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Tobias Sammet (Edguy) Hôtel Holiday Inn Opera, le 20 mars 2014

Il y a plein de mauvaises raisons de détester Edguy (ils sont Allemands, ils font du Heavy Metal) mais il y a également plein de bonnes raisons d'aimer Edguy (ils sont Allemands, ils font du Heavy Metal). Et cet entretien avec Tobias Samett, leader et chanteur du groupe, qui s'est déroulé à l'orée de la sortie de leur onzième album Space Police - Defenders Of The Crown (sortie prévue le 18 avril) pourrait vous en donner bien d'autres...



Sur l’édition collector de Space Police – Defenders Of The Crown, il y a un sticker "Now 20% more Metal", qu’est ce qui vous est arrivé ? Quelqu’un dans le groupe s’est fait poser une prothèse de hanche ?

(rires) Non ! En fait on voulait un truc qui soit à la fois vrai, et à la fois parodique de tous les stickers aux slogans marketing léchés qu’on peut trouver sur des albums « meilleur album rock de l’année » voir parfois « de tous les temps ». C’était pour prendre le contre-pied de ça, s’en moquer. Mais en même temps, c’est la vérité car avec cet album on a fait quelque chose de beaucoup plus heavy que nos derniers albums. Donc, tout en se moquant de groupes qui pètent plus haut que leur cul, on a cherché à ne pas mentir ! (rires).

Ok, donc vous annoncez plus de metal, mais on trouve pourtant une reprise rap en plein milieu de l’album avec Rock Me Amadeus !

Ah mais justement ! Comment être plus dans l’esprit heavy metal que de faire un truc totalement inattendu et d’en avoir rien à foutre si jamais ça ne plaisait pas aux gens, ni aux fans. Je suis un grand fan de Falco, et je pense qu’on lui rend un bel hommage avec cette reprise, qui sonne quand même bien metal au final.

C’était quelque chose que vous vouliez faire depuis longtemps ?

Complètement ! Cette chanson est auto-dérisoire et en même temps elle a un côté mégalo très prononcé, donc ça convenait parfaitement à l’univers d’Edguy (rires).

Quelle est la mission de votre "Space Police", comme aux États-Unis "to serve and protect" ?

(Rires) Le policier sur la pochette de l’album, c’est le gentil. Mais dans les paroles de la chanson, la "police de l’espace" représente le mal. La chanson peut paraître stupide à la première écoute, mais en fait ça parle des personnes qui se permettent de t’imposer des barrières dans des domaines où justement la liberté devrait prévaloir, notamment au niveau de la créativité où il y a une sorte de police morale qui s’est installée avec tout un tas de choses à faire et d’autres à ne pas faire. C’est l’histoire d’un jeune musicien qui découvre le principe de la gravité zéro et essaie d’explorer de nouveaux territoires, poussé par sa curiosité, sans se limiter d’aucune manière et sans se préoccuper des soucis du quotidien. C’est un musicien qui se sent comme un astronaute. Mais rapidement il se trouve confronté à un tas de personnes qui lui disent comment faire les choses, de telle ou telle façon, afin de rester authentique, ce qui est un non-sens total ! Il faudrait écouter ce que préconise l’industrie musicale, ce que dit la presse, ce qu’attendent les fans pour rester authentique, et ce ne sont que des conneries car les écouter serait tout le contraire ! C’est de ça que traite Space Police, ces personnes qui imposent des règles là où il ne devrait y en avoir aucune.

Ce sont vos chats qu’on entend au début de Love Tyger ?

(Rires) Je n’ai pas de chat ! C’est un sample en fait, tout simplement !

Tu as raison, les chats c’est des connards !

(Rires) Dans le groupe, il y a Eggi (NDRL : Tobias Exxel, le bassite) qui a un chat. Il voulait l’emmener au départ, mais le studio où on a enregistré était à 250 kilomètres de chez lui, et il ne se sentait pas de faire un trajet aussi long en voiture avec son chat. Il nous a dit "ça va pas le faire, il ne tiendra pas vivant aussi longtemps et on n’aura qu'un chat crevé à mettre sur le disque" (rires). Donc a opté pour un sample.

The Realms Of Baba Yaga est un des grands moments de l’album, avec ce solo de guitare complètement épique ! Il est sorti tout seul comme ça, ce solo ?

Je n’étais pas présent lors de son enregistrement, mais je pense que oui. Je m’étais enregistré en fredonnant ce à quoi je voulais que ça ressemble et Jens a remis ça à sa sauce. Dans l’édition collector il y aura des liner notes dans lesquelles j’explique qu’il s’agit pour moi du meilleur solo de guitare qu’il ait jamais joué. Donc c’est marrant car je suis tout à fait d’accord avec toi, ce solo est génial ! Il a une touche très old-school avec ce côté furieux et me fait penser aux solos qu’on peut entendre sur les albums d’Ozzy Osbourne. Je l’aime beaucoup !

