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Temples Festival 2015, part III le 31/05/15, Bristol

Sunn O))) ayant fait des dégâts la vieille selon l'orga, - une histoire de sono qui n'a visiblement pas supporté autant d’infra-basse - les concerts sont décalés d'une heure, ce qui nous laisse le temps de se poser, de se restaurer et de se diriger tranquillement vers la salle pour entamer cette troisième et dernière journée. C'est Ohhms qui s'installe quand nous arrivons, des anglais jouant un Doom à rallonge avec des compositions étirées, mais plutôt accrocheuses et superbement illustrées par une vidéo aux motifs ésotériques et botaniques. L'intérêt est constamment relancé par une rythmique qui ne laisse pas l'auditeur s'endormir sur ses lauriers. La découverte aurait sans doute été plus appréciable si le chanteur ne se sentait pas le besoin irrépressible de faire n'importe quoi en étant secoué de spasmes imaginaires, en surjouant à mort les notes ou en montant sur les amplis. Le genre d'attitude marrante dans Airbourne, mais quelque peu déplacée ici. S'il est parfois vrai que les français sont la cible de quelques railleries de la part de nos voisins anglosaxons, ça ne les empêche pas d'en programmer sur leurs festivals, et non des moindre. Après Celeste hier, c'est aujourd'hui au tour de Monarch de fouler la mainstage avec un set Doom et Noise tout en progression jusqu'à leur reprise de The Runaways en guise de final destructeur qui viendra confirmer l'excellence francophone de de cette édition. Unanimement salué par un public venu nombreux et resté jusqu'à la fin, la classe.



Pendant que Monarch fait vibrer la salle principale, le concept est tout autre avec le Black/Death horrifique de Tribulation sur la scène extérieure. A vrai dire, leur dernier album, A Children Of The Night, n'a plus grand chose de purement extrême, d'avantage dilué dans une sorte de Heavy Metal / Goth / Progressif, mais néanmoins très bon. Et c'est ce qui domine aujourd'hui, cette ambiance occulte renforcée par les odeurs d'encens, même si seuls Strange Gateways Beckon et In The Dreams Of The Dead du dernier opus sont représentés. Les titres plus anciens (Beyond The Horror) se fondent eux aussi dans cette nouvelle orientation musicale d'avantage ambiancée Black Sabbath. Pas sûr que les fans du débuts y trouvent désormais leur compte, mais la mue opérée à tout pour me convaincre sur scène, comme sur album. Quant à Year Of No Light, je les ai déjà vu pas mal de fois en concert, mais je ne m'attendais pas à un set aussi massif et intense. Le jeu des deux batteries est toujours aussi incroyable, mais ce qui m'a vraiment scotché c'est la clarté du son des guitares, identifiables tout en restant d'une lourdeur impressionnante. Le duo Hierophante / Abbesse en est le parfait exemple. Les conditions étaient quasi parfaite (les voir de nuit aurait été encore mieux) pour ce qui reste la plus grosse baffe du festival. Tant pis pour Vallenfyre, qu'on verra plus tard au Hellfest et notre choix se porte sur la découverte de Ghold, un duo basse / batterie signé chez Ritual Productions (RamessesBong). Forcément l'ode à la lourdeur est là, sans finesse, évoquant Conan et leurs mono-riffs. C'est sale, rugueux, et ça n'a a priori sans doute que peu d'intérêt sur album, mais alors sur scène envahis de fumée, ces deux là savent distribuer des poutres. Questions savatage en règle, Ken Mode ne sont jamais les derniers, venant présenter leur petit dernier nommé Success, un poil plus Rock que les précédents. Par contre sur scène, c'est définitivement à une énergie Hardcore que l'on a à faire, les titres s’enchaînent, on se mange mandale sur mandale (Counter Culture Complex) le son de basse nous colle des hauts le cœur, les riffs acides nous tordent les boyaux et mieux vaut ne pas croiser le regard de Jesse, qui donne l'impression de vouloir nous tuer au détour d'une ruelle sordide. J'insiste encore une fois mais Ken Mode c'est toujours fou sur scène.



