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Persistence Tour 2018 Torhout, Belgique

Arrivée tôt pour réaliser des interviews et régler les appareils à la lumière des spots, c'est dans une salle de sport vide, aux murs bétonnés et avec les lignes de marquage tracées sur un sol synthétique que l'équipe de Metalorgie découvre ce qui va être l'un des plus grands concerts hardcore européen de 2018. Des photos de l’événement ainsi que les interviews de Power Trip et Terror seront disponibles très prochainement.

Venu des alpes autrichiennes, les quatre thrasheux mode keupons d'Insanity Alert ouvrent le bal devant une foule encore clairsemée. Le public vient tout juste d'arriver et est pour l'heure situé à l'arrière du gymnase en train de s'approvisionner en boisson surement houblonnée et de jeter un œil aux stands de merch qui proposent des rideaux de petites étoffes de tissus noirs frappés de blasons aux allures guerrières et urbaines. Devant les psaumes bestiaux vociférés par ce petit homme aux airs dégingandés et à la silhouette gauche, les masses  se rapprochent au gré des notes qui volent et du temps qui file. Insanity Alert nous a ainsi proposé un show à leur image, décalé, parfois même humoristique, infusé dans l'imagerie des années 80/90, là où ils tirent leurs influences. Un Thrash/punk oldschool très rythmé, une énergie festive qui balance et sans aucune once d'agressivité. Kevin, (Heavy Kevy) le chanteur du groupe tyrolien s'est souvent adressé au public par le biais de grandes pancartes véhiculant des messages et des paroles, notamment leur reprise/détournement d'Iron Maiden, Run to the pits, Mosh for your life.

Vers la fin du show la salle s'est considérablement remplie et c'est devant une scène bondée, que le public applaudit massivement. Autant dire que c'est mission facile pour Broken Teeth! de dérouler son set devant un public déjà chaud. Les Mancuniens font ce qu'ils savent faire, un hardcore froid, basique, sans aucune fioriture ou tentative de développement harmonique. L'équivalent musical d'un coup de poing sur le béton. Autant dire que c'est un peu compliqué de passer après toutes les facéties autrichiennes venues précédemment, et que le public s'est considérablement refroidi, mais quelques fans qui sont venus pour du hardcore brut y ont surement trouvé leur compte. Juste ce qu'il fallait à Born From Pain pour démarrer leur prestation. La première chose qui frappe est que les deux derniers groupes sont sur le même ring, mais ne boxent pas dans la même catégorie. On reconnait chez les Néerlandais une recherche musicale un peu plus poussée qui rend leurs morceaux plus prenants, et donc dans un concert, plus efficaces. Tout comme Heavy Kevy d'Insanity Alert, le chanteur s'exprime en néerlandais entre les morceaux, ce qui ravit une bonne partie du public, mais m'empêche de vous narrer ce qu'il s'est dit. Quoiqu'il en soit, la foule réactive, semble avoir apprécié ces récits virulents de témoignages d'injustices sociales (comme me l'a vaguement signifié dans un anglais approximatif, ma voisine de pit, traductrice de fortune) Juste ce qu'il faut pour commencer à entrer dans le vif du sujet.

Dans un style un peu plus varié que ses deux précédents comparses, les Texans de Power Trip montent sur scène et font bouger des nuques dès les premières notes. Le public très réceptif ne se trompe pas sur la fureur sonore qui rugit alors dans la salle De Mast de Torhout. Le show est très intense, et les morceaux très rapides, bien plus que leurs équivalents couchés sur substrat de polycarbonate recouvert de fines pellicules rondes de métal et d'acrylique. L'acoustique qui se dégage de cette salle aux murs bétonnés ne rend malheureusement pas honneur aux guitares saturées d'effet de ce premier groupe américain, ça ne les empêche toutefois pas de communier littéralement avec un public transi. Visiblement ce mélange savant de thrash hardcore ne laisse pas indifférent la plèbe, ce qui laisse présager de très bonnes augures pour leur futurs concerts en France (lire l'interview à paraître prochainement). Leur prestation se finit sous une salve d'applaudissements et Riley, chanteur de Power Trip qui annonce "We're Power Trip from Dallas, Texas. We shoot presidents, we don't vote for them" petite pique à 45 et belle référence à la Dealey Plaza.

