Death from above 1979 Paris, le Badaboum, 08-10-2014

Jesse Keeler a la mémoire courte. En déclarant que c'était la première fois que DFA 1979 jouait à Paris, en quatorze ans, c'est oublier leur prestation à Rock en Seine en 2011. Il y a des jours comme ça où on a envie de chipoter.

Ceux qui n'ont rien oublié, ce sont les quelques 500 personnes, dont le flot régulier s'attache consciencieusement à remplir la salle jusqu'à ce que les trois coups sonnent l'entrée des Canadiens de Greys. A entendre ces petits jeunots, impossible de ne pas penser immédiatement à ce rock furieux des années 90 outre-Atlantique et à son porte étendard, Fugazi. Mêmes gimmicks flagrants, jusque dans les intonations du chant ou certains riffs de guitare (on découvre même, faussement surpris, après coup, que le groupe a un titre intitulé "Guy Picciotto"). Ce qui en fait, pendant une demi-heure et une application visible de chacun des membres, un set joueur et vivace à défaut d'être réellement rafraichissant. Une bonne entrée en matière aux accents punk : de quoi chauffer les troupes et libérer les énergies.

On découvre en passant Le Badaboum, nouveau lieu à la mode, bâti en lieu et place de la Scène Bastille, et ses fascinants néons au plafond. Et si la salle n'a rien d'exceptionnel, ressemblant à 10 001 autres salles de clubbing des environs, on espère toutefois que les propriétaires réviseront leur politique en matière de vestiaire payant obligatoire pour les sacs. Qui, sérieusement, interdit encore les sacs dans une salle de concert en 2014 ? Et qui oblige à payer, sans prévenir ? Où donc mettre autrement l'intégrale des Romanciers libertins du XVIIIe siècle de Jean-Louis Fougeret de Monbron (Ed. La Pléiade) ? Autant de questions qui me chiffonnent lorsque les lumières se tamisent sur la scène minimaliste préparée pour le duo canadien.

Si The Physical World n'a été, de notre côté, que frustration et déception, on espérait avant tout de ce soir une déferlante sonore comme à la bonne époque, circa 2005. Et entendre "pour de vrai" les tubes de You're A Woman, I'm A Machine, avait quelque chose d'assez excitant, avouons-le.
C'est en bonne voie avec une introduction comme il se doit sur "Turn It out". La basse distordue crache à plein micro dans les amplis, la batterie de Sébastien Grainger s'emballe et le public témoigne de sa surexcitation au quart de tour, pogo furieux et slams incessants inclus. On se dit que, malgré huit ans de silence depuis leur séparation en 2006, le groupe avait laissé un manque quelque part. Et c'est rebelote sur tous les anciens titres joués ce soir : "Going Home", "Cold War", "Go Home, Get Down", entre autres, avec deux mentions spéciales pour les hits "Little Girl" et "Romantic Rights", en rappel, bruts de décoffrage et tubesques à souhait. Ce sont finalement les titres à maturation qui emporteront le plus d'adhésion ce soir.

Mais que donnent les nouveautés ? Au-delà des deux premiers singles, qui avaient été dévoilés en amont de la sortie de The Physical World, "Trainwreck 1979" et "Government Trash" et qui semblent avoir fait leur chemin parmi le public, les autres titres sont plus compliqués. Subjectivement, je ne les aime déjà pas sur disque, en live je les retrouve clairement en rôle de faire-valoir des autres tubes, définitivement mieux branlés. "Right on, Frankenstein", "Cheap Talk", "White Is Red" ou "Virgins" : autant de morceaux peu inspirés, qui résonnent correctement sur scène, en grande partie grâce à ce son de basse incroyable et l'énergie déployée par les deux camarades, Sébastien s'époumonant jusqu'à en perdre la voix.

Ce soir, Death from Above 1979 a livré le concert attendu, équilibré entre vieux titres (yay) et nouveautés (meh). Dommage qu'il ait fallu attendre autant de temps pour voir le groupe à l’œuvre; à quelques années près, je pense que j'aurais laissé filer, les amours de jeunesse sont rigolos un temps seulement. Mais c'était le timing parfait pour encore ressortir quelques frissons à l'écoute de ces titres qui ont fait la réputation de DFA 1979 en leur temps. Et l'on se rend compte, finalement, que des groupes capables de balancer vite fait des tubes aussi rock 'n roll, il n'y en a peut-être plus beaucoup.

Chorizo (Octobre 2014)

Merci à Anne-Lise et Julie (Super!) et à Djou.

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