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Fall Of Summer, Part II le 06/09/14 Paris

Cette seconde journée commençant bien plus tôt, nous ne serons sur le site que sur les coups de 14h, accompagnés d'un temps idéal, ni trop chaud ni trop ensoleillé. Le public reste encore clairsemé à cette heure propice à la restauration, aux siestes allongés sur les collines ou aux premiers apéros.

C'est donc avec un public relativement peu présent et calme que Den Saakaldte entame son set en début d'après midi. La formation norvégienne a vu passer dans ses rangs (ou compte encore) bon nombres de musiciens hors pair issus par exemple de Gorgoroth, 1349, Pantheon I, Koldbrann, Carpathian Forest, Arcturus ou Shining. C'est d'ailleurs la présence de Niklas Kvarforth jusqu'en 2011 qui donnait, entre autres, cette teinte particulière d'un Black Metal plutôt lent et porté sur des ambiances mélancolique. Désormais Den Saakaldte s'est détaché de cette influence car son créateur, Mikael Sykelig semble apporter une direction plus personnelle au projet. Le set est froid avec certains passages atmosphériques bien foutus. Le problème, c'est que jouer du Black Metal  en début d'après-midi c'est jamais terrible niveau ambiance. Un bon concert néanmoins, mais qu'on aurait préféré voir plus tard.

Code pâtiront aussi quelque peu du running order. Peu de jeu de scène, aucuns décors, ni costume, les anglais ont pour seule et unique arme leur Black Metal qui demande pas mal de concentration. Encore une fois, pas évident de se prêter au jeu dans un cadre qui aurait mérité d'être plus intimiste, n'empêche que, Code réalise là une excellente prestation, du fait de leurs compositions recherchées et d'une maîtrise de leur art noir passant allègrement du Black Metal aux agressions Death ou ralentissement et lourdeurs quasiment Doom. Les guitares en son clair sont à tomber, les arrangements mélodiques de même et tout cela est maintenu en place par un batteur qui connait son métier. Mention spéciale au chanteur Wacian au moins aussi bon que le précédent, Kvohst (Dodheimsgard, Hexvessel, Beastmilk), assez surprenant dans son type de chant qui alterne growl profond et voix chantée presque aiguë. Code, ça transpire la classe avec une musique ambitieuse et variée. On en redemande.

Changement de ton avec le concert sanglant de Debauchery. Mannequins féminins nus ensanglantés, crânes fendus sur le micro du chanteur ou pied de micro qui sort d'un buste de femme découpée : les allemands ne font pas dans la demi-mesure et assument jusqu'au bout de leur délire gore de série Z. Perfecto, chaines et maquillage rougeâtre viennent renforcer leur mise en scène très travaillée (à niveau égal avec celle de Watain). Heureusement, le groupe ne mise pas tout sur le décorum car musicalement leur Death'n roll a le mérite d'être convaincant. Ca reste assez accessible pour ceux trop hermétique au Death Metal pur et dur, certains riffs Thrashy font bien le boulot avec un petit groove grassouillet fort sympathique de derrière les fagots. Assez classique en somme, mais un concert hargneux et énergique dont il aurait été malvenu de souhaiter beaucoup plus.




Assassin n'avait encore jamais mi les pieds en France, eux aussi, même après trente ans d'existence et, il est vrai au moins une décennie de split. C'est avec un tout nouveau chanteur, Ingo Bajonczak, que les allemands se positionnent sur la Sanctuary pour 50 minutes de Thrash pur jus. Pour une prise de position dans un groupe qui a plus de trente ans, faut avouer que le bonhomme assure vocalement et sait se mettre un public dans sa poche et faisant pogoter les premiers rangs. Tout du long du concert le groupe hurlera aux festivaliers un fameux « trou du cul », à prononcer avec l'accent s'il vous plait, qui sera repris en cœur. Pas mal de vieux titres de The Upcoming Terror sont joués dans la bonne humeur. Un bon concert de Thrash Metal comme on les aime.