Chose qu'on ne peut malheureusement pas dire sur Pallbearer même si Foundations Of Burden est un excellent disque de Doom. Le problème en live est qu'ils ont du mal à rendre leur ambitieux son studio. C'est parfois trop mou, un poil mièvre (le chant limite juste) ou bien trop épais pour les nuances de leurs compositions. A part le morceau The Ghost I Used To Be et sa formidable intro, le reste me donne le sentiment d'être le cul entre deux chaises et peine à me convaincre, a contrario d'une salle comble qui semble aux anges et acclame les américains à la fin de leur prestation. Comme à Nantes l'an passé avec Yob, je n'accroche toujours pas à la version live. Ils sont nombreux en cette approche de fin de festival à s'être dépêchés devant la scène 2 pour assister au concert de Between The Buried And Me. Arrivé ce jour même des États-Unis pour cette date unique et reparti juste après, le groupe de Metal Progressif fait figure d'étrangeté sur une affiche presque exclusivement Hardcore, Doom et Grind. En débutant leur set par Selkies, le combo s'assure de se mettre tous les fans présents dans la poche en une fraction de seconde. La qualité du jeu, comme toujours, est telle qu'ils me font rapidement oublier les conditions de la scène sur laquelle le groupe semble presque aussi serré que nous. Le concert se poursuit ensuite par un extrait de leurs trois derniers album, comprenant la première performance live de Memory Palace tiré du récent Coma Ecliptic et se clôture à la perfection par White Walls. Comme à son habitude, Between The Buried And Me joue et nous on ne peut qu'admirer.



On conclue ce festival par Earth pour un concert tout bonnement magistral. Il n'y a pas d'autre mot, tant leur musique Drone / Rock Psychédélique me captive d'un bout à l'autre. Le trio joue tout en retenue, les cordes sont obsédantes, la batteuse Adrienne incroyable de subtilité dans son touché de cymbale. Earth impose le respect le plus total et cette conclusion fait un bien fou après avoir subit trois jours de groupes aussi extrêmes. On ressens un côté Blues à la fois âpre et terriblement classique qui me rappelle un certain Mark Lanegan. En cours de set, Dylan casse une corde et demande aux musiciens des autres groupes, une guitare de rechange. Le temps de faire le changement, le duo rythmique improvise sur du Black Sabbath, tranquillement, à la cool. Même cette cassure dans le set, même les connards qui racontent leur vie pendant les morceaux, ne suffisent pas à faire quitter le nuage sur lequel est installé le public. On ferme les yeux et l'on s'évade pendant une heure et demi avec une setlist plutôt orientée sur le dernier album, Primitive And Deadly. Alors que le groupe a véritablement soufflé tout le monde, Earth revient même avec un rappel improvisé comme ultime conclusion de cette seconde édition du Temples festival.

Cette seconde édition était une réussite, d'une part vous l'avez compris pour son line-up complètement dingue entre Doom et Hardcore, pas si éloigné du Roadburn dans certains choix mais en plus extrême. La qualité des concerts était là car on ne note quasiment aucune déception à l'horizon, mais plutôt de bonnes découvertes (Throats, Sonance, Ohhms...) et surtout un paquet de baffes distribuées à la pelle (Will Haven, Triptykon, Earth...). Le fait que les mecs ai monté le truc de manière DIY est aussi impressionnante parce que le fest possède un côté un punk (la bière en canette, le public crust), on peut facilement discuter avec les groupes dans leur partie merch (notamment avec Jimbob de Hark qui a réalisé les visuels de l’événement), mais le tout est très professionnel au niveau du son, des délais des concerts ou de la sécurité par exemple. Pourtant il y a quelques défauts d'organisation, notamment sur la bouffe (presque rien en végétarien/vegan à cause de l'annulation d'un stand la veille) et l'affluence (néanmoins à taille humaine, mais le fest était sold out) rendait la circulation souvent très compliquée entre les salles ou pendant les concerts parfois blindés (Torche). De même pour se trouver un coin ou se poser. A voir s'ils diminuent la jauge ou s'ils changent de lieu pour que le public puisse un poil mieux respirer. Le prix du billet reste par ailleurs plutôt honnête, même si tout le reste à un coût quand tu viens de l'étranger, mais dans tous les cas, venir au Temples festival de Bristol aura été une excellente expérience.

Pentacle (Octobre 2015)

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