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Cult Of Luna à Paris, le 09/05/2014

Cult Of Luna entame une dernière tournée avec God Seed pour défendre son dernier album Vertikal. Dans quelques temps le groupe s'arrêtera pour une durée indéterminée. C'est en ce 9 mai 2014 au Trabendo de Paris que l'on rejoint alors Johannes (Guitare / Chant) dans les loges pour donner une fois de plus la parole au frontman charismatique, peu avare en paroles et décidément fort passionnant.

Metalorgie : Ce soir a lieu la dernière date « classique » de la tournée avec God Seed, est-ce qu’il faut s’attendre à des surprises ?  

Johannes : Oui car ce soir Khlas (ancien chanteur ndlr) et Thomas (batteur session ndlr) seront avec nous, donc on va expérimenter quelques vieux morceaux que l’on a pas encore joués sur cette tournée. On la déjà fait à Umeå à Stockholm. On y avait joué tout le set, mais ce ne sera pas possible ce soir puisqu'on n’avait même pas prévenu la salle que l’on rallongerait le concert. D'habitude, on joue une heure trente, mais ce soir ce sera une heure cinquante.



Il y aura des morceaux tirés de Salvation ?

Non, je ne pense pas, désolé, on a dû retirer un morceau du set pour le raccourcir. (le petit menteur, ils joueront finalement Leave Me Here en rappel) 

Pourquoi avez-vous choisi d’organiser une tournée avec en co-tête d’affiche God Seed ? N’avez-vous pas eu peur de la réaction des fans de voir un groupe de Black Metal jouer avec vous ? 

Les gens devraient se sentir privilégiés de voir God Seed. Pour être franc, l’idée ne venait pas de moi, du reste je n’aurais jamais pensé qu’ils voudraient tourner avec nous. Je suis un grand fan de Gorgoroth depuis que je les ai vus en Norvège en 2008. Le Black Metal a eu une énorme influence sur Cult Of Luna. D'ailleurs, si tu réécoutes nos débuts, comme le morceau Beyond Fate, le premier titre que nous avons enregistré en vue d’une sortie officielle et que nous allons jouer ce soir, tu peux entendre un accordage en mineur. Cela vient des origines de la scène Black Metal au début des années quatre-vingt dix. Je pense d’ailleurs que ce qu’a fait Gorgoroth et ce que fait maintenant à une plus grande échelle God Seed, c’est de prendre pour héritage cette scène et de la développer ensuite. Ils sont capables de créer quelque chose de résolument nouveau mais toujours ancré dans leurs racines. Les voir jouer tous les soirs a été un privilège et si ça dérange les gens, qu’ils aillent se faire foutre. S’ils sont trop étroits d’esprit pour apprécier, tant pis pour eux. Je ne m’en étais pas rendu compte jusqu'à présent, mais je dois dire que Gaahl est sans doute un des meilleurs chanteurs Metal de tous les temps. Je ne vois personne d’autre capable de se servir de sa voix tel un instrument comme il le fait. D'habitude, tu as soit un mec qui crie et un mec qui chante en voix clair, voire le même qui fait les deux à la fois, mais lui va au-delà de tout ça. Il est capable d’alterner les tons les plus hauts et les plus bas en restant fidèle à chaque note, c’est pour cela qu’il est probablement un des meilleurs chanteurs de Metal à l’heure actuelle. Même si malgré tout cela, il n’a pas la reconnaissance qu’il mérite. 

Au fur et à mesure des années, la réputation de vos concerts n’a fait que grandir, avec beaucoup de jeux de lumières et un son massif. Mais après tant d’années, l’expérience du live est-elle toujours aussi prenante ou la routine commence t-elle à se faire sentir ?

Non ce n’est pas devenu une routine et je pense que, tout du moins je parle pour moi, c’est parce qu’on ne tourne pas tant que ça. On a peut-être joué dix fois à Paris depuis nos débuts mais nous ne tournons pas autant que d’autres groupes. Hier, j’ai eu une expérience incroyable, je ne crois pas du tout au surnaturel ou ces trucs-là, mais quand tu te mets dans un état presque méditatif et que tu te retrouves dans une sorte de transe, toute forme de logique disparaît. Quand tu ne penses plus simplement à un riff en mode « Okay 4/4/4/4 » et que tu mélanges le tout, ça devient un espèce de paysage. J’ai eu cette expérience hier et c’est la raison pour laquelle je fais de la musique au départ. C’est aussi une des raisons pour lesquelles on ne tourne pas tant que ça parce que si ça devient un travail… Bien sûr j’ai eu de mauvaises soirées aussi. De temps en temps tu commences la première chanson et après… Putain tu dois rester là pendant une heure vingt et tu comptes les morceaux. Mais cela arrive très rarement et en même temps, ce serait étrange si tu étais vraiment exalté tous les soirs.

