Albums du moment
Pochette Full Upon Her Burning Lips
Pochette Back In Business Pochette Hvísl Stjarnanna
Chroniques
Pochette Rammstein
Pochette Syntheosis
Pochette Flub
Pochette Masses
Pochette Defeater Pochette Compromissions

Steven Wilson Paris, l'Olympia (12/03/2018)

To The Bone, le dernier album de Steven Wilson, n'a pas fini de faire parler de lui. Vraisemblablement plus pop, il comporte des morceaux vraiment réussis dans ce format, mais d'autres plutôt ratés, une première depuis le début de sa carrière solo. Les concerts de Steven Wilson ont toujours été un leçon de rock administrée avec discipline, ce soir, il s'agissait de savoir si la légende allait se maintenir.


Après la projection de Truth, un court métrage cynique au possible sur notre façon de vivre, penser et juger au XXI siècle en guise de première partie, le premier set de ce soir démarre sur "Nowhere Now". Et franchement, si l'exécution est exemplaire, le morceau est insipide et ne propose rien de vraiment intéressant, que ce soit au niveau rythmique ou mélodique. Et c'est ainsi que nous allons passer la majeure partie du concert, embarqués dans une montagne russe émotionnelle, avec ses embardées et ses ratés. On aurait pu avoir un carton plein sur le mélancolique et pop "Pariah", mais les samples, diffusés sur une sono à l'arrière de la salle, sans doute pour créer un effet stéréo, sont réglés tellement forts qu'ils font sursauter et masquent la musique jouée par les musiciens (sur "Home" également). Un comble pour un ingénieur-son de renommée comme Steven Wilson et une salle légendaire comme l'Olympia, sans compter le prix prohibitif du billet.* La situation est d'autant plus ubuesque qu'à part ce problème, le son est relativement bon, et que ledit sample ajoute relativement peu de matière au morceau, et ça sera le cas pour la quasi-totalité des samples utilisés ce soir. Leur utilité véritable pose question.



On continue sur les déceptions avec le batteur Craig Blundell, qui est doué techniquement, mais avec un jeu transparent et inintéressant au possible. On a certes droit à quelques plans spectaculaires sur les morceaux prog', notamment les reprises de Porcupine Tree, mais le reste ne marque guère l'esprit. Marco Minneman est donc toujours vivement regretté. C'est moins le cas pour Alex Hutchings, qui assure une performance tout à fait adaptée à la musique jouée et techniquement élaboréeà la guitare. Ne soyons pas mauvaise langue, Steven Wilson nous a aussi gâté ce soir, avec des perles prog comme "Home" et son riff inspiré de Meshuggah (inspiration qu'on retrouve dans beaucoup de morceaux metal de Steven Wilson) ou "Ancestral", un terrible odyssée de 9 minutes construit avec minutie et qui gagne en tension dramatique en live, confirmant au passage que le britannique est toujours un très bon chanteur et frontman.



Après un entracte, le groupe revient sur "Arriving Somewhere but Not Here", qui distille une mélancolie exacerbée. Cette chanson déploie une vraie dynamique, et des arrangements qui ont beaucoup plus de personnalité qu'une bonne partie des morceaux de Steven Wilson sur son dernier LP, hélas. Puis vient sans nul doute le moment le plus gênant du concert, avec la controversée "Permanating". Avant le morceau, nous avons donc droit à une harangue sur le fait que "la pop c'est bien", que "c'est dommage de ne pas aimer ce genre par principe, alors que des groupes géniaux comme The BeatlesABBA ou Depeche Mode font de la pop". Merci Steven, on était au courant ! Ce que tu n'as peut être pas compris, c'est que tu as toujours eu la pop dans ton son, qu'on entendait déjà sur "Lazarus" ou "Postcard" par exemple. Si les gens critiquent ce morceau, c'est parce qu'il est considéré comme médiocre, point à la ligne, et aussi qu'il y a eu la preuve sur ce même album que tu pouvais écrire de bons morceaux pop comme "Pariah" ou "Song of I". Il faudrait donc peut être changer son fusil d'épaule. Steven enchaîne en demandant au public (assis) de se lever et de danser, et c'est parti pour quelques minutes de gêne. En plus de sa ligne de chant de qualité discutable, des couleurs flashy sont projetées en lieu et place des habituelles belles images auxquelles Wilson nous a habitué, comme s'il voulait troller son public en jouant la carte du mauvais goût jusqu'au bout. 



"Song of I" permet d'oublier ces errements, avec un rythme simple mais terriblement efficace couplé à des arrangements qui rappellent Massive Attack. Il faut noter qu'à l'entracte, il était possible de descendre dans la fosse, un choix payant étant donné que le son y était bien meilleur, sans sample surmixé intempestif pour nous pourrir les oreilles. Sur "Vermillioncore", Alex Hutchings offre un solo utilisant le flanger avant un brio rare, ce qui mérite d'être salué.



Le concert touche à sa fin, et c'est le bouquet final : "Sleep Together" sert toujours d'épilogue lancinant, une sorte de "Kashmir" dépressif. Si le groove de cette chanson est toujours appréciable, la lassitude commence à se faire ressentir, puisque c'est maintenant la troisième fois que Wilson choisit de jouer cette chanson de Fear of a Blank Planet, un peu de changement ne ferait pas de mal. C'est chose faite avec "Even Less" jouée en rappel, par un Steven Wilson seul sur scène avec sa PRS. Ou comme une façon de rappeler que Porcupine Tree, c'était beaucoup les autres mais surtout lui. De fait, le titre tient bien la route en guitare/voix, avec ses riffs qui n'auraient sans doute pas existé sans Rush. C'est le moment du dernier speech et le songwriter évoque l'euphorie que provoque l'écoute de musique mélancolique, dépressive, se rappelant avoir été fasciné par Pornography de The Cure, dont les premières paroles prononcées par Robert Smith sont "It doesn't matter if we all die". C'est bien évidemment pour introduire "The Raven That Refused to Sing", une chanson qui est elle aussi collée aux setlist de ses concerts depuis 2013, mais comment faire la fine bouche face à une de ses plus grandes réussites de composition, une longue plainte endeuillée. Steven Wilson aura donc marqué et perdu des points dans ce match à l'Olympia. Il en ressort vainqueur tout de même bien sûr, car ses réussites, à l'heure actuelle, dépassent de loin ses errements. Il sera de retour dans la même salle en juillet, espérons avec une setlist différente, sans problèmes de son.

* La son était visiblement meilleur en fonction de l'emplacement dans la salle. Mais en tout cas à l'arrière des gradins, la situation sonore était désagréable au possible. Difficile de savoir s'il faut plus blâmer le groupe ou la salle sur ce sujet. On relèvera néanmoins que les problèmes de son sont récurrents à l'Olympia.

Neredude (Mars 2018)

Photos par Florian Denis (site web // facebook

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

tony_akerfeldtLe Samedi 31 mars 2018 à 18H05

J'étais au concert de Lille, qui a suivi ce concert. Aucun probleme de son, mais exactement le meme ressenti sur le reste, et le meme moment genant sur permanating. D'ailleurs au final, il devait y avoir 2 tordus à danser, mais le reste de la foule n'a pas donné l'impression de kiffer..

chris17Le Lundi 26 mars 2018 à 17H15