Simone Simons et Coen Janssen (Epica) Hôtel Royal Fromentin, Paris, le 20 mars 2014

Alors que Simone (chant) était déjà présente, nous attendions l’arrivée de Coen (claviers) avant de rentrer dans le vif de la discussion. Et lorsqu’il s’installe en face de moi, il prend un des stickers que j’avais posé sur la table et s'esclaffe : « Wow, Metolordgie ! ». Je les rassure vite « on ne parle QUE de musique sur le site, hein ! »



Avec The Quantum Enigma, vous avez l’air d’être allé encore plus loin sur plusieurs points, la performance vocale, le côté épique et la technicité des compositions, une production plus aboutie, des inspirations différentes… Que s’est-il passé ?

Coen : (rires).
Simone : Beaucoup de choses ! Pour les cinq premiers albums, nous avons plus ou moins toujours procédé de la même façon, mais après avoir sorti Retrospect, nous avons pris le temps de nous concentrer sur ce nouvel album, et voir comment nous pouvions faire les choses mieux, réinventer Epica en quelque sorte. Le but était d’essayer de renouer avec un vrai travail d’équipe, ce qui n’était pas simple. Après notre dernière tournée, il a fallu gérer ma grossesse, ce qui nous a laissé le temps à tous de nous poser. Car nous n’habitons pas tous près les uns des autres, mais cette fois nous avons pris le temps de nous voir avant de rentrer en studio et de vraiment peaufiner l’album jusqu’à ce que ce soit aussi parfait que possible. Chaque membre du groupe a composé de son côté, puis nous avons mis tout ce travail en commun, choisi les chansons qui fonctionnaient bien, et bossé tous ensemble sur les arrangements. De plus nous avons changé de studio pour cet album, et nous avons été épaulé par un nouveau producteur aussi, Joost van den Broek (ex-After Forever) et l’album a été mixé par Jacob Hansen (Volbeat, Hatesphere). Donc avoir cette toute nouvelle équipe avec nous a surement fait la différence !

Est-ce aussi lié au fait que vous ayez fêté les 10 ans du groupe l’an dernier, avec le concert que vous avez enregistré pour Retrospect ?

Coen : Très certainement, ça a marqué un tournant, et l’envie de travailler autrement s’est imposée naturellement. C’était le bon moment pour nous, et avec cette nouvelle approche, le résultat en est bien meilleur. C’est ce qui est le plus important.

En parlant de ce concert d’anniversaire, c’était comment d’avoir Floor Jansen (Nightwish, ex-After Forever) avec vous en guest sur scène ?

Simone : Elle a chanté avec nous sur Stabat Mater Dolorosa et Sancta Terra. Ce n’est pas la première fois qu’elle nous rejoint sur scène, c’est une chanteuse incroyable et c’était vraiment génial de l’avoir avec nous pour l’enregistrement du concert, car en plus nous jouions à domicile, à Eindhoven. Nous voulions de nombreuses guests pour ce concert, et les fans nous avaient réclamé justement sa présence ! Ils auraient voulu aussi que Tarja Turunen soit là, nous avons essayé mais cela n’a pas pu se faire car elle n’était pas disponible. Quoiqu’il en soit ce concert a été une totale réussite, et Floor y a apporté sa contribution.

Depuis  l’arrivée de Ariën (batterie) et Isaac (guitare), qui jouent également dans God Dethroned, votre musique s’est quelque peu durcie, ce n’est pas une coïncidence ?

