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Dodecahedron, Eryn Non Dae, Zhrine... (17/02/2018, Concertzaal De Casino, Sint Niklaas, Belgique)

L'entrée dans le complexe, qui contient un restaurant en plus de la salle de concert, fait découvrir une installation très moderne, avec une sono imposante et une salle pouvant contenir, à la louche mille personnes. Le bar est séparé de la scène par un mur avec des arches, qui sont couvertes par des rideaux rouges. Pour un peu, on se croirait dans la Black Lodge de David Lynch. Le premier groupe When Plagues Collide a déjà joué, et il doit y avoir à peu près 25 personnes dans la salle. C'est maintenant à Eschatos, groupe letton, de monter sur scène. 

Eschatos

On se sent un peu mal pour eux, étant donné que la salle est pour ainsi dire, immense, et le public ne dépasse pas trente personnes. Mais cela n'a pas l'air de les déranger. La formation déploie un metal progressif avec un vernis extrême. Malheureusement, les riffs joués peinent à convaincre, et on aurait du mal à se rattraper sur le clavier, étant pour ainsi dire inaudible.



La chanteuse se démarque avec un timbre grave sur un chant clair bien exécuté. La vocaliste s'essaye parfois au growl, avec succès, mais la gêne n'est pas loin quand elle se met à pousser des cris suraigus, comme pour mettre un accent sur une partie précise de l'instrumental. Mais ça ne s'intègre, de fait, pas vraiment aux compositions. Idem concernant les monologues qui sont trop longs et forcés.



En fait, tout est un peu laborieux dans ce set. A croire qu'ils se forcent à densifier leurs chansons pour se prouver qu'ils savent écrire des chansons élaborées. Ces arrangements travaillés manquent de mordant, de lourdeur pour être vraiment efficaces, à moins que ça ne soit un problème de son. En tout cas, les musiciens n'en démordent pas malgré la faible affluence, à commencer par la chanteuse qui se met dos au public pour danser sur les parties instrumentales. Eschatos n'a donc ni vraiment déçu, ni impressionné. Tout porte à croire que le groupe se cherche encore, et qu'ils ont devant eux une certaine marge de progression.




Zhrine

Avec un unique album, Zhrine s'est affirmé comme un pilier de la scène black metal islandaise. Prenant des influences aussi bien chez les groupes de black norvégiens que chez Ulcerate, ils n'oublient pas non plus leurs racines,  avec quelques accolades à leurs compatriotes Sigur Ros



Pendant cinquante minutes, les islandais vont être entièrement dédiés à reproduire avec fidélité et intensité le chaos maîtrisé qu'on retrouve sur Unortheta. Dès le début du set, le son est excellent et permet aux compositions de prendre toute leur dimension, même si la batterie est franchement en retrait dans le mix depuis le début de la soirée. On notera la présence d'une contrebasse électrique en lieu et place d'une basse, ce qui donne un son tout particulier à leur spectre bas, un moelleux qui rappelle les basses fretless de la scène death floridienne (CynicAtheist, et Death bien sûr). C'est un choix bien pensé, car on entend très bien la contrebasse, qui ne piétine pas sur les plates bandes des guitares dans le son, comme trop souvent. 



Ce soir, Zhrine fait son premier concert en Belgique, et ils ont l'air authentiquement contents d'être là, malgré la petite quarantaine de personnes dans la salle. En dépit de leur jeune âge, l'interprétation est excellente, ce qui est loin d'être un standard dans les groupes islandais (cf:  Wormlust). L'usine à riff fonctionne à merveille, avec une grosse louche de dissonance / mélodie désolée à la Gorguts et surtout Ulcerate. La ressemblance avec le groupe néo-zélandais se note également dans la voix, mais il serait injuste de crier au plagiat. En effet, Zhrine arrive, là où Ulcerate a échoué sur son dernier album, à épurer les arrangements pour en tirer la substantifique moelle dans ces compositions. Il faut aussi mentionner que les islandais arrivent à créer des ambiances tout à fait prenantes en son clair, en picking ou à l'archet.



Le concert passe bien vite, et c'est déjà le moment pour le groupe de se retirer. Devant le mécontentement du public, le chanteur plaisante "C'est parce que j'aime vous voir souffrir". Zhrine finit son set sur "Unortheta", morceau épique s'il en est. De fait, il n'y a pas grand chose à redire du groupe sur scène, le tout reste de savoir si la réussite continuera sur album.

Virvum

Le set de Virvum a été mis a profit pour nous sustenter. Nous avons cependant vu la deuxième moitié du set, qui révélait un death technique très chargé, un peu comme si Chuck Schuldiner période Sound of Perseverance avait pris trop de speed.

C'est excessivement bien joué, mention spéciale pour le bassiste qui a une technique hallucinante, avec un son bien claquant. Finalement, on a le sentiment que c'est le chanteur qui fait un peu tâche dans cette bande de musiciens très accomplis. Son growl n'est pas spécialement satisfaisant à entendre sur ce genre de musique. Un bon set, mais trop surchargé pour marquer plus de points.



