Damage Festival, Day #1 Le Cabaret Sauvage, Paris.


Le week end du 25 octobre dernier a eu lieu la deuxième édition parisienne du Damage Festival, tout jeune festival organisé avec le plus grand soin par Only Talent Productions. Si la première édition (2012), très vite sold out, avait eu lieu au Trabendo, cette année, les organisateurs ont décidé de passer la seconde en proposant deux journées au lieu d'une, et d'envahir le Cabaret Sauvage, magnifique salle de concert au charme fou : velours rouge, parquet lustré et alcôves avec miroir et banquettes, parfait pour acceuillir ce freak show des temps modernes.
Deux journées pour deux ambiances et deux publics très différents, le samedi sera plus ou moins axé metal-core / emo-core et autres facéties post-hardcore, tandis que la programmation du dimanche sera plutôt branchée métal-prog, djent et consorts.

Une très belle affiche, dans une incroyable salle, avec une organisation aux petits oignons, sans accrocs notables ni déconvenues si facilement recontrées dans ce genre de festival à taille humaine. On peut sans trop s'avancer annoncer que cette deuxième édition est une franche réussite, et que cette réunion musicale, si bien sûr elle garde son côté "petit festival" hors saison, ses ambitions de faire jouer des "gros", de proposer une telle diversité de styles et d'ambiances, pourrait facilement devenir un événement majeur d'ici quelques années.

Metalorgie se devait d'aller y faire un tour, d'une part parce que l'affiche était plutôt alléchante (aligner Textures, Tesseract, Animals as LeadersCircles Monuments et After the Burial entre autres, ça ne peut dignement pas être manqué) et d'autre part parce que ce genre d'initiative hors saison estivale se doit d'être signalée et encouragée. 

Premier jour, Fashion-core, virilité dans les chaussettes et grosse ambiance dans la fosse.

N'attendant pas grand chose de la première journée, n'étant pas particulièrement fan de la scène émo / metalcore, nous sommes tout de même restés jusqu'au bout, essayant tant bien que mal de trouver points d'accroche ou angles d'affinités devant un ensemble de formations et de fans partageant tous l'amour des refrains radio, du riff bas du front, des marcels vintage, leggings en peau de chamois et autres accessoires que nous ne soupcionnons même pas d'exister. Oui on se sent vieux, oui si tu portes un baggy et ton plus beau T-Shirt Conan tu fais tâche dans le tableau, oui la plupart des groupes t'ont fait saigné les oreilles, en vieux métalleux complètement has been devant un étalage aussi propre de sonorités hyper produites. Non, cela ne nous a pas empêché de passer une très bonne soirée. 
Passé ce choc culturel et vestimentaire, la soirée passe très vite, l'ambiance est excellente, et les quelques groupes que nous avons pu voir une fois arrivés sur le site, s'ils ne nous ont pas laissé une impression inoubliable, ont le mérite de ravir un public venu acclamer les pointures de ce style si particulier.





Premier concert avec The Charm and The Fury, premier coup de coeur, et seul groupe qui nous laissera vraiment une bonne impression sur la journée. Les hollandais, très contents d'être là, menés par Caroline Westendorp, petit bout de femme plus virile que l'ensemble des front men de tous les autres groupes réunis, possède des attributs plus qu'intéressants (non pas ceux là, enfin pas que) : capable d'enchaîner growl de bonhomme suivi de lignes mélodiques, sans tomber dans la caricature du refrain radio exaspérant, mettra le feu à la fosse. Gros son, énergie à revendre, un rendu ultra groovy, The Charm and the Fury enchaîne ses titres les plus violents, sans oublier de récompenser un public réceptif et bouillant par deux bravehearts et un énorme circle pit. Leur metalcore bien foutu s'éloigne au final assez bien des conventions et malgré une sur-utilisation des infra basses, réussit à emballer et à réveiller un public endormi par une consommation abusive de "86 absinthe" pas fraîche. Oui, faudra expliquer ce partenariat très bizarre. Bref, très bon concert.

Viendront ensuite les cadors de la scène emo / metalcore. On commence avec Glamour of the Kill, qui a sorti pour l'occasion sa collection de plus beaux marcels à chiens-loups, dont la musique est la caricature exaspérante de tout ce qui fait le succès et la faiblesse de cette nouvelle vague fashion-core : un son hyper produit, des refrains à la 30 seconds to Mars ultra bateau pour la minette pré pubère, et un propos complètement insipide. Bon, tout cela est très subjectif je vous l'accorde, nombreux étaient venus en grande partie pour cette formation metalcore britannique, et malgré tout le mal que j'en pense, le rendu est tout de même efficace, et le public captivé. C'est le principal.