Coen : Effectivement, ils en sont sûrement en partie responsables. Mais ça a aussi été une évolution naturelle pour Epica : alors que des groupes deviennent au fil du temps plus accessibles, plus mainstream, nous ne souhaitions pas suivre cette voie. Bien sûr nous sommes toujours un groupe mélodique, et l’arrivée d’Ariën derrière les fûts nous a ouvert d’autres possibilités, car il était capable de jouer des choses que notre précédent batteur ne maîtrisait pas. Quant à Isaac, même s’il joue dans God Dethroned, je trouve qu’il n’est pas typiquement un guitariste de death metal, je veux dire qu'il ne fait pas que dans le bourrin.
Simone : C’est vrai qu’au niveau de la batterie, ça sonne bien plus heavy maintenant avec Ariën. Joroen avait au contraire une formation jazz et était plus branché fusion et funk. Quant à Isaac, il a un jeu complet, il assure de nombreux solos et les mélodies, alors que Ad était uniquement guitariste rythmique. Et avec Rob, nous avons maintenant un bassiste qui a beaucoup de groove et qui du coup est beaucoup plus présent. On entend vraiment bien ses lignes sur Quantum Enigma.

Simone, c’est toi qui as écrit les paroles ?

Simone : Oui, avec Mark.

Vous avez l’habitude de raconter des histoires sous forme de saga sur plusieurs chansons, sur différents albums. Là vous continuez The Kingdom Of Heaven, qui avait débuté avec l’album Design The Universe. Est-ce qu’il y a des chansons de The Quantum Enigma qui vont servir de départ à de nouvelles sagas ?

Simone : Comme leurs noms l’indiquent un peu, The Quantum Enigma aborde les mêmes thèmes que l’album Design The Universe, tout ce qui touche aux sciences physiques. C’est Mark qui écrit sur ces sujets là, c’est un domaine qui l’intéresse énormément. Et c’est aussi lui qui maîtrise le côté saga des chansons. Des fois, les choses sont prévues à l’avance, des fois non. En l’occurrence pour The Kingdom Of Heaven, c’est arrivé spontanément.
Coen : Tu ne sais jamais d’avance où ça va te mener.
Simone : C’est toujours une surprise ! Là c’est donc la deuxième partie pour The Kingdom Of Heaven, il y aura peut-être une suite sur le prochain album, ou le début d’une autre saga… On se laisse porter par l’inspiration de Mark (rires).

Votre premier single issu de The Quantum Enigma s’appelle The Essence Of Silence. Ta performance vocale dessus, en particulier sur les refrains, est vraiment impressionnante. Tu as bossé spécialement pour celle-là ?

Simone : Merci ! Je n’ai pourtant rien fait de particulier il me semble : comme pour les autres chansons, je me suis mise derrière le micro et j’ai poussé ma voix au maximum que je pouvais (rires). Je n’ai pas pris plus de cours de chant que d’habitude, et je me suis surtout basée sur les connaissances techniques que j’ai acquises au fil du temps. Devenir mère aussi a changé mon esprit autant que mon corps, et ça a changé ma voix et la façon dont je sonne je trouve. Cette session d’enregistrement a été intense, Joost a fait un travail formidable, il a réussi à sortir le meilleur de moi, à faire sortir de moi le meilleur son possible, et que j’ai jamais enregistré, alors même que j’ai eu très peu de temps pour le faire : j’ai enregistré en même pas 10 jours le chant de plus d’une quinzaine de titres, alors que d’habitude c’est généralement 15 jours pour enregistrer 12 chansons. J’ai cru que je n’y arriverai jamais, mais au final ça a été vraiment très rapide et je suis très satisfaite du résultat, c’est très puissant !

Quelle a été la réaction des autres quand ils t’ont entendu ?


Simone : Je pense qu’ils ont peur de moi maintenant (rires).

Tu as enregistré tes parties vocales en même temps que la chorale ?


Simone : Non, après. C’était pour me permettre de me caler dessus pour placer des mélodies et du chant supplémentaires.

Il y a des guests sur l’album ?


Simone : Il y a les douze choristes, et nous avons Marcela Bovio, la chanteuse de Stream Of Passion, qui a fait de nombreux backing vocals sur l’album. Elle travaille avec Joost et était souvent là pendant l’enregistrement, elle s’est proposée et nous avons bien évidemment accepté. Mais du coup elle n’est pas accréditée officiellement en tant que guest.



Il n’y a qu’une seule chanson calme, Canvas Of Life, sur The Quantum Enigma. Est-ce que c’est suffisant ?