La scène Blackwaters ouvrent enfin à 18h pour laisser place à Salem qu'on écoutera de loin d'une oreille distraite. Si la discographie du combo et les genres musicaux abordés sont plutôt vastes, le concert des israéliens sera néanmoins à dominante Death Metal, mais avec quelques touches Doom / Gothique par instants. On appréciera la volonté du groupe de diversifier son set et l'écoute posée sur les collines en fût d'autant plutôt agréable.

Artillery prend alors la relève sur la Sanctuary pour un show tout bonnement ébouriffant, et pas seulement en raison de la chevelure du chanteur ! Les Danois, pionniers du Thrash Metal européen, nous offrent un voyage à travers le passé, remontant le temps au fil leur setlist. Ils entament avec  avec les mélodies orientales de Chill My Bones (Burn My Flesh), issue de leur album Legions, dont ils enchainent ensuite le titre éponyme. Force est de constater que Michael Bastholm Dahl a du coffre, il s'époumone sur chaque titre et y met toutes ses tripes, pendant que ses partenaires s'éclatent sur des riffs finement ciselés. Le retour aux sources se termine avec le puissant et groovy Terror Squad et un constat s'impose : c'était bien trop court !

Le groupe dont j'attendais le plus la venue au Fall Of Summer c'est Ahab et leur Funeral Doom aquatique. Les deux pieds plantés dans le sable face le plan d'eau en arrière plan et le soleil sur le déclin, disparaissant progressivement à l'horizon : on fait difficilement mieux en terme d'ambiance, même si je n'aurais pas été contre que les allemands jouent sur un radeau à la dérive attaqué par des tentacules géants. Seul groupe Doom de l'affiche avec Pentagram, Ahab ne se laisse pas démonter. Alors bien sûr il y a le son qui en impose dès les premières notes de The Divinity Of Oceans, mais plus que ça, se sont les atmosphères que les allemands réussissent particulièrement bien, avec ce leitmotiv de captiver avec des tempi d'une extrême lenteur, mais avec toujours une ligne mélodique en fil directeur. Quarante minutes de set leur sont alloué, ce qui leur laisse tout juste le temps de faire... quatre morceaux. Pas le temps de parler entre, le chanteur Daniel Droste est d'un sérieux à toute épreuve et pourtant on est embarqué, sans mauvais jeu de mot, sur le radeau de la méduse et ces morceaux qui nous plongent dans des profondeurs aquatiques. Merci au cogneur Cornelius Althammer à la frappe lourde et visiblement très déconneur et au bassiste qui maintiennent cette ambiance oppressante. Old Thunder de l'immense The Call Of The Wretched Sea fait dresser les poils, Deliverance a ses leads somptueux pour lui et l'inquiétant et dissonant The Hunt est décidément un titre incroyable en parfaite conclusion. Ahab c'est le Funeral Doom avec un sens de la composition hyper aiguisé, capable de mettre tant d'émotion dans une seule ligne de guitare ou frappe de tom. C'est là qu'on se rend compte qu'il manque Below The Sun, le magnifique Antarctica The Polymorphess et tant d'autres. Il manque trop de titres et l'on aurait souhaité un concert qui fasse le double du temps, n'empêche que c'était sans aucune doute et discussion possible le meilleur concert de Fall Of Summer. Qu'ils n'attendent pas trois albums de plus pour revenir!

Il n'y a pas à dire, les vétérans du Metal étaient vraiment à l'honneur lors de ce Fall Of Summer. On enchaînait ainsi sur les Britanniques de Cancer et leur Death Metal Old School. Ils avaient décidés apparemment de nous coller une bonne branlée en jouant la quasi intégralité de leur cultissime album To The Gory End. Nous aurons ainsi droit au titre éponyme, ainsi qu'à Blood Bath (oui, le groupe Bloodbath tire son nom de cette chanson !) ou Body Count (pas sûr que ce soit le cas là par contre !). La comparaison avec Bolt Thrower est inévitable, en raison de leur compos tantôt lourde, tantôt speed et à l'atmosphère étouffante qui s'en dégage, ce qui est tout à l'honneur de ces vieux briscards.

