, des riffs poussant le 4/4 dans ses derniers retranchements, et des mélodies pop enchanteresses. Bref, une totale réussite et nous avons hâte d'entendre ce nouvel opus.


Leprous

Le concert commence de la meilleure façon avec un magnifique solo de violoncelle par Raph Weinroth-Browne, qui est joué de manière très moderne, avec moult boucles et autres effet de delay. Dès l'entrée en scène du groupe, les musiciens nous prennent à la gorge tant l'intensité de leur performance et leur précision sont époustouflantes. Pour remplacer Øystein Landsverk, c'est Robin Ognedal, le guitariste du groupe d'Ihsahn qui a été choisi et il est pour ainsi dire parfait dans ce rôle. "Third Law" est toujours aussi efficace pour chauffer le public, où on peut entendre Baard Kolstad intégrer des fills de batterie dingues. L'addition du violoncelle est vraiment bien pensée, car elle ajoute une nouvelle dimension aux compositions, notamment sur "Lower", aussi une touche de mélancolie supplémentaire au tout, d'autant plus que le son est toujours aussi excellent et permet d'entendre l'instrument comme il se doit, sans qu'il prenne le pas sur les guitares. On peut aussi saluer la prestation d'Einar Solberg, d'une justesse et maîtrise remarquables. Il est vraiment loin le temps où il peinait à la voix sur la tournée Bilateral !



Après une sélection de titres récents, Leprous dégaine le vieux classique "MB Indifferentia" qui a été réarrangé pour l'occasion, correspondant de cette façon au combo tel qu'il est aujourd'hui, à savoir avec des sons électroniques et toujours le violoncelle en toile de fond. Une telle réussite qu'on en souhaiterait presque que cette version soit enregistrée en studio. Et c'est d'ailleurs pour ainsi dire le seul bémol qu'on pourrait mettre à un concert de Leprous en 2018 : pas assez de vieux titres. Mais il faut les comprendre, ils sont passés à autre chose. Ceci dit, la setlist se renouvelle tous les soirs depuis 2017 et révèle parfois quelques surprises. Voilà un groupe qui ne se repose pas sur ses lauriers, un effort à saluer.



C'est également l'occasion pour Leprous de jouer "Golden Years", inédit des sessions Malina sorti cette année en digital. Le titre passe parfaitement le cap de la scène, dans le plus pur style de ce que propose Leprous depuis The Congregation. Avec le recul, tout se passait jusqu'à présent comme à un concert classique du combo norvégien, à savoir excessivement bien, jusqu'au rappel. C'est à ce moment précis que la magie se produit : un beat et une ligne de basse reconnaissables entre mille. Pétard, c'est "Angel" de Massive Attack ! Une fois l'effet de surprise encaissé, c'est somme toute complètement logique, puisqu'Einar Solberg a ouvertement revendiqué l'influence de Massive Attack par le passé. Clairement, nous ne sommes pas ici dans une réinvention du classique, mais à une interprétation fidèle de la chanson dans tout ce qu'elle a de sobre, classe et génial, mais à la Leprous, avec la voix d'Einar, sensiblement différente de celle d'Horace Andy, et les fills divins de Baard Kolstad, sans oublier Raph Weinroth-Browne, décidément toujours aussi essentiel dans cette mouture de la formation. 



On peut donc dire que Leprous s'est surpassé ce soir. Les spectateurs ont assisté à un moment historique, ces minutes fugaces où une équipe de musiciens se dépasse, aussi bien dans l'interprétation de sa propre musique que celle des autres. Un grand moment de metal.

Neredude (Octobre 2018)

Photos par Marjorie CoulinToute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe

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Commentaires

CecilFawLe Mardi 09 octobre 2018 à 09H53

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