La légende de la sorcière Baba Yaga est inconnue en France, est-ce qu’elle est répandue en Allemagne ?

Pas vraiment, il y a juste un film de conte de fée qui passe chaque année à la télé aux alentours de Noël, un vieux truc des années 60 ou 70, ça doit dater des années 70 mais on dirait que ça sort des années 60 parce que ça vient de Russie ! (rires) (NDLR : 1973, apparemment). Mais le film reste sympa et il y a donc cette sorcière Baba Yaga.  Je ne raconte pas son histoire dans la chanson, mais je l’ai utilisée comme une métaphore dans les paroles pour décrire les choses qui sont mauvaises pour toi et pour lesquelles tu craques, quand la tentation est plus forte que la raison, et qui finissent par te mettre dans la merde, d'une façon ou d'une autre. Par exemple quand j’étais petit j’étais fan d’histoires de fantôme, je voulais en lire, je voulais en écouter, même si je savais que ça m’empêcherait de dormir une fois au lit. Et on peut faire des parallèles à un niveau plus global, comme avec l’énergie nucléaire dont on n’arrive pas à se passer et qui produit des déchets dont on ne sait que faire. On a tous tendance à se mettre en danger sans forcément s’en rendre compte, mais heureusement on arrive de temps en temps à s’en sortir ! C’est comme ça que fonctionne l’humanité.

Vous avez sorti une lyrics video pour Sabre Torche, que nous réservez vous pour la suite ?

On a fait un clip pour Love Tyger (NDLR : le clip est disponible depuis le 10 avril) ), c’est un dessin-animé cette fois, j’ai vu quelques scènes et c’est très drôle. On est représenté dedans, en caricature. Ça a été réalisé par une société américaine.

En parlant de clip, ça s’était passé comment le tournage du clip Robin Hood ?

C’était l’éclate ! Généralement je n’aime pas tourner dans un clip car c’est plutôt ennuyeux : imagine toi dans une forêt, à mimer en playback une chanson encore et encore. Mais là il s’agissait d’incarner Robin des Bois quoi, un truc que tout le monde a rêvé de faire étant enfant ! On a tous joué le jeu à fond, et on s’est bien marré. Bien évidemment on ne peut pas dire que nous soyons de grands comédiens, ça se voit (rires), mais on s’est bien amusé.

Le tournage avait pris combien de temps ?

Une journée entière ! On a commencé à 4 heures du matin, et on a fini vers minuit, en continu. Et ça ne se voit pas à l’image, mais il a plu quasiment tout le temps. On était complètement trempés (rires).

Quel est l’artiste qui a réalisé la pochette de Space Police – Defenders of the Crown ?

C’est un professeur d’art du Colorado (NDLR : Dan Frazier), il avait fait aussi tous les artworks pour Age Of The Joker.

C’est marrant car le style est complètement différent !


Oui, il peut tout faire et c’est ce qu’on lui a demandé là, on voulait un truc drôle, qui interpelle et qui sorte de l’ordinaire par rapport à ce qu’on trouve dans le heavy metal.

Le policier me fait étrangement penser au personnage sur la pochette de l’album Blackout de Scorpions, avec sa moustache.


Complètement ! Et avec le fond bleu aussi. Cette pochette de Gottfried Helnwein est mythique, et on voulait quelque chose qui soit dans le même esprit.

Votre tournée européenne débutera en septembre…


On sera en octobre en France ! (NDLR : le 14 octobre à Lyon (Transbordeur), le 15 octobre à Bordeaux (Théatre Barbey) et le 22 octobre à Paris (la Cigale).

Seulement ?


Il faut qu’on aille partout ailleurs avant, et on a gardé le meilleur pour la fin (rires). Ça nous laissera le temps de bien répéter et roder le show, et quand on arrivera en France, on sera au taquet !

Vous avez déjà réfléchi à la setlist de cette tournée ?


Oh non, pas encore ! On fera un best of, avec plusieurs chansons de Mandrake et Hellfire Club, mais on devrait inclure beaucoup de chansons du nouvel album, quatre ou cinq, enfin, suivant la façon dont il sera accueilli par les fans. Mais je suis confiant, car cet album est vraiment costaud et marque un nouveau jalon dans la carrière du groupe, je pense que dans quelques années c’est cet album qui servira de référence et de point de comparaison avec ce qu’on aura pu faire dans le futur.

Est-ce que tu porteras un uniforme de "policier de l’espace" sur scène ?

