Shining, The Great Old Ones le 18/09/15 Nantes (Le Ferrailleur)

C'est la reprise des concerts sur Nantes et ce weekend du 18/20 septembre est déjà chargé en émotions, mais noires les émotions, parce que c'est Black Metal. Garmonbozia ouvre les hostilités, avec un plateau constitués des suédois de Shining et de The Great Old Ones.

C'est un plaisir de retrouver The Great Old Ones dans cette salle du Ferrailleur, un an après leur programmation sur la soirée des Acteurs de l'Ombre, J'en étais ressorti déçu, la faute à un son vraiment médiocre et clairement mal équilibré, alors que j'adore leurs deux albums. Ce soir, on se retrouve plongé dans des ambiances bleues / vertes pesantes, une imposante pièce de métal forgé de Cthulhu trônant sur le devant de la scène. Rapidement on se rend compte que le son est meilleur que l'an passé, même si tout n'est pas encore nickel. La basse est bien trop mise en avant et ajoute même un aspect bondissant (on entendait des « tsouing » curieux sur certains passages), et l'ensemble manque globalement d'un bon coup de fouet. Mais au moins, cette fois l'on reconnaît les morceaux, les cordes sont claires et le trio de guitaristes se complète à merveille, soutenus par le batteur Léo qui en impose par ses blasts tempétueux et ses accalmies qui font toutes la sève de The Great Old Ones. Ce qui est sûr, c'est que le quintet maîtrise ses ambiances. Zéro communication entre les titres, Antarctica, Je Ne Suis Pas Fou, The Elder Things ou encore Al Azif s’enchaînent sans discontinuer et sont exécutés avec le plus grand soin. La froideur des riffs, les blast glaciaux et les hurlements à peine humains tranchent avec certains breaks presque lumineux et leurs arrangements organiques, presque vivifiants. On ferme les yeux plus qu'on ne secoue la tête et on se laisse porter par cette petite heure de voyage dans les contrées Lovecraftienne. On en ressors un peu désorientés, satisfait, avec cette nouvelle preuve qu'on vous rabâche depuis quelques années : ces gars là sont au dessus du lot.

Le changement est radical avec l'arrivée de Shining. J'avais gardé à l'esprit des origines Black Metal dépressif, Halmstad comme chef d’œuvre de leur carrière puis des tournures beaucoup plus Heavy avec leurs récentes sorties, sans que ça soit forcément désagréable, mais quelque peu déconcertant néanmoins. Ce soir, c'est bien à la seconde identité du groupe que l'on a affaire. Niklas a pourtant gardé ses attitudes provocatrices. Les lames de rasoir ont été remplacées par une cravache, et le bonhomme au charisme indéniable joue avec le public, caresse les spectateurs du bout de sa baguette (symbole phallique en veux-tu), les étreint ou fait mine de les étouffer, prend son pénis en photo avec l'appareil d'un fan, mais garde ce côté instable, dangereux presque. Il n'y aura pas de taillage de veines, de sang versé sur les premiers rangs ou d'autres faits d'arme qu'on se raconte entre metalleux pour se faire peur. Niklas fait semblant, le public aime ça et en redemande, mais il n'y aura pas de "débordement". Ce soir, le frontman fait la fête avec ses musiciens. Peter, Euge et Christian prennent des poses de guitar hero et nous abreuvent de mélodies et de soli Heavy en tout genre.

On se prend plutôt au jeu, parce que musicalement c'est hyper en place et qu'une bonne partie des titres de IX - Everyone, Everything, Everywhere, Ends passent mieux en live que sur disque. On se rend compte que Niklas, outre son jeu de scène, est un chanteur plutôt impressionnant, dans les growls, comme dans le chant éructé ou les parties plus chantées voire murmurées. On pense même à un crooner, dans certains passages presque Blues, autant musicalement que vocalement. Sauf que c'est pas forcément ce que j'attendais de Shining, parce que question ambiance on est vraiment très loin de celle distillée sur The Eerie Cold ou Halmstad dont ce dernier est pourtant très bien représenté avec des titres comme Neka Morgondagen, Besvikelsens Dystra Monotoni ou l'incontournable Låt Oss Ta Allt Från Varandra, mais joué d'une toute autre manière, plus Heavy, presque à la manière de rock star et amputé de certains passages. Et cela me chafouine quelque peu. Je voulais un set pesant et noir, nous avons eu un concert Rock'n roll. On s'est pris au jeu, parce que les frasques de Niklas sont toujours captivantes, même s'il en fait des tonnes et que le groupe en impose dans un registre Heavy / Black pendant plus d'une heure, mais j'aurais préféré un Shining froid, haineux et glauque, d'avantage dans l'esprit du Motocultor en 2010.

En traînant un peu au bar à la fin du concert, on aperçoit Niklas qui dédicace des albums et se fait prendre en photos avec des fans, fort sympathique et accessible. Mais le Shining dépressif semble bien loin désormais...

Pentacle (Septembre 2015)

Merci à Garmonbozia pour l'invitation.

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