Simone : (elle s’adresse à Coen) C’est toi qui l’a écrite celle-là !
Coen : Si c’est suffisant, hmmm… (rires).  Il n’y avait aussi qu’une seule ballade sur le précédent album ! Pour The Quantum Enigma, je trouve qu’il y a une continuité très naturelle dans l’enchaînement des titres. Il y a une seconde ballade, écrite par Rob, qui sera une des bonus tracks de l’album. Elle aurait pu faire partie de l’album, mais c’est vraiment dur de faire le choix des titres retenus, et de trouver l’ordre dans lequel les mettre. L’album est bien équilibré, avec un début tonitruant et une fin qui laisse plus de place pour des passages calmes et posés. Donc oui, je pense qu’une seule ballade, c’était assez !
Simone : Il y a aussi l’interlude The Fifth Guardian qui est assez calme, et il y a plusieurs chansons dont les introductions démarrent tout doucement. Il y a beaucoup de montées sur l’album, ce qui lui donne un côté dynamique. S’il y avait eu une seconde ballade dans l’album, cela aurait nui à cet équilibre et la sensation de puissance qui s’en dégage aurait été amoindrie. Là, c’est parfait !

Vous avez une approche intéressante de la religion à travers plusieurs de vos chansons, est-ce parce que vous êtes protestants ?


Simone : (rires) Oh non, pas spécialement ! C’est vrai qu’on parle souvent de religion, mais pas trop sur The Quantum Enigma, pour dénoncer les dérives des extrémismes notamment, l’aspect dangereux de la chose. Alors que la religion peut être une bonne chose.
Coen : Oui, au niveau des valeurs notamment.

Vous avez déjà planifié vos prochaines tournées ?

Simone : Nous allons jouer dans de nombreux festivals cet été. À l’automne nous serons en tournée en Amérique du Nord puis en Amérique du Sud, et cet hiver ce sera la tournée européenne (NDLR : le 21 novembre à la Laiterie (Strasbourg), le 26 novembre au Moulin (Marseille), le 3 décembre au Bikini (Toulouse) et le 4 décembre au Rocher de Palmer (Bordeaux).

En parlant de concert ,Simone, il y a de quoi se faire du souci pour toi, quand on te voit sur scène avec tous ces ventilateurs braqués sur toi ! Tu dois tout le temps t’enrhumer, non ?

Simone : (rires). Non, non ça va, je ne tombe jamais malade à cause de ça, et mes cheveux ne se sont jamais coincé dedans, même si des fois je me les prends dans les yeux, ou dans la bouche (rires). J’y suis habituée maintenant, je garde mes distances. Je n’utilise pas des ventilateurs seulement pour le côté visuel, c’est vraiment très utile en fait car tu sais qu’il fait toujours très chaud sur scène, surtout en salle. Il y a même des fois où les fans des premiers rangs, je veux dire les vrais fans du groupe, pas les ventilateurs (NDR : en anglais, ventilateur et fan se traduisent par le même mot, fan), me font de l’air avec ce qu’ils ont sous la main, des pancartes, des drapeaux (rires).

Pour finir, que diriez vous à quelqu’un qui n’a jamais écouté Epica pour lui donner envie de jeter une oreille à The Quantum Enigma ?

Coen : Et bien, allez y, écoutez nous, sinon vous passerez vraiment à côté de quelque chose ! (rires)
Simone : Ce sera un enrichissement personnel dans vos vies !
Coen : Et nous sommes le meilleur groupe au monde (rires).
Simone : (rires).
Coen : Vous n’écouterez plus jamais rien d’autre après nous avoir découvert ! (rires)
Simone : Là, c’est toi le dictateur !
Coen : Ok, je vais faire plus simple : Ne m’écoutez pas, écoutez Epica !
Simone : (rires). C’est vachement mieux oui ! Et rendez-vous à Paris en janvier 2015.

Grum (Mai 2014)


Merci à Simone et Coen pour leur bonne humeur et leur disponibilité,
Merci à Valérie pour nous avoir arrangé cet entretien,
Et merci à l'Hôtel Royal Fromentin pour son accueil.

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