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Paris International Festival of Psychedelic Music La Maroquinerie, La Machine du Moulin Rouge, Le Trianon

Il y a depuis un an UN événement dans l'année que les amateurs de garage et de psyché attendent avec impatience : le Paris International Festival of Psychedelic Music. Ou Psych Fest de Paris, histoire de le placer dans le cercle cosmique de ceux d'Austin, Berlin, Manchester... desquels il ne dépareille pas. C'est l'événement symptomatique du retour et renouveau de la musique psychédélique sur le devant de la scène... même à Paris. La précédente édition du festival m'ayant permis de découvrir des groupes aussi chouettes que The Oscillation et surtout les italiens de Go!Zilla, j'ai décidé cette fois d'assister à toutes les soirées de concert, malgré les conditions météorologiques de l'extrême. Le premier jour ouvrait avec une projection de "Feast of Friends", un documentaire sur The Doors. Le dernier c'est un DJ set de La Femme au Point Ephémère qui clôturait l'événement. Entre les deux, 3 jours de concert.
A la fin, comme après tout bon festival, j'étais morte de fatigue mais contente. Retour sur ces journées, afin que les absents ne puissent pas dire la prochaine fois qu'ils «  ne savaient pas  ».

Dorian Pimpernel, PIFPM © Clemence BigelJour 1. La Maroquinerie. 20h. Les motifs en dentelle d'acier de la Tour Eiffel s'imprime sur les visages des musiciens de Dorian Pimpernel. Les spectateurs sont assis en cercle autour de la fosse, en un cercle ordonné, c'est l'heure du ciné-concert et du rêve collectif. La communion pour marquer le début des réjouissances. Des extraits de films d'archive passent sur un écran devant le groupe que l'on distingue en filigrane. Début de siècle, années 70, France, Espagne, cité antique, ... à chaque morceau nous sommes transportés dans un autre monde, baroque, lunaire, magique, à la couleur étrange de leurs clips, comme celui d'Ovlar E. Dragons, grenouilles, gogo-danseuses, planètes, diables, toreros et femmes-papillons vivent les chansons  ; dansent, rient, applaudissent, brûlent parfois. A la fin de cette odyssée envoutante entre Pays des Rêves bleus et Enfer Rouge Feu où l'orgue résonne, inquiétant, on se dit que le trip s'annonce bien. 

Casamance, PIFPM © Clémence BigelSuit Casamance, le groupe le plus surprenant du festival. On retrouve Gabriel Matringe, présent lors de la première édition avec son autre groupe, Wall of Death et ici sur un projet a des années lumières mais tout aussi brillant. Casamance c'est le syncrétisme parfait des religions a priori presque opposées que sont rock hypnotique et rythmes africains. Un jazz-rock sexy et syncopé porté au chant en Peulh par Mamadou Dem qui rayonne sur scène, tout de blanc vêtu. Une formation loin du rayon bâtard des Musiques du monde, un Hybride à l'image de Gabriel à la guitare qui arbore le look décontracté habituel du musicien garage … avec des chaussures de ville en cuir tressé. 
De bonne et gentille, l'ambiance devient chaude et enivrée avec The Feeling of Love. Jouer ou assister à un concert par cette chaleur tient de l'acte d'héroïsme. Et pourtant, aucun des membres du groupe n'est avare de son énergie ni de ses mouvements. Surtout pas Guillaume Marietta qui se contorsionne ponctuellement dans le fuzz, se promène dans la foule, grimpe sur la batterie... Ensemble, ils parviennent à faire bouger le tas humain moite qui compose la foule. Les éclatements sonores ponctuent les balades psyché-pop, ça nous remue le corps le cœur et les tripes un peu aussi. Marietta gratte sa guitare et la distorsion nous assourdi. Trônant sur la batterie, détachée de tout contact humain, elle résonne encore et encore. Plus personne ne revient, pas de rappel, c'est fini. Vivement demain. 

The Feeling of Love, La Maroquinerie PIFPM 2015 © Clémence Bigel The Feeling of Love, La Maroquinerie PIFPM 2015 © Clémence Bigel

Jour 2. La Machine du Moulin Rouge. 20h.
Comme souvent, les impératifs professionnels me contraignent à rater le début de cette deuxième journée. Désolée Rendez-vous, il paraît que c'était cool et j'aurais aimé être là. J'invite les amateurs de cold wave, The Cure, Bauhaus mais aussi Michel Berger à aller faire un tour sur leur Bandcamp
Je suis donc arrivée sur Wall/Eyed, qui jouait dans une salle principale clairsemée. Groupe post-psych parisien, Wall/Eyed c'est du ambient coolos, et par cool entendez aussi froid. C'est sympa à écouter, planant, hypnotique. Comme une soundtrack de film par laquelle on se laisserait facilement porter.
Camera, Machine du Moulin Rouge, PIFPM 2015 © Clémence BigelJessica93, Machine du Moulin Rouge, PIFPM 2015 © Clémence Bigel

Pour le prochain concert, descente au sous-sol dans la fraîcheur de la Chaufferie qui porte mal son nom. Jessica93. Enfin. Ca fait à peu près 10 FOIS que j'essaie de voir ce type en concert. Geoffroy Laporte aka Jessica93, cet espèce d'OVNI du DIY qui a dû se coller tellement de partenaires musiciens médiocres et de faible ambition qu'un jour il a décidé qu'il ferait tout, tout seul. L'enfer, c'est les autres, ça a déjà été dit. Existentialiste cynique romantique et glacial, ses titres me transportaient déjà bien loin sur album – bien que je ne comprenne strictement rien aux paroles, c'est magique, la musique suffit – mais en live, c'est simplement parfait. Les têtes dodelinent, les poings se lèvent, et on se laisse happer par les boucles planantes et la reverb. 