Pentagram fait office de bouffée d'air frais dans cette affiche quasiment 100% extrême. Et bordel, voir des mecs qui après quarante de carrière ont autant de patate comme s'ils avaient tout juste vingt balais, ça fait drôlement plaisir à voir! Ozzy Osbourne peut aller se coucher avec son déambulateur, Bobby Lieblin et gesticulations loufoques lui mettent la misère. Le frontman a quelque chose de complètement captivant, avec sa chemise rétro, son œil hagard et ses déhanchements incontrôlés. Le musicien, très communicatif avec le public, vit sa musique aux côtés des notes grasses de Victor Griffin et du bassiste Greg Turley qui installent immédiatement une ambiance 70's entre riffing Heavy épique, tournure beaucoup plus Rock mais efficace comme le laisse supposer leur dernier album Last Rites, et passages plus Doom à l'ancienne. Pentagram a surtout pour lui des compositions qui inspirent le respect et même les quelques problèmes de son ne parviennent pas à entacher un des meilleurs concerts du festival, surpassant sans problème Black Sabbath cette année au Hellfest.

La suite va prendre une dimension beaucoup plus occulte avec Ascension et c'est enfin à cette heure propice de la nuit que l'on peut véritablement profiter d'un concert de Black Metal. Il faut dire que les allemand n'ont pas lésiné sur la décoration en disposant un peu partout de grosses bougies et un micro recouvert d'ossements. Baignant dans des lumières rouges ou bleues brumeuses, Ascension attaque directement avec un Black Metal féroce et vicieux se muant tel un gigantesque serpent. Leur riffing sournois qui mêle des compositions plutôt longues, à la fois brutes et hypnotiques, rappelant par exemple les travaux d'Aosoth, de Mgla ou de Svartidaudi. Les mélodies obscures et maladives sont d'autant plus appréciables, qu'elles sont rendu avec force et justesse sur scène grâce à un son impeccable. Les membres du groupe qui ont gradé l'anonymat (certains disent qu'ils viendraient de Katharsis et de Secrets Of The Moon) sont très convaincants, surtout le chanteur affublé de vêtements déchirés aux symboles cabalistiques et aux hurlement impressionnants et parviennent à instaurer une ambiance noire et mordante pendant cinquante minutes. Une sacrée découverte qui aurait presque pu éclipser la prestation de Watain...

Sodom, c'est sale et bruyant. Leur Thrash Metal blackisé est joué sans répit et ne fait vraiment pas de quartier. Et tant pis si le son est moyen et si la basse est mixée bien plus en avant que les autres instruments. Tant pis aussi si leur set est un poil raccourci, les allemands ne lâchent rien et délivrent quarante minutes de Thrash extrême, sans fun, sans déconne, juste le plaisir d'agresser au maximum notre ouïe déjà bien abimée depuis deux jours. 40 minutes qui font mal, idéales pour nous rebooster quand un moment de fatigue vient nous surprendre alors qu'il reste encore trois groupes à venir.

J'attendais beaucoup du concert d'Enslaved au Fall Of Summer, histoire de voir avec plus d'approfondissement la tenue de l'album RIITIIR en live, un joli coup de cœur de 2012. Mais autant leur dernière période dans un virage plus psyché / progressif se tient admirablement bien sur disque, autant sur scène c'est la douche froide sur leurs dernières compositions. Ca manque de souffle, de vie et on finit fermement par s'ennuyer. La sonorisation sans trop de nuances n'aide pas trop et ce n'est malheureusement pas le ton enjoué et tout sourire du frontman Grutle Kjellson ou les poses exubérantes du guitaristes Ice Dale qui nous y remettrons dedans. Sauf que, quand Enslaved joue Ruun ou une vieillerie comme Allfaðr Oðinn, là c'est une toute autre chose. Prisonnier des grands froids, l'on frissonne avec eux et c'est là qu'on est frappé par la dureté et la beauté de leur compositions. Que dire alors de leur incontournable « tube » comme Isa en conclusion qui fait descendre de quelques degrés sur la Sanctuary. Un concert des norvégiens en demi-teinte donc, qui ont du mal à donner vie sur scène à leurs récentes envies d'expérimenter d'autres domaines musicaux.