Même constat vestimentaire pour les italiens de Hopes Die Last, sauf que là c'est définitivement l'enfer de la mode, le purgatoire de la frippe. Je vous laisse imaginer le pire, vous en êtes encore tellement loin... 
Musicalement, parce que c'est ce qui nous intéresse, ne l'oublions pas, structures rythmiques ultra péchues, alternance de passages hardcore sautillants et groove au programme, sortis d'une setlist vraiment très efficace.  Musicalement beaucoup plus intéressant que le groupe précédent, avec des titres techniquement assez léchés, c'est la deuxième presque bonne surprise de cette première journée. Le groupe terminera sur un "Call me sick boy", très réussi, qui achèvera une foule transpirante (bah oui les marcels quoi) et survoltée. 

Après une pause bien méritée, le public retrouvera l'avant dernier groupe de la journée, les américains d'Our Last Night, qui nous ont concocté pour l'occasion une petite heure de post hardcore / metalcore mi-figue mi-raisin. Avec des titres parfois chiants à mourir, et d'autres un peu plus catchy, se payant même le luxe de nous réserver une reprise pas folichonne de Katty Perry (Dark Horse), le groupe peine à convaincre sur le créneau musical. Sans forcément être une mauvaise prestation, ce n'est pas forcément le meilleur groupe a mettre juste derrière Hopes Last Die, tant l'ambiance et les structures rythmiques sont différentes. Dommage.

Le dernier groupe arrive, la salle se remplit, et après avoir pas mal discuté avec des représentants de la faune locale, beaucoup sont visiblement venus pour Escape The Fate, qui bénéficie il est vrai d'une notoriété bien plus conséquente que l'ensemble des groupes précédents. Etant complètement passé à côté de ce mouvement durant mon époque lycéenne, je m'installe tout devant et essaie de faire le vide en moi, d'oublier tout ce que je viens de voir, de faire abstraction de la personne de 20 ans juste à ma droite, sa mèche jaune, son legging moulé, arborant fièrement ses 20 000 euros de tatouage (et encore je vois pas tout), et dont l'excitement a l'air contagieux. 
Dire que je n'étais pas préparé est un euphémisme, dire du mal de ce groupe emblématique serait trop facile, j'ai lâchement fui le devant de la scène au bout de trois chansons. Même si la foule chante les tubes, semble complètement accro, tout le monde semble aussi avoir oublié le vide déconcertant qu'inspirent les plans de guitare, la batterie quasi inexistante ou les parties vocales chiantes à mourir. Pour un représentant majeur d'un style musical, ça fait mal au cul. Tant pis, on ne peut pas adhérer à tout, cependant force est de reconnaitre et d'apprécier la prestation scénique, l'expérience du live de ces zikos là ; l'ambiance est survoltée, les gens deviennent fous au fur et à mesure que le concert se déroule et c'est tout simplement, et malgré toutes les salopperies que je viens de dire, le meilleur concert de la journée à l'applaudimètre. 

Si on ne devait retenir qu'une seule chose au final de cette journée, ce serait la putain de bonne ambiance dégagée par la plupart des groupes, du public, et une programmation cohérente avec le style. On aime ou on n'aime pas, mais ceux qui sont venus pour cette première journée en ont eu pour leur argent. 

lelag (Novembre 2014)

Merci à SonGreggy pour les photos et les jolis dessins.
Merci à Margaux et Damien @ OnlyTalentProd

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Commentaires

belze77Le Mardi 09 décembre 2014 à 21H56

J'aime bien ton report, étant fan d'Escape the Fate, je te dirais que techniquement les guitaristes ( surtout TJ ) sont bon, pas excellent mais bon. Avant d'y aller je ne connaissais que trois groupes ( Escape the Fate, Hopes Die Last, et Silent Screams que je te conseille d'ecouter si tu as aimé Hopes Die Last, ils ont de tres bonnes chansons avec deux voix qui tiennent la route ).
Venant du Thrash et du Death je ne suis pas fan du public de tous ces groupes je préfere une fosse avec des mecs de 2m sur 2m mais je dois reconnaitre qu'il y avait une très bonne ambiance.
Dans un autre registre que je ne qualifierais même pas de Core j'ai découvert Glamour of the Kill qui malgré le fait qu'ils n'aient rien réinventer a eu son effet. Sinon je trouve ton report très bien et très critique

VinZLe Mardi 25 novembre 2014 à 14H31

+1 pour le report de lelag, juste génial et +1 pour le commentaire de BloodyValentine, ça fait du bien de lire ce genre de réaction saine et intelligente !

BloodyValentineLe Mardi 25 novembre 2014 à 12H54

J'apprécie pas mal des groupes qui ont participé à ce festival mais n'ai malheureusement pas eu la chance d'y assister. Je lève les pouces bien haut pour ce report ! Un grand merci pour avoir été capable d'écrire un compte rendu respectueux sans être hypocrite ! Peu nombreux sont les personnes de nos jours qui savent encore faire la part des choses quand elles n'apprécient pas tel ou tel genre ou groupe !

+1 pour Lelag !