C'est la quasi-hydrocution quand il faut remonter vers la scène principale voir King Gizzard and the Lizard Wizard. Tout d'abord car la Chaufferie était fraîche, ensuite parce que le vent sombre et hypnotique soufflé par Jessica93 fait un drôle de contraste avec l'onde océanienne débridée et chaude générée par les australiens totalement déchaînés malgré la chaleur moite du RDC. C'est leur premier concert à Paris. King, articule des cris à la Dwyer (Thee Oh Sees) et gesticule dans tous les sens en des poses et convulsions étranges. Un des mecs fait les chœurs en criant dans un micro. Les slams s'enchaînent. Deux types montent sur scène et s'embrassent comme si l'euphorie qui a suivi la légalisation du mariage homosexuel aux USA avait été contagieuse. Pendant ce temps, King Gizzard, entouré de ses lézards sorciers, avec sa crinière fougueuse et ses postures autistes, sa guitare guerrière et ses riffs incantatoires nous livre une musique lancinante qui donne le Diable au corps. Des mélodies bouclées comme un rythme de départ pour la transe. Le Roi Gizzard fini son set en sautant dans la foule, il est rincé, nous aussi. Merde, il reste deux concerts et une nuit de sets. 

King Gizzard, Machine du Moulin Rouge, PIFPM 2015 © Clémence Bigel King Gizzard, Machine du Moulin Rouge, PIFPM 2015 © Clémence Bigel

Retour à la Chaufferie pour les berlinois de Camera. Ils sont trois tassés sur la scène minuscule. Le batteur est au centre, vouté sur son instrument sur lequel il tape répétitivement. Un visuel psychédélique s'imprime sur les visages. Leur musique me rappelle vaguement Wall/Eyed pour le côté ambient atmosphérique mais en bien plus sombre, mêlant beat hypnotique et puissantes salves rock. J'avoue que suite à King Gizzard je suis un peu déphasée, le changement radical d'ambiance invite à profiter du set et de la fraîcheur pour reprendre son souffle pour la suite...

La suite, c'est Clinic, la caution old school du jour. Les quatre membres du groupe post-punk de la fin des 90's arrivent sur scène avec leurs habituels costumes de chirurgiens. Problème : que ce soit parce qu'il est déjà un peu tard et que les derniers métros approchent ou que les spectateurs aient tous défailli sous la chaleur, la salle est très clairsemée. L'ambiance est clairement retombée, la foule restante se laisse happer par l'ambiance éthérée, les sons expérimentaux, les déclamations dans la veine des poèmes beats, le melodica, … une impression surannée émane du groupe, contrastant drastiquement avec la claque survitaminée de King Gizzard
Je m'en vais avant la fin, mais c'est surtout parce que j'avais un train à ne pas rater.

Camera, PIFPM 2015 © Clémence Bigel
Jour 3. Le Trianon. 21h.
Fin du marathon avec pour cet avant dernier jour de festival une soirée avec deux concerts et une tête d'affiche : The Horrors.  The Hookworms, la première partie initialement prévue, ayant été annulée et Camera, déjà vu la veille, ayant fait office de remplaçants, j'avoue être arrivée pile pour le deuxième set, ce qu'apparemment je n'étais pas la seule à faire.
A peine arrivée le noir se fait et les cinq mecs des Horrors, en chemise et pantalons blancs, coupes Robert Smith sur le crâne et/ou mèches barrant leur visage font leur apparition. Je me fraye un chemin dans la foule dont je suis (très) surprise de l'hétérogénéité ; aux habituels vingt-trente ans un peu bobos sur les bords des journées précédentes s'ajoutent des ados mais aussi des mecs aux cheveux carrément grisonnants, postés devant la scène et défendant leur place avec autant de ferveur qu'une gamine à un concert de Justin Bieber. Il n'y a donc pas une ambiance incroyable dans la foule pendant le concert malgré quelques pogos mais ça n'empêche pas le groupe de se balancer, replacer leur mèche et faire des va-et-vient de lions en cage sur scène. Faris Badwan s'accroche à son micro, le rejette, joue avec le fil, passe son temps à reculer et avancer, tend le micro au public au bout de la perche …  
Sur un set de 11 titres, Skying (2011) et Primary Colours (2009) sont les albums les plus représentés avec des titres comme Mirror's Image qui ouvre le set, Scarlet Fields, Endless Blue ou encore Moving Further Away qui vient le clôturer. Je déplore qu'aucun des titres de leur premier album, Strange House (2007), plus rauques, plus sombres, ne soient joués. Une atmosphère cold wave presque légère plane sur le concert, et en devient presque lassante d'uniformité.


Le cinquième et dernier jour était une carte blanche au groupe rock parisien La Femme au Point Ephémère. Les groupes MystereBon Voyage OrganisationLos HeadachesConquistador et Faire donnaient des concerts gratuits puis La Femme a clôturé journée et festival par un DJ Set.  

En résumé cinq jours ponctués de découvertes, de moments de félicité mais de circonspection aussi, signe de l'éclectisme de la programmation. Cinq lieux, un joyeux mélange et hommage à tous les styles qui puisent dans le psychédélisme, qu'il soit musical ou même visuel car en parallèle des projections et ciné-concerts une exposition était présentée à la Bellevilloise.
Adieu t-shirts tye and dye trop grands, acide et cheveux longs et sales. Après un bref salut à la tombe de Woodstock c'est bien le psyché d'aujourd'hui, sous ses formes les plus diverses, que le Psych Fest embrasse. 




Clem (Juillet 2015)

Merci à Tom et Laurie (ParisPsychFest)

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