Après une courte attente qui a paru bien longue c'est au tour des Californiens de Terror d'entrer en scène. On peut cette fois le dire sans hésiter une seule seconde, la salle est archi pleine.  Plus que du chant, c'est du feu qui sort du micro de Scott Vogel et ses acolytes. Il y a de l'énergie, de la puissance, un son parfait, et le public qui suit. Toutes les conditions sont donc réunies pour un show qui restera longtemps dans les mémoires. Ils ont joué très peu de morceaux issus de the 25th Hour, leur dernier album, pourtant très bon mais en même temps quand on ouvre avec Keep your Mouth Shut, et qu'on a des titres comme Overcome,  Spit My Rage, Keepers of the Faith ou Always the Hard Way, et seulement trente minutes de set,  il est difficile de caser d'autres chansons, aussi bonnes fussent elles. Après avoir fait défiler les minutes telles des secondes viennent les deux derniers morceaux avec des guests venus de Born from Pain et d'Insanity Alert au chant. Vient ensuite le silence, et l'impression de s'en être pris comme toujours avec eux,  plein la musette.

Dernier groupe avant la tête d'affiche, c'est maintenant Madball qui tient les planches. Le groupe de New York a commencé un bon quart d'heure en retard par rapport a l'heure prévue, sans raison apparente ou sue. Suite au départ après dix sept années de service, de Brian Daniels, en octobre dernier, c'est Dominik Stammen, le guitariste de Born from Pain qui se tient aux cotés de Freddy Cricien, Hoya Roc et Mike Justian. Et … ça devait être un jour sans ? Freddy était tout le temps en retard sur les instruments. Peut être un manque de sensations ou de retour ? Mais le fait est que sur l'une des chansons Jordan Posner, le guitariste de Terror était, lui, calé. Etrange. Quelques multiples pertes de baguette de la part de Mike, bref inhabituel. Ce n'était pas catastrophique non plus, et parfois la magie opérait, mais comparativement à des concerts passés ou aux deux précédents groupes qui ont envoyé la soudure sévère, les New Yorkais étaient quelques crans en dessous. Leur setlist était somme toute traditionnelle, mis à part Pride qui manquait dans le lot.

C'est finalement au tour de  Jamey Jasta et ses compagnons d'arriver sur scène. Autant dire que l'ambiance est électrique et que l'attente a été longue. Visiblement le reggae/hip hop entre Madball et Hatebreed n'était pas au gout de tout le monde et ils l'ont fait savoir. A l'arrivée des américains ça a donc été un grand moment de délivrance. Et quel show ! Tout est réglé comme du papier à musique ; le son, rond, puissant, équilibré, massif. Les enchainements ; les musiciens ne se regardent même pas entre les morceaux, ni ne marquent la mesure pour démarrer. Connaissant surement leur set par cœur, c'est comme s'ils déroulaient une seule et même partition en respectant les silences. Leurs chansons, qui sont terriblement efficaces en live. Et l'intention. Tout est mis en œuvre pour avoir un rendu maximal, se faire secouer les têtes et se faire mouvoir les corps. Des temps forts des morceaux, des accents rajoutés en live, et des petites bribes de discours énoncés par sieur Jasta dans les quelques brèves interludes. Au final c'est un rendu assez surprenant qui fait se mélanger un immense professionnalisme à une impression d'avoir été calibré, un peu comme si ce raz de marée auditif et sensitif, pourtant bel en bien présent, palpable même, était quelque part artificiel. Il aurait fallut, histoire de vérifier, enregistrer deux dates différentes de cette tournée, les superposer et jouer au jeu des sept erreurs. En tout cas, cette prestation était très impressionnante et c'est une véritable performance qui a été réalisée, bref, un show à l'américaine.

De cette soirée il sera retenu un set magistral d'Hatebreed ainsi que de Terror, tous les deux au top de leur forme. Power Trip qui, de plus en plus, se fait apprécier à sa juste valeur et se fait reconnaitre comme l'étoile montante des années à venir. Une bonne mise en bouche avec les trublions d'Insanity Alert et les trois autres groupes qui n'ont pas démérité, même si Madball a légèrement déçu, mais qui souffrent de la comparaison implicite avec ce qui se fait de mieux en hardcore à l'heure actuelle. On espère sincèrement avoir droit à une aussi belle affiche l'année prochaine et que la tournée passera cette fois en France.

 

Maxwell (Février 2018)

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