SinHeresy, Cellar Darling, Lacuna Coil le 28/11/2017 au Métronum (Toulouse)

Après un dernier album selon moi en demi-mesure, les Italiens de Lacuna Coil viennent en découdre sur scène pour plusieurs dates en France, bien décider à prouver que Delirium est plus taillé pour les planches que pour la platine. Alors, l'épreuve du live est-elle une réussite ? A moitié. Ce mardi 28 novembre fut en quelques sortes la soirée des "oui, mais...".

SPM est fidèle à ses habitudes : orga au poil et ponctualité exemplaire. SinHeresy commence ainsi à 20h pile, par une intro samplée qui mélange orchestrations grandioses et beats Electro. Puis le groupe entre en scène et on constate que deux vocalistes vont se partager le chant, une femme et un homme, à l'instar de leurs compatriotes en tête d'affiche. D'entrée de jeu, on sent que SinHeresy est une formation qui joue par passion : malgré les 25 petites minutes qui leur sont attribuées, les Italiens sont tout sourire et semblent content d'être là. La chanteuse, qui parle un français correct (teinté d'un accent exotique tout à fait charmant, tout le monde sourit lorsqu'elle évoque "notre nouvel alboum"), ne manque pas de nous faire savoir toute leur joie. Musicalement, le combo envoie un Metal dynamique facile d'accès (pour ne pas dire pré-mâché), une sorte d'Amaranthe avec une dimension un poil plus "symphonisé", peut-être proche de Visions Of Atlantis à cause de la dualité des chants. Simple mais efficace.
Oui, mais...
On sent clairement que le groupe n'est pas encore professionnel. SinHeresy ne propose que très peu de jeu de scène et n'arrive à aucun moment à déclencher un début d'ambiance dans la foule (qui ne les connait pas, il faut le dire). Les guitares sonnent sans relief, et on n'entendra la basse que lors d'un court solo en slap. Lorsque les deux voix sont à l'unisson ou en harmonie, on sent un léger décalage dans la justesse de l'une ou de l'autre, presque imperceptible (d'ailleurs indécelable quand il n'y a qu'une seule personne qui chante), mais juste assez pour faire tiquer. Additionnés, ces petits riens donnent une image quelque peu "amateur", ce que sont probablement les cinq membres de SinHeresy. On ne leur en tiendra pas rigueur, convaincus par la bonne volonté du combo, ainsi que par la technique du batteur qui ne passera pas inaperçue.

Après un changement de plateau d'à peine vingt minutes, la lumière s'éteint à nouveau et le trio Cellar Darling fait son entrée. Trio ? Formé officiellement par Anna Murphy (chant), Ivo Henzi (guitares) et Merlin Sutter (batterie) suite à leur sortie d'Eluveitie, on aperçoit en fait un quatrième membre à la basse qui complète le groupe pour la formation live. Néanmoins, l'homme est encapuchonné, en retrait, dans le champ d'une machine à fumée, et ne sera pas présenté. On n'en saura donc pas plus.
Cette fois le son est meilleur, la présence scénique est mieux travaillée, le running-order laisse 40 minutes aux Suisses pour s'exprimer, tout est carré.
Oui, mais...
C'est sûrement lié à mes goûts personnels, mais Cellar Darling ne me fait ni chaud ni froid. Enfin, plutôt froid que chaud... Leur mélange de Metal énergique aux tendances dissonantes et de Art Rock avec vielle à roue et flûte traversière me semble délibérément "trop hipster pour toi", volontairement hautain. Malgré une belle interprétation, Cellar Darling me perd un peu dans leur "nouvelle vague Folk Rock", comme ils l'appellent eux-mêmes (et franchement, rien que cette appellation, y a que moi qui trouve ça prétentieux ?).

Quand la salle s'obscurcit à nouveau et que les conversations s'arrêtent, une inquiétante sirène retentit alors que deux gros gyrophares rouges envoient leurs lumières tamisées de part et d'autre de la scène. L'ambiance "asile de fous" est posée, correspondant bien avec le thème du dernier album de Lacuna CoilDelirium. Pour ne pas dénoter, les membres du groupe entrent sur scène tous habillés en blanc maculé de rouge, dans le plus pur style "camisole de force".
Les Italiens commencent étrangement leur show avec le dernier titre de Delirium, pourtant anecdotique à mes yeux. Mais qu'à cela ne tienne, très vite il est évident que le son est le meilleur de la soirée, et que le combo est parfaitement rôdé et prêt à être efficace. Les titres issus du dernier album s'adaptent bien à la scène, comme prévu, et Lacuna Coil en profite pour jouer environ deux-tiers de l'opus, soit 7 titres. Il est bon de noter qu'ils auront l'excellente idée de jouer les pistes les plus intéressantes (Ghost In The Mist, Downfall), et que les titres oubliés font parties des pistes les plus dispensables du disque. Le groupe ajoute aussi à sa setlist des titres plus vieux, principalement axés sur leurs singles incontournables (Heaven's A Lie, Swamped, Our Truth, Nothing Stands In Our Way, la très réussie reprise de Enjoy The Silence (Depeche Mode)). De quoi contenter tout le monde, d'autant plus qu'à l'instar de Cellar Darling, l'interprétation est parfaite : pas de couacs notables (y compris sur les quelques leads de guitare, joués par des guests sur Delirium), et les deux vocalistes sont en grande forme (la justesse et le coffre de Christina Scabbia m'a vraiment scotché). Quant au jeu de scène, il est simple mais interessant, basé sur les deux meneurs, même si on remarquera que le batteur se lève régulièrement (quand il ne joue pas !) pour haranguer la foule, debout en équilibre sur son tabouret et sa caisse claire ou son tom-basse. Les costumes blancs assortis et les peintures sur le visage des trois musiciens font aussi leur petit effet. En bonus, un gros bonhomme de neige et un sapin de Noël apparaissent sur les bords de la scène pour illustrer Naughty Christmas en début de rappel.
Oui, mais...
Lacuna Coil est, tristement, sujet à un problème opposé à celui de SinHeresy : ils sont devenus "trop" pros. Pas de sourire au public (ni entre les membres du groupe), pas de vrai dialogue avec les gens (les quelques interventions entre les titres sont très générales, pas interactives, et donnent une impression de "par coeur")... Le concert dure pile poil une heure, comme s'il s'agissait d'assurer un minimum syndical, puis vient s'ajouter un conventionnel rappel de trois titres. Mais le pire se passe derrière nous, au stand de merch : les disques de Lacuna Coil ne semblent être disponibles qu'en version déjà dédicacée, à 25€. Et pour faire signer son album préféré qu'on apporté avec nous, il va falloir passer à la caisse : un écriteau indique que les 50 premières personnes à acheter du merch recevront un ticket garantissant une rencontre avec le groupe après le concert. Peut-être peut-on y voir l'assurance de pouvoir discuter avec ses idoles, mais j'y vois plutôt une démarche qui pousse à l'achat. Lacuna Coil donne l'impression d'avoir perdu sa passion, d'être sur scène parce que c'est leur métier, et c'est tout. Malgré leur très bon concert, l'état d'esprit n'en reste pas moins triste.

Zbrlah (Décembre 2017)

Merci à SPM pour leur accueil !

Partager :
Kindle
A voir sur Metalorgie

Laisser un commentaire

Pour déposer un commentaire vous devez être connecté. Vous pouvez vous connecter ou créer un compte.

Commentaires

Pas de commentaire pour le moment