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Premier jour de l'OTB Fest le 28 avril Gibus Live

L’OTB fest est de retour pour une nouvelle édition sur deux jours avec une affiche de qualité et c’est le cœur lourd que Metalorgie n’a pu se rendre qu’à la date du vendredi 28 avril, se consolant avec le fait que ce jour marquait le retour de Oxbow après tant d’années mais aussi de Celeste, que l’on n'avait pas aperçu sur Paris depuis 2015. Comme si cela ne suffisait pas, Inter Arma et Sumac se sont joints à la fête, histoire d’enfoncer le clou. Retour sur quatre concerts et une excellente soirée. 

À quelques jours de la fin du Roadburn, le nom d’Inter Arma circule sur les réseaux sociaux. Il faut dire que le groupe aurait réalisé une prestation très satisfaisante (euphémisme, quand tu nous tiens) à Tilburg. Ce soir, les cinq habitants de l’ancienne capitale confédérée ne disposent que d’une demi-heure et ils vont donc aller à l’essentiel en nous jouant leur mix personnel et très bien maîtrisé de Sludge Metal, de Post Metal, de Black Metal, de Rock Psychédélique et d’un million d’autres genres pour notre plus grand plaisir. Le son est très bon et le savoir-faire des musiciens transpire de leurs compositions : il ne faut pas longtemps pour que nous soyons transportés et l’atterrissage n’arrive qu’à la fin de leur set. Une excellente performance en effet, les ragots n'avaient pas menti cette fois.

Sur le papier, Sumac a tout du groupe parfait, tout au moins pour nous. L’ancienne tête pensante d’Isis jouant avec un batteur particulièrement doué (Nick Yacyshyn de Baptists) et tant qu’à faire, sur cette tournée uniquement, Joe Preston (ancien The Melvins et régulièrement invité par Sunn O))) ) se joint à la fête tout pour créer un mélange de Sludge et de Noise. Malheureusement, rien ne va se passer comme prévu mais commençons tout d’abord par les points positifs. Le son est parfait, chaque instrument s’entend parfaitement notamment la guitare d’Aaron Turner, sorte d'hybride entre The Jesus Lizard et The Melvins. Mais si certains riffs sont entraînants, il faut bien avouer que Sumac n’atteint pas l’intensité de son prédécesseur sur les planches, loin s’en faut puisque le groupe souffre d’un véritable problème déjà apparent dans ses productions studio. En effet, là où le mélange de Noise et de Sludge peut donner lieu à des miracles comme chez Harvey Milk ou Indian pour ne citer qu'eux, ici la séparation trop extrême des deux éléments dessert Sumac. En résumé : nous avons droit à une partie très Noise/expérimentale/quasi improvisée puis à une partie Sludge sur chaque morceau, les deux ne se joignant quasiment jamais. Et c’est bien dommage, car ni les parties Noise, ni les parties plus centrées sur des riffs structurés ne sont assez solides pour être réellement excitantes en elles-mêmes. Dire que l’on est déçu ne serait pas exact et l’on restera sur les autres projets du guitariste, notamment Jodis et surtout Old Man Gloom

Dix ans sans album, plus de cinq ans sans passage en France et pourtant une réputation qui ne faiblit pas : Oxbow était attendu. Très attendu. Et se fait attendre en prenant son temps, mettant pas mal de temps à s’installer ce qui va par ailleurs causer pas mal de soucis d’emploi du temps. Comme si cela ne suffisait pas (autant parler des sujets qui fâchent dès le départ) le chant d’Eugene Robinson est inaudible pendant deux bonnes minutes : le micro chant est poussé à fond, ce qui va causer de gros problèmes de larsens pendant toute leur performance. Instrumentalement parlant cependant, il n’y a rien à dire tant les trois musiciens ont la main mise sur le sujet, dévoilant leur Noise Rock mâtiné de blues qui a tracé le nom d’Oxbow en lettres capitales dans l’underground au-cours des deux décennies précédentes. Le jeu de scène d’Eugene Robinson, qui a longtemps attiré les regards par le passé, se veut légèrement plus sage, plus dans la pose aussi puisque le grand gaillard arrive en costume et en manteau, se fendant d’un semblant de strip tease tout au long de son set. Ne boudons pas notre plaisir : Oxbow livre un excellent concert malgré des problèmes techniques mais malheureusement le retard lors de l’installation leur joue un dernier tour. Il est 21h55, Celeste est censé jouer à 22H et le groupe ne peut pas jouer son dernier morceau. Dernière provocation de la part du chanteur qui ramasse ses fringues et rideau. Oxbow aura été très bon, mais Oxbow n’aura pas été le joyau de la soirée, cette place revenant aux lyonnais qui vont leur succéder. 

La France est plutôt bien lotie en termes de formations de qualité : Year Of No Light, Blut Aus Nord, Deathspell Omega, Hangman’s Chair, Kickback, Jessica93 et bien d’autres. encore La liste serait longue et pourtant peu de monde réalise véritablement l’importance de Celeste, de son talent et du degré de perfection auquel a su se hisser le groupe dans son domaine. Ce domaine, parlons en : la noirceur. Les ténèbres les plus sombres, ceux que l’on préférerait ne jamais apercevoir mais que l’on ne peut pas oublier. Et ainsi en sera-t-il du concert de ce soir : un plan fixe sur l’iris ébène de Nyx, ses quatre pupilles écarlates s’agitant afin de trouver leur prochaine victime. Celeste ne plaisante pas, ne discute pas et cherche simplement à voiler le regard de chaque personne présente pour toujours, enchaînant les plans plombés, d’un poids à peine supportable, aux estocades dispensées à la vitesse épileptique de leurs stroboscopes. Leur musique prend le plus infâme, le plus violent et le plus sombre du Black Metal, du Post Metal, du Screamo, du Hardcore et de tout ce qui passe sous leur regard couleur sang  et ne peut se comparer à celle d’aucune autre formation tant leurs influences ont été broyées, digérées et sont recrachées à la face d’un monde abject à un volume considérable. La constellation de Celeste est composée de quatre étoiles de feu et aujourd’hui elles se sont un peu trop approchées de la surface, détruisant tout sur leur passage. Une démonstration de force pure et simple de la part des quatre envoyés du chaos que Homère a bien su résumer dans l'Iliade : « La mort rouge et le puissant destin se sont emparés de ses yeux ». 

Premier jour massif pour l'OTB Fest avec quatre grosses pointures. Si Sumac ne nous a pas emballé outre mesure, les quatre autres groupes ont assuré le spectacle sans faire dans la demie-mesure. Oxbow a su retrouver la France avec brio malgré des problèmes qui ont quelque peu entaché le plaisir d'une bonne partie du public. Inter Arma a confirmé sa place à la pointe des musiques lourdes. Quant à la performance de Celeste, elle nous aura confirmé une fois de plus que les cyclopes ont la peau dure. 

Raikage (Mai 2017)

Un immense merci à l'organisation du festival et plus particulièrement à Adrien, ainsi qu'aux groupes. 

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