 Vous allez jouer demain à Londres pour le festival Beyond The Redshift. Comment cette idée vous est-elle venue ? 

Eh bien l’idée vient de notre agent, il est venu vers nous et nous a demandé ce que l’on en pensait. Moi je lui ai dit « ouais si tu veux le faire c’est une super idée, mais le boulot sera pour toi… » (rires) Enfin qui peut refuser la possibilité d’être à l’origine d’un festival quand tu as le pouvoir de décision et que tu peux retrouver tes amis. Ca va être un moment génial, comme des retrouvailles puisque ce sont tous des amis et nous avons tourné avec la plupart de ces groupes. Je suis un peu déçu parce que j’ai dû dire non à beaucoup de groupes, mais j’aurais aimé que nous ayons plus de genres et d’artistes. Il y avait quelques groupes que j’aurais vraiment voulu aussi, mais le problème est d’ordre financier. Notre agent s’occupe des finances et si je veux qu’un groupe vienne de Suède, de Norvège ou des Etats-Unis, il va me dire « Bon, c’est trop cher par rapport à ce qu’ils vont rapporter ». Enfin le festival va être génial malgré tout.

Le line-up de ce festival est assez éclectique ; est-ce que ça reflète les goûts des membres de Cult Of Luna

Je répondrais que non parce que j’écoute de tout. Cela peut être de la pop « mainstream », ou n’importe quoi entre Queen, God Seed, Tom Waits, Julie ChristmasAnna Von Hasselwolff… vraiment tout. Mais on a quand même essayé de mettre des limites aux genres musicaux du festival. Ils restent assez larges parce que certains groupes ne sonnent pas de la même manière, mais il fallait quand même que ça se rapproche du « Post quelque chose ».

Klas Rydberg sera de retour au chant pour ce concert sur certains morceaux sortis avant Vertikal. Comment s’est passé son retour dans le groupe ? 

Il savait que étions en tournée, que nous allions faire ce festival et nous savions qu’on en referait plus pendant un moment. On voulait que le concert de Londres soit très spécial donc je lui ai demandé et il a dit oui. Après on avait une date à Stockholm alors on s’est dit « faisons ces deux-là ! ». Enfin on a réfléchi et puisqu'on allait faire le concert de Londres le lendemain, on s’est dit qu’on pouvait faire celui de Paris ensemble également parce que ça va être un super concert aussi. « Si ça te branche on le fait ! », ça s’est passé comme ça. Quand il a quitté le groupe, on était pas du tout en froid, c’était prévisible et tout le monde était d’accord avec ça. 

Pendant cette tournée vous avez mis en ligne plusieurs remixes de Cult Of Luna et de God Seed provenant de différents artistes, ainsi que quelques podcasts notamment avec Thomas Liljedhal de The Old Wind. Comment l’idée vous est-elle venue ? 

Je n’ai rien à voir avec les remixes. Je n’ai même pas écouté la majorité d’entre eux. Quelques amis en ont fait comme Luke de The Ocean que j’ai particulièrement aimé, mais honnêtement je ne les ai pas tous écoutés. Je le ferai plus tard quand j’aurai le temps. Le truc des Podcast, on me l’a demandé lors d’une interview avec Gaahl donc je l’ai fait… Et c’était une des pires expériences de ma vie. Je suis vraiment nul quand il s’agit de manipuler du matériel d’enregistrement. Mais au-delà de ça, c’était intéressant de le faire avec des micros bas de gamme comme ça. J’ai fait cinq ou six morceaux qui seront postés sur internet prochainement. Thomas a été important parce qu’il a joué dans Breach, qui est un des groupes dont l’influence a été la plus grande sur Cult Of Luna. C’est probablement un des groupes méconnus les plus incroyables, ils avaient dix ans d’avance sur tout le monde à l’époque. S’ils avaient commencé en 2005, ils auraient écrasé la concurrence. Dans tous les cas, l’interview était super et en plus de ça, c’est un ancien alcoolique et drogué donc maintenant qu’il va mieux il voit les choses avec beaucoup plus de clairvoyance. 

Vous avez récemment annoncé vouloir vous mettre en hiatus après les quelques dates restantes cet été, qu’est-ce qui a motivé ce choix ? 

