Deerhoof, Pneu Paris, Petit Bain, le 19-02-2015

Soirée maths à Petit Bain en ce jeudi soir. Avec Pneu en ouverture, et Deerhoof en tête d'affiche, chacun dans son style, on sait que les rythmiques vont être mises à rude épreuve.

Les deux groupes étaient visiblement attendus, la salle affichant complet quelques jours déjà avant. L'effet "maison", avec le duo Pneu, venu présenter son nouvel album, Destination Qualité sorti en début d'année, ou l'effet exotique, Deerhoof se faisant rare dans nos contrées ? Sans doute un peu des deux, l'accueil qui leur a été réservé ayant été des plus chaleureux.
Pneu ouvre le bal, et on est rapidement tenté de refaire une énième fois tous ces jeux de mots rigolos sur leur patronyme et leur vitesse d'exécution. Promis, on se retiendra. Le duo guitare/batterie joue dans la fosse, comme à son habitude (et ce qui n'est pas très pratique pour une salle comme Petit Bain si vous arrivez en retard). Les Tourangeaux ont de l'énergie et de la sueur à revendre. En près de quarante minutes, Jey et JB jettent tout ce que leurs forces contiennent de riffs effrénés, de breaks effarants et de cassures rythmiques aventureuses dans la bataille. La part belle est faite à Destination Qualité, que je n'ai pas écouté encore mais qui, en live, n'a pas à rougir de la comparaison avec ses prédécesseurs. Les quatre premiers rangs sombrent dans la folie, entraîné par un mec en costume de banane déchainé (sic). On s'accroche pour suivre le rythme et distinguer les mélodies. La musique de Pneu ne souffre d'aucune approximation. Avant le rappel, la foule porte le batteur - impressionnant, il est vrai - aux nues et lui fait faire le tour de la fosse en slamant. Un beau moment de communion.

Vingt minutes ne sont pas de trop pour se remettre de ses émotions, avant l'entrée en scène de Deerhoof. A première vue, le quatuor de San Francisco ressemble à un ensemble multicolore dépareillé et un peu maladroit. Exactement comme la pop qu'il exhale et dont le dernier album en date, La Isla Bonita, en est la dernière collection. Piochés au hasard : des titres rafraichissants comme "Mirror Monster" ou "Paradise Girls" où d'innocentes lignes mélodiques se fracassent contre les rythmiques syncopées de Greg Saunier, sans doute l'un des meilleurs batteurs en exercice comme il le témoigne ce soir. En vingt ans d'existence, et un nombre incalculables d'albums, le style Deerhoof n'a pas pris une ride. Tandis que le groupe tape dans la plupart de ses albums les plus connus ("Twin Killers" sur The Runners Four ou "Dummy Discards A Heart" sur Apple O'), la chanteuse/bassiste Satomi Matsuzaki, discrète depuis le début se livre soudainement à de singuliers exercices de danse-karaté/aérobic.

Deerhoof a toujours été difficile à cataloguer, ses morceaux donnant l'impression de ne pas savoir par quel bout être pris. Sur scène, c'est la même sensation. On sent que tout peut décoller et puis, finalement... non. Le public est-il froid, n'applaudissant qu'avec parcimonie ? Ai-je entendu, à raison, de la frustration, un peu d'incompréhension peut-être, en sortant de la salle ? Le groupe semblait effacé, statique, voire robotique dans son exécution (malgré un Greg Saunier théâtral dans ses manœuvres), à des lieues de ce que dégage ses albums.

Il y a des soirs comme ça. J'ai un souvenir, peut-être trop ancré, de Deerhoof au défunt Rhaaa Lovely Festival, en 2006, mettant le feu à une salle. J'attendais peut-être autant si ce n'est plus, quelques années plus tard. Une petite déception donc pour les Américains, largement compensée par la folie de Pneu.

Chorizo (Mars 2015)

Merci à Vinz de Kongfuzi, à Johannes de Petit Bain, et à Djou.

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