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Laibach au Trabendo Paris (24/11/2017)

La sortie d'un album de Laibach est toujours un événement immanquable pour tout amateur d'indus, ou même de rock expérimental ou tout simplement osé, surtout du fait que les Slovènes parviennent toujours à ancrer leurs compositions dans l'actualité mondiale, quand ils le souhaitent. Pourtant, cette fois, Also Sprach Zarathustra n'est qu'un album influencé par le livre de Nietzsche, philosophe dont l'oeuvre est irrémédiablement liée à la doctrine du Neue Slovenische Kunst (NSK, mouvement artistique slovène allant jusqu'à se revendiquer comme un Etat, dont Laibach est l'expression musicale.). L'album étant de qualité, il y avait de quoi être impatient quand à sa transposition sur scène.


Point de première partie avec Laibach, et c'est mine de rien très appréciable. Chaque concert du combo slovène est un manifeste du NSK, et il serait assez illogique de retrouver en ouverture un groupe qui ne partage pas leur vision. Cela leur laisse par ailleurs un temps de set plus long pour déployer pleinement leur univers sur scène. Also Sprach Zarathustra est un album très minimaliste, qui penche vers le dark ambient. Il y avait donc un risque que ce concert soit mou et ennuyeux. Mais réinterpréter des arrangements studio n'est certainement pas une démarche qui ressemble à Laibach, nous avons donc droit à des compositions réarrangées pour le live. Ainsi, on remarque vite le rôle prépondérant du batteur dans la rythmique, alors que la batterie était complètement absente de l'album. Les nouveaux titres prennent une forme toute particulière sur scène, sorte de mélange entre dark ambient et trip hop vénéneux à la Massive Attack période Mezzanine. Du lourd donc, et on peut d'ailleurs noter que le dernier concert de Laibach à Paris en 2015 laissait déjà entendre une touche trip hop.



Au niveau scénique, Laibach met les petits plats dans les grands avec pas moins de cinq écrans (qui sont plutôt de grandes bâches blanches que de véritables écrans, d'ailleurs) disposés derrière et sur les côtés de la scène, sans doute dans l'idée de couvrir tout le champ de vision du spectateur. La configuration du Trabendo fait que cela ne fonctionne pas totalement à certains emplacements de la salle, mais l'effet est là malgré tout et l'effort tout à fait honorable. Encore plus important pour un concert : le son, quoique pas très puissant, est d'une précision chirurgicale admirable, qui permet d'apprécier le concert de façon optimale. Ce point n'étant malheureusement pas toujours acquis en concert de nos jours, il convient de le noter, et de saluer ce professionnalisme. La setlist est elle diablement bien agencée, avec les titres les plus accrocheurs du nouvel album joués en début de set pour captiver instantanément le public, comme "Ein Verkündiger". Pour reproduire les bruitages de couteau entendu sur une des chansons, Milan Fras aiguise de véritables (et énormes) couteaux sur scène. Eh quoi, les samples, c'est pour les faibles ! Ledit Milan est d'ailleurs très en voix ce soir, beaucoup plus qu'il y a deux ans. Son chant grave et martial fait donc mouche à chaque phrase chantée ou parlée.  



De fait, cette formation live du groupe est beaucoup plus orientée rock/metal que l'album Also Sprach Zarathustra, avec donc le batteur qui a un jeu très musclé, et un guitariste qui ajoue une couche de noise et de distorsion tout à fait appropriée aux morceaux. Laibach pêche d'ailleurs par excès de zèle en injectant beaucoup de bruits industriels à "Von Gipfel zu Gipfel", morceau très groovy dont la version studio tirait un certain charme de ce dépouillement. Pas de quoi faire sortir le spectateur de sa transe ceci dit. A la moitié du set, la chanteuse Mina Špiler monte enfin sur scène, chose logique étant donné qu'elle ne chante que sur une paire de titres du dernier opus de Laibach. Alors qu'elle nous envoûte avec sa très belle voix, Milan se retire de la scène, un choix intéressant pour laisser à chaque chanteur toute une portion du concert pour s'exprimer en solo sur scène, avant un final à deux voix, avec des classiques du groupe.



Avec un son impeccable tout le long du concert, et des musiciens qui ne laissent rien au hasard, Laibach est parvenu à tisser deux univers biens différents dans le même concert, sans perdre en cohérence : dark ambient / trip hop au début pour finir sur l'indus protéiforme qui les a rendu célèbre, le tout avec une maîtrise exemplaire et des arrangements soignés. (Voix robotiques à la Kraftwerk sur "Hell: Symmetry" et rythmiques façon Killing Joke des 90's / Ministry sur "Bossanova"). 



Il n'y à rien à dire, presque quarante après sa formation, Laibach est toujours au sommet de son art, en studio comme sur scène, pourvu que ça dure. Gloire au NSK !




Neredude (Décembre 2017)

Photos : Arnaud Dionisio / © 2017 Deviantart
Toute reproduction interdite sans autorisation écrite du photographe.

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