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Klone + Cancel The Apocalypse American Cosmograph (Toulouse)

Le rendez-vous était pris le mardi 27 juin pour un concert qui pourrait s'avérer être le plus intimiste et original de l'année. Tout d'abord, j'ai tiqué quand j'ai lu que la soirée avait lieu à l'American Cosmograph. C'est pas un cinéma ça ? Si, complètement. Toujours septique, je pénètre donc dans la salle 1 de ce cinéma d'art et d'essai. Lumière tamisée, sièges en feutre rouge sombre, petite jauge, l'ambiance promet d'être à la proximité et le choix de l'endroit devient évident, compte-tenu de la configuration acoustique des deux groupes. Un bon point, d'entrée de jeu, pour la pertinence du lieu.
 
Avec pas loin d'une heure de retard sur l'horaire indiqué sur le flyer, Cancel The Apocalypse entre sur scène, très simplement, sans artifice, en passant devant les gens assis au premier rang. Comme sur l'album, la formation combine violoncelle et guitare sèche aux influences baroques, avec les percussions et le chant de musiciens issus de la scène Metal. Sauf que le quatuor s'adapte intelligemment au contexte de la soirée : bien que déjà en formation acoustique par défaut, ce soir la batterie est remplacée par un cajón et le chant sera bien plus calme que sur Our Own Democracy. Et pour ne rien vous cacher, c'est tout à fait pour le mieux, selon moi. Contrairement à mon estimé collègue qui a chroniqué l'album en nos pages, je n'ai pas accroché du tout à ce mélange Screamo Baroque. Même après plusieurs écoutes, je pense n'avoir pas compris la démarche arty derrière l'association de ces courants musicaux. Mais comme je le disais, la version acoustique atténue l'aspect excentrico-expérimentalo-edgy que je reproche à l'album. Au lieu de mixer trop de genres incongrus, la formation live se concentre sur l'aspect mélancolique de sa production, et les titres gagnent en accessibilité et en cohérence. La voix claire de Matthieu Miegeville, profonde et chaude, est ahurissante d'émotion et d'intensité ; et les rares passages criés permettent de marquer des climax dans le set des Sudistes (la puissance de Bad Boxer est retransmise différemment que sur l'album, mais pas moins forte). Pour éviter la monotonie, en plus de compter sur le chanteur habité, le percussionniste proposera un solo de cajón au milieu de We Were Young. Cancel The Apocalypse, ou comment passer un concert agréable malgré de mauvais aprioris.
 
Je profite de l'entracte pour googler les blagues du vocaliste toulousain ("avant de rencontrer les musiciens du groupe, pour moi le Baroque c'était juste Rondo Veneziano", "comme dirait Jesse Overman, c'est notre 'fuck-you song' qu'on va jouer maintenant"... Ok mec.), pendant que Klone s'installe... à cinq ? Du peu que j'avais suivi l'aventure unplugged de Klone, le groupe évoluait pour l'occasion à quatre, intégrant Armelle Dousset (à l'accordéon et aux synthés) au noyau dur du groupe (les deux guitaristes et le vocaliste). Ce soir, Klone aura aussi un batteur en la personne de Romain Berce, musicien hyperactif officiant surtout dans des projets Jazz.
 
Les Poitevins entrent en scène de la même façon que CtA, sereinement, simplement. Je me rends compte que l'explication est logique : on est dans un cinéma, aucune loge n'est prévu pour accueillir des artistes. Le sentiment de proximité lié au choix de la salle s'accentue. Pourtant, et ce sera le seul point faible de Klone, le groupe installe très vite une distance avec son public. Très peu de mots seront échangés entre les titres, les regards se font fuyants et les sourires rares (en dehors du batteur invité qui semble être le seul à se régaler), et les silences entre certains morceaux deviennent parfois presque gênants, quand ils dépassent les trente secondes. Dommage, alors que le contexte, le décor, le type de musique jouée, et même l'éclairage tendaient vers une séquence de partage et d'intimité.
Mais en dehors de ça, Klone sera irréprochable. Le chant de Yann Ligner, toujours juste et plein de ressenti, élève les transpositions acoustiques des compos vers des niveaux d'émotions rarement atteint en live. A l'instar du premier groupe, lui aussi pousse parfois sa voix très fort, jusqu'au cri, quand le feeling le demande malgré l'apparente douceur (on retiendra les conclusions hurlées de Grim Dance et de Rocket Smoke, purs concentrés d'intensité). La plupart des titres, déjà connus sous cette forme via l'album Unplugged sorti cette année, sont ici transformés grâce à l'ajout des percussions de Romain Berce, qu'on l'on sent parfois à la frontière de l'improvisation. Et si la résonance de son tom-basse écrase un peu le reste des instruments en début de concert, cet incident est rapidement corrigé par la suite. Quant à l'apport d'Armelle Dousset, aussi discret soit-il sur le disque, il prend tout son sens sur scène. Plus audible ici que sur la galette, son accordéon habille les morceaux comme le feraient des nappes de clavier, avec un son chaud et rétro. Ses interventions au synthé, à nouveau bien plus sonores que sur Unplugged, sont à retenir pour l'angoisse et la lourdeur que certains sons, presque indus, réussissent à apporter (sur Grim Dance par exemple). Dans Gone Up In Flames, les claviers prennent une sonorité de l'espace, modulés directement par la voix d'Armelle à l'aide d'un micro relié à sa machine.
Les titres se succèdent, tous plus magiques les uns que les autres, chacun avec son ambiance particulière. Du très mélodique et presque joyeux Immersion qui ouvre le bal, jusqu'au mélancolique Nebulous en fin de set, et en passant par People Are People, la reprise de Depeche Mode, dans cette curieuse salle de cinéma tout sonne mieux et pourtant plus étrange que jamais.

Zbrlah (Juillet 2017)

Merci à Julien de MathPromo pour l'opportunité d'assister à ce joli concert.

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