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Tim Keen (Ought) Paris, Hôtel Ibis Paris Berthier

De passage à Paris, entre une date au Portugal et une autre en Allemagne, le batteur de Ought, Tim Keen, s'est calé dans un canapé râpeux pour échanger sur le premier album du groupe, les manifestations étudiantes au Québec en 2012 et la tournée actuelle.

Metalorgie : Pouvez-vous vous présenter pour nos lecteurs ?
Tim Keen : Je m'appelle Tim Keen, je suis le batteur du groupe. Nous venons de différents endroits dans le monde et avons tous bougé à un moment ou un autre à Montréal pour nos études. Nous avions des amis communs et avons commencé à traîner ensemble avec ce besoin de faire de la musique tout le temps. Nous avions un studio dans notre salon ce qui nous a permis de jouer, et de jouer jusqu'à ce qu'en sorte quelque chose qui nous plaise à tous. Puis, nous avons fait quelques shows à Montréal, toujours dans les mêmes bars pendant un an ou deux. Un jour, un mec de Constellation a été invité à un de nos shows grâce à des amis communs et... nous voilà ici!

Deux ans pour se faire connaître c'est plutôt long mais, depuis, tout s'est passé très rapidement ! Nous avons bien eu le temps de connaître notre public et de savoir aussi ce que l'on aime jouer en tant que groupe.


M : Ought s'est formé durant le Printemps Erable et les manifestations étudiantes que l'on connait. Vous êtes-vous impliqués dans ce mouvement ?
TK : Nous étions tous plus ou moins impliqués. Pour ma part, je n'étais pas étudiant, donc je n'ai pas participé aux plus grandes manifestations mais nous avons tous pris part à plusieurs rassemblements. Nous avons essayé de nous impliquer autant que faire se peut. C'était important et urgent, pour nous, de faire bouger les choses. Il faut dire que c'était quasiment impossible de ne pas y prendre part, et de rester chez soi à jouer de la musique ou écouter des disques alors que plus de 20 000 personnes défilaient devant ta porte. C'était fou.


M : Ought est-il un groupe politique ?
TK : En tant qu'individu, je suis un homme politique. En tant que groupe, nous l'avons tous été également. A l'époque où nous nous sommes connus, nous commencions tous de notre côté à réfléchir à qui nous étions, pourquoi nous étions là et ce que nous voulions faire de nos vies... Cela avait du sens, spécialement dans ce contexte très politique à Montréal. Musicalement parlant, nous essayons de traduire et de répondre à ces questions. Mais ce n'est jamais expressément dit dans nos lyrics si tu fais bien attention. C'est plus subtil. Il s'agit plus de décrire un état d'esprit, d'avoir une réflexion plus globale en tant que groupe d'individus.


M : A ce propos, la notion de groupe et d'unité semble être quelque chose à laquelle vous tenez beaucoup. Ought dépasse le concept d'individus.
TK : Oui, c'est vrai. Par exemple, lorsque nous répétons, personne ne vient avec des idées à montrer aux autres. Nous jouons tous ensemble, sans trop savoir où l'on va, jusqu'à ce que quelque chose ressorte. C'est une manière de travailler très collaborative. C'est très long, parfois cauchemardesque (rires) mais c'est très gratifiant lorsqu'on arrive à quelque chose ensemble. C'est une surprise, en quelque sorte, qui dépasse chacun d'entre nous. Je ne sais pas si c'est politique, c'est simplement de cette manière là que nous travaillons,c'est ce qui fait le plus de sens. C'est pour cette raison que c'est difficile pour nous de composer en étant en tournée. Nous avons besoin d'espace (rires).


M : L'album est pourtant très cohérent et s'écoute de manière assez fluide. On aurait pu imaginer que ce soit plus chaotique étant donné la manière dont vous travaillez...
TK : Tu as raison, mais comme nous avons écrit l'album tous ensemble, ça se doit d'être cohérent. Tous les morceaux sont finalement nés de la même manière et possèdent une structure similaire.


M : Combien de temps avez-vous mis pour écrire Today More Than Any Other Day ?
TK : "Pleasant Heart" a été enregistrée lors de la sortie de notre premier EP. Le dernier morceau a été composé deux semaines avant d'entrer en studio pour enregistrer l'album. Cela nous a donc pris près d'un an et demi pour écrire l'album en entier. Nous avons encore quelques idées pour la suite, que nous allons affiner lorsque nous reviendrons de tournée.


M : Les lyrics sont travaillés de la même manière, collaborativement ?
TK : Non, c'est Tim (Beeler) qui les a tous écrits. C'est assez impressionnant, d'ailleurs. Cela part de la même manière que lorsque l'on compose les mélodies. On joue et Tim chante n'importe quoi. Puis, il s'isole, change deux-trois trucs et revient finaliser. Quand tu y réfléchis, c'est dingue de voir que ses premiers essais sont très proches du résultat final, comme s'il avait des idées, des phrases, déjà formulées dans sa tête.


M : Pouvez-vous nous parler de la pochette ?
TK : Nous avons visionné des tonnes de photos mais aucune ne correspondait à l'album autant que cette photo, qui est aussi celle de notre premier EP. C'était comme une obsession, tu vois (rires). J'adore cette photo. On l'a trouvée dans une poubelle. La photo a été affichée dans notre cuisine pendant très longtemps. C'est une veille image qui a été prise lors d'un stage de team building en entreprise. Les gens joignent leur mains pour témoigner de leur esprit d'équipe, tout ça, mais quand tu regardes la photo en entier, c'est plutôt triste car les gens ont l'air malheureux. Ils font un truc ensemble mais, dans le même temps, ils ont l'air triste... C'est un juste reflet de notre quotidien, je trouve.