Je ne pense pas avoir parlé de hiatus. Ce que je veux dire c’est que dans ta vie, c’est pas parce que tu n’as pas de projet que tu abandonnes. On a tous des choses différentes à faire, par exemple j’ai deux enfants dont je dois m’occuper et pour l’album Vertikal, on a pris une pause pendant quelques années avant de le faire, et quand on en a fini avec l’album, on a fait beaucoup plus que ce qu’on n’avait jamais imaginé faire. Plus de tournées etc. Mais, qui sait, on a juste rien de planifié et on ne veut pas donner l’impression que nous sommes un groupe qui va sortir un album tous les deux ou trois ans… Peut-être dans 10 ans ou… En fait je ne sais pas, on verra bien. Nous n’allons pas faire de tournée, ça c’est certain, mais si quelqu'un nous propose de venir à un bon festival, pourquoi pas. On ne sait jamais.



Est-ce l’occasion de voir Khoma se reformer ? Ou un autre projet ? 

Non. Absolument pas. Mais j’ai un nouveau groupe avec Christian qui, d’ordinaire, nous remplace Thomas et moi. J’adore Cult Of Luna, j’adore tout ce que l’on fait, mais tout est tellement démesuré : les lumières, l’équipement, les balances qui durent trois heures… Je veux un groupe avec lequel tu vas sur scène, t’allumes l’ampli, tu pousses le volume à 11 et tu joues (rires). Donc, oui, j’ai décidé l'automne passé que j’allais écrire un morceau par jour pendant deux semaines et je l’ai fait. Ca ressemble à du Hardcore des années 90. On va y ajouter des espèces de sonorités sombres au tout donc ça fait un peu Hardcore obscur. Le groupe va s’appeler Riwen. On a trois morceaux enregistrés pour un single déjà. J’ai essayé de composer des chansons qui durent moins de deux minutes mais je n’ai pas toujours réussi à le faire (rires) enfin je fais de mon mieux. C’est rapide, malsain et furieux.

L’EP Vertikal II a suivi de près la sortie de l’album Vertikal. Etait-ce voulu pendant l’enregistrement ou l’idée est-elle venue par la suite ?  

On a enregistré les morceaux en même temps. L’idée première avec Vertikal était de faire un double album. Genre revenir et « boum ! » voilà le double album, fermez vos gueules (rires). Finalement on s’est rendu compte qu’on avait quelques morceaux supplémentaires avec d’autres idées, mais on faisait ça juste pour dire de faire un double album et c’est pas ce qu’on voulait Les morceaux doivent pouvoir vivre d’eux-mêmes et il y a déjà trop de doubles albums avec beaucoup de remplissage. 

Sauf peut être pour Swans.

Non ils font du remplissage aussi. Tu peux juste créer du bruit et en faire un morceau, c’est de la connerie. En plus en faisant ça tu récoltes instantanément une espèce de crédibilité basée sur la dureté de l’ensemble. Non, il est juste resté appuyé sur une putain de note de clavier. Je suis désolé de dire ça mais… Ils ont fait beaucoup d’albums géniaux… Un de mes préférés comment il s’appelle… Un double album… 

Soundtrack For The Blind ?

Oui ! Et le second morceau du deuxième album est super long. C’est une de mes chansons préférées. Mais quand il passe son temps à gueuler dans le micro… Non, c’est pas bon (rires) mais tu as le droit d’avoir ta propre opinion (rires).
Pour répondre à ta question : On a en quelque sorte abandonné l’idée du double album et viré quelques idées de chansons. Il nous restait quand même trop de morceaux, c’est donc comme ça que l’idée d’un E.P est venue, dans une sonorité très proche de l’album pour créer un effet d’ensemble. 

Vous avez sorti deux « concept albums » de suite, est-ce quelque chose de spécial pour vous ?

Oui avant même que l’on commence à écrire j’ai besoin de limiter mes options. Je pense que c’est la meilleure chose qu’un artiste puisse faire : se limiter, créer un cadre. « Tu peux aller jusque là mais pas plus loin ». Vertikal est un « concept album », Salvation était un « concept album », The Beyond aussi… Tous nos albums ont un concept sauf le premier. Le premier album est simplement quelques morceaux composés avec les potes et mis bout à bout. A l’époque on pensait « Trop bien on enregistre un album, cool, on va enregistrer toutes nos compos ! ». Mais après on a tout de suite prêté davantage attention à l’ensemble. Pour Vertikal et Eternal Kingdom on a décidé avant même d’écrire la première chanson comment ça allait sonner, l’histoire derrière etc. 



Vertikal est basé sur le film Metropolis de Fritz Lang. Peux-tu nous en dire plus ? Comment cette idée est-elle venue ?