Eryn Non Dae

On voit trop peu Eryn Non Dae en France, c'était donc un plaisir de les retrouver ce soir. Malgré deux excellents albums (dont un sorti chez Metal Blade), ils restent assez confidentiels, et c'est bien dommage.  A l'approche de la sortie de leur nouvel album Abandon of The Self (chez Debemur Morti), on pouvait s'attendre à entendre des nouveaux titres, et ça n'a pas loupé : pas moins de cinq nouveaux morceaux sont joués, qui révèlent une orientation dans la continuité de Meliora, mais avec un côté expérimental plus poussé. On peut notamment citer un long passage en spoken word, avec les instruments qui sont logiquement en retrait, laissant l'espace à la voix pour pleinement s'exprimer. Que l'influence soit ou non revendiquée, il est difficile de ne pas penser à Neurosis à l'écoute, particulièrement avec le jeu du batteur, et la voix du guitariste/chanteur qui sonne comme celle de Dave Edwardson, venant accentuer celle du chanteur principal Mathieu Nogues, d'une manière très semblable aux américains. 



Au niveau de l'interprétation, les musiciens sont calés à la note près, mais il y a quelque chose dans le son qui ne le rend pas pleinement satisfaisant, ça manque un peu de puissance. Cette impression est confirmée quand Eryn Non Dae lâche "Hidden Lotus", un des meilleurs titres de Meliora, et l'éruption d'énergie qu'on trouve sur la version studio n'est pas vraiment restituée ici. Peut être est-ce parce que l'un des guitaristes joue le petit motif de notes associé au morceau plutôt que de doubler le riff principal avec son confrère ? C'est là toute la difficulté de devoir reproduire sur scène avec deux guitares ce qui est joué par une nuée de six-cordes sur album. Ce n'est sans doute pas innocent si des groupes comme Cult of Luna tournent avec trois guitaristes depuis des années. On sent aussi une gêne chez les musiciens, qu'affiche le batteur en faisant de grands gestes de mécontentement pendant les temps morts. (Explication plus bas)



Et pourtant, il y a une intensité, une tension dans ce concert, qui est palpable, et difficile à décrire avec des mots. On voit rarement un groupe autant jouer sur les nuances et les textures sonores. Les nouveaux morceaux ont une forme d'abstraction qui les rend parfois difficiles à saisir. Il n'y a pas vraiment de riff qui se répète, l'auditeur est désorienté, dans le bon sens du terme. On peut également noter un morceau qui est uniquement basé sur le rythme joué par la basse et la batterie, sur lequel s'ajoute des sons de guitaire fantômatiques joués à l'e-bow, dont le final explosif a été le climax du concert.



Eryn Non Dae n'oublie pas non plus de jouer deux chansons de l'épileptique Hydra Lerneia, sorte de compromis parfait entre Meshuggah et The Dillinger Escape Plan. La formation aura révélé une évolution intéressante au cours du set, le nouvel album étant complètement différent et moins rentre-dedans. Jouer ces chansons devant un public qui ne les avais jamais entendu était osé, et cette prestation donne envie de se plonger encore plus dans leurs albums. On peut imaginer que le concert aurait pu être encore plus captivant si ça n'avait pas été le premier depuis un an et demi pour le groupe, a fortiori avec des problèmes techniques dans les retours et l'absence de balances dignes de ce nom pour eux. Affaire à suivre.


Dodecahedron

Les hollandais s'étaient démarqués comme un groupe de black à suivre avec attention grâce à leur premier album sorti en 2012. Cinq ans plus tard et le split d'Exivious consommé (autre excellent groupe de Michel Nienhuis), Dodecahedron a lâché un des plus beaux et sombres disques de 2017, un diamant noir poli avec un travail d'orfèvre. Malgré leur signature chez Season of Mist, ils n'ont toujours pas joué en France depuis le temps, leur set était donc attendu.



Que dire, si ce n'est que leur propos prend parfaitement forme sur scène. Les musiciens sont affûtés comme des rasoirs et leur déluge de note complexe est restitué à la perfection, avec l'énergie du live en plus, tout en headbanguant comme des forcenés. Leur nouveau chanteur William Van De Voort tient la scène admirablement, et sa voix d'écorché tient toutes ses promesses avec une hargne, un mordant qui asphyxie.



Le son est puissant et assez précis pour restituer la musique dense et exigeante de Dodecahedron. On peut seulement regretter que les basses soient un peu trop mises en avant dans le mix, au détriment des aigus des guitares. On peut aussi noter que les compositions gagnent en clarté par rapport aux versions studio, sans doute parce que les deux guitaristes ne suffisent pas pour reproduire l'ensemble des parties de six cordes de l'album. Ce n'est pas un mauvaise chose, car cela permet de profiter des riffs en détail, en donnant une expérience d'écoute sensiblement différente du disque pour le spectateur. La setlist est axée sur kwintessens, qui passe comme une lettre à la poste sur scène avec de nombreux passages écrasants propices au headbang. Ce sont sur ces passages qu'on profite de la basse, qui renforce les attaques des guitares et de la grosse caisse comme il se doit.



Le concert se termine avec les deux premières parties de "View From Hverfell", qui prouvent que le groupe peut manier la mélodie avec autant de maestria que la dissonance, avec un morceau catchy qui ne perd rien en intérêt au niveau rythmique sur la partie 1. "Icosahedron - The Death of Your Body" est le morceau idéal pour terminer ce set intense, nous rappelant que l'existence est fugace. En bref, Dodecahedron domine complètement son art sur scène, parvenant à ne pas être juste un groupe de black pour intellos. Même s'il serait réducteur de les limiter à cela, ils sont probablement un des groupes les plus proches de Deathspell Omega à fouler la scène. Tout amateur de ce genre de son a donc intérêt à les voir, s'il peut se le permettre. Espérons qu'un passage en France se fera !

Neredude (Mars 2018)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2018 Deviantart
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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