M : Pourquoi avoir gardé uniquement les mains pour la pochette ?
TK : Oh, pour des raisons purement esthétiques.


M : D'où vient le titre de l'album ?
TK : De la chanson du même nom, qui nous est venue d'un seul coup. C'était une journée de merde, il faisait plus de 30° en plein cœur de l'été. On était en nage, on n'avait rien sorti depuis plus de 3h et on se sentait un peu démoralisés. Quand on est revenu dans le studio, le morceau est sorti d'un coup. C'était assez magique.


M : Quels sont les thèmes abordés par l'album ?
TK : D'abord, on ne s'est pas dit "Tiens, l'album va parler de ça et de ça". On y a simplement mis les choses que l'on mentionnait précédemment sur le sens de nos vies, notre quotidien, nos boulots de merde... Dans les discussions que nous avions à l'époque, il y avait ce décalage entre les grandes idées qu'on pouvait avoir, les manifestations géantes qui se déroulaient et le quotidien un peu merdique que l'on vivait. Rien ne se passait ! C'est aussi ce qui a motivé notre engagement, et qui en même temps nous inquiétait : durant la grève, tout le monde sentait qu'il fallait faire quelque chose, que quelque chose devait bouger, mais personne ne savait quoi exactement.


M : Est-ce que vous vous attendiez à avoir autant de retours positifs lors de la sortie de Today More Than Any Other Day ?
TK : Honnêtement, non. On n'avait aucune idée de ce qui se passait ici. Ç’aurait très bien pu être complètement différent, pour nous c'était pareil, on ne savait pas à quoi s'attendre. Mais c'est cool qu'autant de personnes aient écouté l'album, nous aient fait autant de retours positifs et viennent discuter avec nous lors de nos shows.


M : Avoir le label Constellation sur votre disque vous a bien aidé, j'imagine ?
TK : Oui, ça aide définitivement, ce n'est pas comme s'ils avaient l'habitude de sortir de mauvais disques (rires).


M : C'est surprenant tout de même de vous voir sur ce label, plutôt habitué aux musiques expérimentales...
TK : Oui, c'est vrai. Mais si tu regardes leur back catalogue, tu y verras une tonne de groupes rock, même s'ils ne sont pas aussi connus, comme Carla Bozulich par exemple. C'est vrai cependant que nous jouons un rock plus direct par rapport aux autres... Mais qui sait si nous ne jouerons pas autre chose plus tard. Je ne sais pas comment l'expliquer, ça marche bien comme ça, tout simplement.


M : Et le public qui se déplace pour voir Carla Bozulich, pensez-vous que ce soit le même que le vôtre (les deux groupes partagent l'affichent à l'occasion d'une soirée à Montréal en octobre) ?
TK : Non, ce n'est pas vraiment le même public mais personnellement j'adore ce qu'elle fait. Le dernier album (Boy, sorti cette année) est vraiment très bon. Il sonne comme du Swans ! C'est plus poppy mais toujours aussi lourd.


M : Ought est-il un groupe live ?
TK : Oui, définitivement. L'album studio est simplement un reflet de ce que nous pouvons faire sur scène. Lors de l'enregistrement, nous avons joué les morceaux deux fois seulement et c'était dans la boîte. Nous sommes nés du live, c'est aussi pour ça qu'on adore la scène, pour que les gens puissent se rendre compte de la manière dont sonne réellement le groupe. On joue de manière un peu plus lourde, on ajoute quelques solo par ci, par là. C'est très sympa.


M : Qu'est-ce que ça fait de passer de petites salles à des gros festivals, comme le Pitchfork festival (qui aura lieu à Paris en octobre) ?
TK : C'est assez fou comme sensation mais le planning a été fait de manière intelligente. La taille des salles va croissant donc on peut s'habituer et apprendre comment gérer la salle. Le Pitchfork sera une expérience très motivante, on n'a jamais joué devant une telle audience. Mais cela ne change pas fondamentalement notre manière de jouer.


M : Quelles sont vos influences ?
TK : C'est amusant, car nous avons écouté beaucoup de choses, mais plutôt des groupes de potes, plutôt heavy, avec des riffs très sombres etc... Comme Lungbutter, que je produis. Un peu comme Hella mais en plus fou. Nous n'écoutions pas de Rock "classique" tous les jours en nous disant "Hey, il faudrait qu'on sonne comme ça". J'aime bien l'étiquette "Post-Punk" dont on nous affuble parfois, les gens se repèrent et c'est suffisamment large pour inclure tout ce qu'on veut. "Post-whatever" est encore mieux (rires).


M : Vous avez le temps d'écouter de la musique en tournée ?
TK : Oh oui. A force de rester 6h dans le bus tous les jours... En tournée, quand tu conduis, il te faut quelque chose qui te motive à conduire. Donc on écoute pas mal de folk et de country, des audio books aussi, les Harry Potter par exemple (rires). Chacun d'entre nous écoute des choses plutôt différentes donc on tourne. Matt écoute des choses plus Metal, Tim de la Folk et Ben de la Dance Music. C'est compliqué de trouver un accord mais généralement, on aime emmener des CD de groupes d'amis, comme Lungbutter qui restent mes préférés.


M : Avez-vous d'autres projets ?
TK : Oui, je joue aussi dans un groupe de Post-Hardcore, appelé Mands. On va sortir une cassette, mais ça reste un groupe local de Montréal. Chacun a son petit projet de son côté, Matt fait de la Noise, Tim des trucs plus expérimentaux, etc...

Chorizo (Août 2014)

Merci à Sébastien (Differ-Ant) pour avoir arrangé l'interview.

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