N'ayant pas reçu du concert d'Enslaved la claque tant espérée, c'est du côté de la Blackwater Stage que mes espoirs se tournent à présent pour ce qui sera le dernier concert sur cette scène. Avec le recul, le concert de Watain au Hellfest 2014 fut pour moi une légère déception quant au cadre festival, laissant la part belle au côté spectacle du groupe et en s'accordant sur le fait que les Suédois prennent une bien plus grande ampleur en salle. Me voilà malgré tout en cette fin de Fall of Summer les yeux pleins d'espoir en vue de ce qui va suivre car aujourd'hui a lieu le onzième et dernier concert de la tournée estivale de Watain. 11. Ce nombre à la signification particulière dans le culte satanique laissait envisager que ce concert serait différent de ceux donnés cet été. Il fut bien plus encore. Les tridents s'enflamment et E (Erik Danielsson) arrive sur scène, flambeau à la main, suivi de ses musiciens, lançant la messe en s'agenouillant face à l'autel installé devant la batterie. Le concert s'ouvre par De Profundis tout de suite suivi par Black Flames March, tous deux extraits de leur dernier album en date The Wild Hunt. S'ensuit un véritable déferlement de titres de Lawless Darkness qui apportera un certain goût de l'atmosphère du live Opus Diaboli. Les décorations et pyrotechnies s'illuminent une à une au fil des titres jusqu'à atteindre un sommet à l'entame de Waters Of Ain, qui viendra clore de sa quinzaine de minutes ce set. Le groupe quitte ensuite la scène qui pendant plus d'une heure ne m'a pas semblé être celle d'un festival tant cette prestation recréa l'ambiance chaude et encensée de leurs concerts en salle, avec le grandiose de la pyrotechnie possible uniquement en festival, ou en Suède. Et alors que résonne encore dans les enceintes l'outro Requiem XIII et que la foule se tourne vers la Sanctuary Stage pour le show Motörheadien de Bömbers, je reste presque seul, les pieds dans le sable, avec la certitude d'avoir assisté au meilleur concert de Watain qu'il m'a été donné de voir.

Avant de conclure cette harassante journée, Bömbers vient nous foutre un dernier coup en travers de la nuque avec leur Heavy Rock jouée à toute vitesse et les amplis dans le rouge. Normal pour un groupe de reprise de Motörhead, avec sieur Abbath d'Immortal dans la peau de Lemmy Killmister, s'il vous plait. Les rouflaquettes et la Rickbaquer sont de circonstance autant que  la voix gavée d'éthanol et matinée à la clope. A l'écoute de leurs reprises la ressemblance est troublante et on se passerait presque des originaux. Du coup, Bömbers joue fort, joue bien, sans temps mort, porté par un batteur qui accélère parfois certains titres, mais fait par dessus tout groover des fesses avec du classique comme Bomber, Overkill, Killed By Death ou l'incontournable Aces Of Spades en fin de set. Une apothéose à la gloire du Rock'n roll pour boucler définitivement cette première et impressionnante première édition.

Le Fall Of Summer fût un succès avec ses environ 2000 personnes par jour nous a-t-on dit, affluence qui permet à l'organisation de pouvoir envisager une deuxième édition du même calibre, dont nous espérons la confirmation d'ici quelques semaine. Le public a répondu présent et l'on a vraiment apprécié la disposition du site, son côté familial et une organisation vraiment au poil dont pas mal de festival devraient s'inspirer, récents ou moins récents (Motocultor, Route du Rock). Finalement, le Fall Of Summer, ça ressemble un peu au festival idéal, à condition d'aimer le Metal extrême, vraiment, mais ça fait aussi parti du concept et tant pis si certains groupes de Black Metal jouent la journée. On retiendra notamment les prestations de Bölzer, Carcass, Pentagram, Ahab, Watain, mais de très bons concerts dans l'ensemble. C'est où qu'on signe pour l'année prochaine?

Pentacle (Novembre 2014)


Merci à 
À Jeter Prom et au Fall Of Summer pour l'invitation et merci à Dooweet pour l'accueil presse.

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Commentaires

david110869Le Samedi 22 novembre 2014 à 11H55

Excellent festival, très bonne ambiance, pas de retard. Pour une première édition, un quasi sans fautes :)