En fait pas du tout. Ca n’a rien à voir avec ça. L’histoire d'Eternal Kingdom était basée autour de la forêt dans laquelle nous avons grandi. Quand on a commencé à parler de comment Vertikal allait sonner on s’est dit « Ok ! Et si on opérait un virage à 180 degrés ? Allons dans la ville ! ». On voulait faire un album sur le futur sans aller dans le « biotech futuriste » à deux balles. On a donc commencé à s’envoyer des mails parce qu’à ce moment on vivait dans des villes différentes de pays différents. Dans nos mails on se demandait « Par quoi pourrais-tu être influencé ? » et ce qui revenait le plus était la science fiction futuriste italienne et allemande des années vingt. L'expressionnisme était très important, beaucoup d’images sont venues de Metropolis par exemple. Donc, au niveau de l’histoire il n’y a pas de connexion directe, c’est davantage dans l’approche stylistique de notre ligne directrice. On voulait que ce soit des lignes droites, très inorganiques. On voulait que le son soit très dur, notamment celui des guitares, toutes les leads devaient vous exploser les tympans. Voilà nos idées de départ, tout le reste a été composé à partir de ça. Donc globalement la connexion est stylistique, pas historique.

Donc vous êtes des fans de science-fiction ? 

Oh j’adore la science-fiction. J’aime tout depuis Jules Verne jusque Blade Runner.

Seriez-vous intéressés de faire une bande originale de film ? 

Je l’ai fait. Christian et moi, avons composé de la musique pour deux courts-métrages. Un de ceux-là va devenir un long-métrage donc j’espère que l’on va pouvoir composer pour celui-là aussi. Ca dépend vraiment de ce que souhaite le réalisateur, il faut qu’il nous choisisse spécifiquement puisqu'on a un son très spécial, différent de Cult Of Luna, plus organique. En fait on s’enferme au studio et on compose ce que bon nous semble.  

Dans votre équipe figure maintenant un régisseur lumière français, Alexis, comment la rencontre s’est-elle produite ? 

Vous pouvez trouver la réponse dans mon podcast, j’ai fait une interview avec lui. Ca va bientôt sortir. Pour faire court, on le connaît depuis qu’il est gamin. Quand il a eu seize ans c’était un peu devenu notre petite mascotte marrante. On ne savait pas vraiment ce qu’il faisait mais il traînait tout le temps avec nous. Tout à coup il s’est mis à s’occuper des lumières et il voulait faire les nôtres. On avait déjà un mec génial aux lumières à l’époque et on s’est demandé si on pouvait faire confiance à ce gars-là. Jusqu'au moment où on a fait quelques dates françaises et il nous manquait un mec aux lumières. On lui a alors dit « Ok, si tu veux le faire, fais-le ! ». Ensuite, puisqu'on le connaissait depuis tant d’années, qu’il faisait partie de la famille, il nous comprenait et savait ce qu’on voulait. Depuis, ce qu’il fait correspond parfaitement à ce que l’on souhaite. Personnellement, artistiquement et professionnellement on se comprend bien. Voilà donc pourquoi je pense que ça se passe si bien avec lui. Finalement on ne parle jamais des lumières parce qu’on sait qu’il va assurer.
 
Une question plus personnelle pour finir : Est-ce que le fait de devenir père a changé ta manière de faire de la musique ? 

Non je ne pense pas. Si c’est le cas je ne m’en rends pas compte, c’est inconscient. Ca m’a changé sur beaucoup de beaucoup de manières différentes, peut être pas assez (rires)… Puisque je suis encore en tournée loin d’eux. Mais non, ça me change à d’autres niveaux plus profonds, mais pas dans notre musique, du moins c’est comme ça que je le ressens.

Nonohate a eu la preuve qu’ils transportent beaucoup de matériels lorsqu’il a demandé après l’interview…

Je vais venir vous voir demain à Londres, je peux venir avec vous dans le tour bus ? 

Eh bien en fait on a tellement d’équipement qu’on ne pourrait même pas faire rentrer un nain (rires)


Un grand merci à Elodie et Him-Media pour nous avoir organisé cette interview, ainsi qu'à Cartel Concerts et au Trabendo pour leur accueil.

Merci également à ChorizoPentacle et Nonohate pour les relectures. 

Humtaba (Octobre 2014)

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Commentaires

letatarLe Mercredi 01 octobre 2014 à 20H59

Oui excellente interview, comme souvent avec Johannes.

petoLe Mercredi 01 octobre 2014 à 09H44

Très sympa cette interview. Merci beaucoup!
Joahnnes est fidèle à lui-même. :)