Ah si j’en avais un, bien sûr ! (rires) Mais je n’en ai pas, pas encore…

Quand on vous voit sur scène, vous donnez vraiment l’impression de vous éclater et de profiter de chaque minute.


C’est vrai ! On ne considère jamais les choses comme acquises, et on est tellement reconnaissant envers le public. Nous n’avions pas commencé à faire de la musique pour en faire notre métier, mais rapidement nous avons pu en vivre, ce qui est bien. Au départ, ce n’était pas l’argent qui nous intéressait, on a créé ce groupe car c’était un rêve pour nous. Et c’est une chose qu’il faut constamment garder à l’esprit : nous avons une chance énorme, et c’est un privilège, d’avoir suffisamment de succès pour vivre de notre musique. Je sais que ça fait un peu cliché de dire ça, la plupart des groupes te diraient la même chose, mais c’est vraiment ce que je ressens : c’est un cadeau de pouvoir jouer ta musique devant des milliers de fans, de voyager à travers le monde avec tes meilleurs potes  et que tout ça, ce soit ton métier ! L’an dernier avec Avantasia, nous sommes allés jouer en Colombie, c’était la toute première fois que j’allais dans ce pays. Tout ne s’est pas bien passé sur scène, il y a eu plusieurs couilles, des pains pendant qu’on jouait mais il y avait le public qui était là en masse, ça faisait surement longtemps qu’ils attendaient pour nous voir, certains avaient dû faire des centaines de kilomètres pour venir assister au concert… Je ne peux qu’être reconnaissant et respectueux pour ça, et c’est pourquoi il faut toujours se donner au maximum sur scène, même si n’est pas toujours évident, quand tu es malade ou fatigué, mais tu n’as pas le choix ! Il faut toujours être dans l’esprit que "ce soir, c’est peut-être ton dernier concert", car ça arrivera un jour ou l’autre de toute façon, et ça permet de se donner à cent pourcents. Et d’un autre côté, je ne me verrais pas non plus de faire payer des billets à des spectateurs pour qu’ils viennent me voir jouer une musique qui ne me fait pas vibrer. C’est pour ça qu’on a tous le sourire quand on est sur scène, on a tous le même état d’esprit dans le groupe ! C’est vraiment génial avant un concert d’entendre le public scander « Edguy, Edguy », puis on débarque sur scène avec un "nous voila !" (rires).

Sur Metalorgie il y un live-report d’un concert que vous avez donné en Chine en 2006, ça a dû être une sacrée expérience d’aller jouer là-bas ?

Oui, c’était génial et à la fois étrange de se retrouver à jouer dans ce pays ! Je pense qu’avant nous, il n’y a que Kreator comme groupe allemand qui y avait joué. C’était une petite salle de mille personnes, pleine à craquer, le public connaissait les chansons et les paroles. Comme je t’ai répondu avant, c’est vraiment un privilège de se retrouver dans une telle situation, jouer à l’autre bout de la planète et des gens viennent de loin et paie pour te voir jouer tes chansons. Si tu n’arrives pas à apprécier une telle chose, c’est que tu n’es qu’un sombre connard prétentieux qui ne mérite pas de jouer devant un public.

Je me rappelle aussi du Hellfest 2007…

Oh non !

Le souci avec Megadeth qui avait débuté son concert avant la fin du votre.

Heureusement le Hellfest s’est bien amélioré depuis ! Mais cette année là, l’organisation était à la rue, nous avions commencé notre set avec 40 minutes de retard, sans qu’on ait d’explication du régisseur, et ce n’était pas dû qu’à la pluie ! On joue cinq ou six chansons et là, Megadeth qui débarque sur la Mainstage avec À Tout le Monde, et d’un seul coup la majeure du public se met à nous tourner le dos et part voir Megadeth ! il restait plus que quelques die-hard fans devant nous, et on n’arrivait plus à s’entendre à cause de l’autre concert. Qu’est ce qu’on pouvait faire ? On ne pouvait plus jouer dans des conditions décentes, et donc on a fini par décider d’arrêter avant la fin. Ça m’avait vraiment bien énervé sur le coup ! Je crois même qu’on nous a demandé d’arrêter de jouer, comme on avait été reprogrammé et décalé. On s’est dit qu’on ne reviendrait plus jamais jouer dans ce festival, mais heureusement, on y est retourné et ça s’est très bien passé cette fois ! (rires).

Grum (Avril 2014)


Merci à Tobias pour sa bonne humeur communicative et sa disponibilité.
Merci à Olivier et Roger de Replica Promotion pour nous avoir organisé cette entrevue.
Et merci à l'Hôtel Holiday Inn Opéra pour l'accueil.

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