Killing Joke + Nihil Le 18/04/06 - Toulouse (Havana Café)

Ambiance des plus étranges en cette douce soirée d'avril. La faute en partie à l'organisation qui a coupé la salle du Havana café en deux, une moitié laissée en guise de fosse, l'autre étant prise par les tables et les tabourets qui l'occupent habituellement et donnant l'impression d'avoir pris place à l'intérieur d'un cabaret ou d'une boîte de jazz.
Au niveau du public, tous les âges sont représentés mais, à première vue, une grande majorité a largement dépassé la trentaine. Rien d'étonnant à celà Killing Joke fêtant par cette tournée ses 25 années d'existence.

C'est devant une salle moyennement garnie que Nihil entame son set. Groupe pilier de la scène bordelaise, le quatuor propose une prestation des plus sobres, assez correcte dans l'ensemble, mais dépourvue de vie. Malgré les nombreuses invites du chanteur à bouger, le post-rock/new wave de Nihil parvient difficilement à convaincre un public attentif mais passif qui patiente poliment pendant la demi-heure que dure le concert.

Changement d'ambiance pour Killing Joke. La salle s'est remplie assez rapidement et les quelques personnes assises ont rejoint la fosse pour réserver un accueil des plus chaleureux aux anglais qui entament leur set par "Communion", extrait de l'album Pandemonium. Coleman apparaît grimé de peintures, à la manière d'un Pierrot lunaire schizophrène, ouvrant des yeux ronds comme des billes. Même si le personnage a un peu empâté et bouge très peu, sa gestuelle de mime Marceau lui assure toujours une allure des plus impressionnante, parfois effrayante et pas que pour nous visiblement - à voir les yeux de fou qu'il lance au jeune batteur Ben lorsque celui-ci montre quelque hésitation, m'est avis qu'il ne doit pas être très facile de bosser avec un zigoto pareil. Coleman dispose d'un éventail de timbres de voix assez vaste, tantôt brutal, tantôt plus léger et passant de l'un à l'autre sans la moindre hésitation. Bien évidemment tout le set repose sur lui, son alter ego Geordie Walker, au son de guitare énorme, donnant l'impression de s'emmerder toujours autant.

Inutile de dire que le set est remarquable de justesse et de maîtrise. Les nouveaux morceaux ("Hosannah...") font évidemment mouche mais ce sont surtout les anciens qui recueillent le plus de suffrages. Anniversaire oblige, une grande place est accordée aux classiques tels que "Wardance" qui donne le ton d'un concert dont la pression ne retombera pas d'un iota et dont "The Wait" constituera de loin le point culminant. L'accent est mis sur un répertoire énergique mais assez varié qui nous permet également de vérifier que Killing Joke reste un groupe à part et que, même issu de la vague keuponne de 1977, il a su diversifier son style sans pour autant aliéner son intégrité. Ainsi, il est actuellement l'un des rares groupes à pouvoir passer sans complexe d'un morceau à forte consonnance cold ("Requiem"), à un autre plus néo industriel ("Asteroid"), sachant également surfer sur la vague électro ("White Out"), tout en nous démontrant que le métal n'a plus de secret pour lui, comme en témoigne le morceau "Pandemonium" sur lequel s'achève la prestation.

Bref, une heure dix d'un bon concert au cours duquel on aura pu vérifier que, s'il y a des groupes qui vieillissent mal, voire très mal, ce n'est pas le cas de Killing Joke, toujours efficace malgré les années. En espérant qu'il le reste le plus longtemps possible. C'est tout le mal qu'on lui souhaite.

Fragone (Mai 2006)

(A noter : les photos ont été prises lors du concert de Nantes, le 19/04)

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